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Santons au château.
L’expression de la Provence
Il ne manque que l’odeur de lavande…
Le château de Gruyères accueille
les santons habillés de Lise Berger,
qui tient atelier à Roquevaire. Pour
savoir ce que disent le pistachié,
la bouquetière ou le ravi, un peu
d’imagination suffit. Tant ils sont
expressifs.
Avec son
nom, Lise Berger pouvait paraître
prédestinée à représenter
la crèche et les bergers. Cependant,
elle se voit danseuse ou créatrice
de mode. Mais bien vite, elle suit des
cours de beaux-arts. Puis elle complète
sa formation en travaillant dans la
restauration d’églises.
C’est alors que l’artiste,
dont les racines sont marseillaises
et alsaciennes, est séduite par
le monde magique des santons.
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LLise Berger suit les
traces de Simone Jouglas, la pionnière
du santon habillé. Auparavant, les
«santouns», ou petits saints,
personnages devenus domestiques après
la Révolution, étaient modelés
dans la mie de pain ou la terre cuite. La
figurine habillée, née après
la dernière guerre, en 1947, associe
la terre cuite et le tissu. Lise Berger
peut profiter des «leçons»
du santonnier Asperty. L’artiste a
ce souvenir: «Les vieux santonniers
disent qu’on ne peut pas faire des
santons si on ne parle pas le provençal.
Je ne le parle pas, mais je le comprends.»
Ses progrès sont rapides. Après
quelques années de travail (acharné),
elle décroche le titre de «meilleur
ouvrier de France», en 1979. Autre
distinction qui témoigne de son talent:
en 1988, elle est invitée à
exposer à Paris. Elle y présente,
avec Jean-Paul Fabre et Alain Féret,
La grande crèche du soleil.
Ses études de beaux-arts et son sens
de l’anatomie ont sans doute joué
un rôle pour l’expression des
figurines. La santonnière est une
amoureuse du détail. Elle tient à
conférer à chaque personnage
une identité propre. Passionnée
par les tissus et les possibilités
qu’ils offrent de polychromie, elle
réalise jusqu’aux sous-vêtements
(invisibles) des personnages! A ce jour,
elle a créé quelque 200 personnages
originaux. Et, pour ne pas se répéter,
elle casse les moules tous les deux ans.
«Je quitte (dit-elle) le côté
naïf des débuts.» Avec
ses petits instruments, elle «fouille»
les visages, ou singulièrement l’expression
des mains, vers toujours plus de réalisme.
Et sans perdre la sève provençale.
Village mis en
scène
Au château de Gruyères, dans
la salle voûtée, c’est
tout un village qui a été
mis en scène, avec la collaboration
de Chantal Esseiva et de François
Cuennet. Les maisonnettes, éclairées
par des candélabres, se profilent
sur fond de sable clair. A la porte de la
ville se tient le mendiant. Puis c’est
le ramoneur et le tonnelier. Et toute la
cohorte des villageois, du maire au bourgeois,
et de la gardienne d’oies à
la vendeuse de pastèques. Une scène
représente même des joueurs
de pétanque, dont on imagine sans
peine le verbe haut… Le ravi (personnage
incontournable) est bien sûr proche
de la crèche elle-même, où
Marie et Joseph reçoivent la visite
des rois. Seuls absents: l’âne
et le bœuf. La santonnière explique
qu’elle n’a pas encore trouvé
l’astuce technique pour les réaliser
d’une seule cuisson.
Si ces personnages mesurent généralement
35 centimètres, l’artiste a
fait dans la «sculpture» en
réalisant six figurines qui mesurent
près du double. Elles se trouvent
dans la salle de l’Arsenal. Ici, l’exposition
est didactique. Une vitrine présente
le cheminement du travail, avec les détails
de chaque pièce qu’il s’agira
d’assembler. Un groupe de femmes en
costumes traditionnels «raconte»
les activités liées à
la tenue de la maison. Dans un registre
tout différent, Lise Berger a créé
une scène uniquement dans les ors
et les argents. L’inspiration, ici,
est plus «nordique», et les
plissés des habits tendent vers le
«monumental». Un ensemble somptueux.
Une âme
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus
sur la technique elle-même, une vidéo
réalisée dans l’atelier
de Roquevaire est diffusée en permanence.
S’il y a, aujourd’hui, une centaine
de santonniers professionnels, il n’existe
pas réellement d’école.
Lise Berger tient à conserver une
âme aux santons: «Dans un métier
artistique, c’est toute la vie qu’on
apprend.»
Pierre Gremaud.
Reportage sur un Santonnier
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