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FRIBOURG Inspecteur
Charles Marchon
L’agent suisse à Francfort
L’ancien
porte-parole de la Police cantonale,
Charles Marchon, travaille aujourd’hui
en Allemagne. Son poste d’attaché
de police facilite le travail de ses
collègues suisses dont les enquêtes
conduisent outre-Rhin. Entretien avec
un Fribourgeois qui vit au quotidien
la lutte internationale contre la criminalité
..
La voix et le visage de la Police cantonale,
Charles Marchon les a incarnés
avec un professionnalisme largement
reconnu d’avril 1997 à
septembre 2001.
Cet inspecteur, issu de la volée
1988 de l’Ecole de police, n’a
pourtant pas eu la tâche facile
au service de presse du corps fribourgeois
qui traversait une grave crise depuis
1998 et l’affaire Grossrieder.
«Une période difficile
pour l’information du public»,
témoigne l’ancien porte-parole.
Malgré tout, il garde «un
excellent souvenir» de ses contacts
avec les médias. |
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Rencontré lors d’un
récent séjour dans le canton,
Charles Marchon exerce désormais
son métier à l’étranger.
Après deux ans passés à
Berne comme enquêteur à la
Police judiciaire fédérale
(PJF), à la division chargée
de la protection de l’Etat, le voici
en effet établi dans la région
de Francfort. Le Fribourgeois de 42 ans
y assume depuis septembre 2003 la fonction
d’attaché de police, un poste
créé en 1997 qui consiste
à faciliter les enquêtes suisses
sur territoire allemand (lire interview).
Succédant à un Vaudois et
à un Zurichois, Charles Marchon est
le troisième agent de liaison suisse
expatrié en Allemagne.
Dans l’enquête
sur l’OTS
A son départ en 2001, en même
temps que plusieurs autres agents, on avait
parlé d’hémorragie dans
les rangs de la Police cantonale. «La
crise a pu indirectement jouer le rôle
de déclencheur, admet-il. Mais je
voulais surtout revenir aux enquêtes
et la mise en place de la nouvelle PJF aux
compétences élargies constituait
une chance à saisir.» Corruption
et espionnage industriel: le policier a
eu son lot à Berne d’«enquêtes
difficiles, de longue haleine et aux connexions
internationales bien souvent». Le
tout «dans un cadre motivant qui incitait
à un engagement total».
Une activité, où il a très
vite progressé en allemand, sensiblement
différente de ce qu’il avait
connu auparavant dans diverses brigades
de la Sûreté fribourgeoise
(judiciaire, stupéfiants, observation).
Ou dans un groupe de travail détaché
d’octobre 1994 à juillet 1995
pour l’analyse de l’idéologie
de la secte de l’Ordre du Temple solaire,
en compagnie d’un autre inspecteur
et de l’expert Jean-François
Mayer.
Quant à l’Allemagne? L’homme
a toujours eu un intérêt particulier
pour ce pays, et pas seulement pour la Bundesliga
de football! Le terrorisme d’extrême
gauche de la bande à Baader, ou Fraction
armée rouge, a par exemple attisé
sa curiosité dès sa jeunesse.
Des années qu’il a passées
à Romont, puis à Grolley,
son père travaillant alors au Parc
automobile de l’armée. «Quand
la possibilité s’est présentée
de partir en Allemagne, j’ai postulé.
C’est une grande chance professionnelle,
mais aussi personnelle et familiale.»
Cette place, il a fallu la mériter
en passant avec succès une procédure
de sélection exigeante.
Intégration
réussie
Dès les premiers mois de son engagement,
sa femme et ses enfants de 9 et 4 ans ont
quitté la maison de Treyvaux pour
le rejoindre outre-Rhin, où son contrat
prendra fin en principe dans deux ans. «L’adaptation
s’est très bien passée
pour nous», raconte le père
de famille. Diplomate rattaché au
Consulat général de Suisse
à Francfort, intégré
également dans une brigade de l’Office
fédéral allemand de la police
criminelle, à Wiesbaden, Charles
Marchon y partage la vie du commissariat,
y compris les activités sociales.
«Mes collègues m’ont
accueilli de manière fantastique»,
souligne-t-il, visiblement gêné
de n’avoir que du positif à
raconter…
Un réseau
à élargir
Même ses rapports avec les autres
agents de liaison étrangers en Allemagne
sont au beau fixe. Lors de leur rencontre
mensuelle, ils échangent volontiers
expériences et bons tuyaux. Une coopération
internationale qui ne dit pas son nom? «Selon
ma définition de la police, ce métier
consiste à défendre les intérêts
collectifs avant les intérêts
particuliers. Et je n’ai pas l’intention
de changer d’opinion à ce sujet.»
D’ailleurs la Suisse y trouve son
compte, elle qui a l’intention à
l’avenir d’élargir son
réseau d’attachés de
police qui s’étend pour l’instant
aux Etats-Unis, à la France (auprès
d’Interpol à Lyon), l’Allemagne,
l’Italie, la Tchéquie, la Thaïlande
et au Brésil.
«Sans échange
d’infos, la police est “perdue”»
– A quoi
sert l’attaché de police suisse
en Allemagne, poste que vous occupez depuis
deux ans ?
Charles Marchon. Une présence dans
un pays permet d’ouvrir des portes
plus facilement. Aucun fax ni mail ne peuvent
compenser cela! Ma mission principale à
Wiesbaden, auprès de l’Office
fédéral allemand de police
criminelle (Bundeskriminalamt ou BKA), consiste
en particulier à faciliter des opérations
pour le besoin de procédures pénales
ou d’enquêtes suisses sur territoire
allemand. Je reçois aussi régulièrement
des demandes allemandes, tout comme l’agent
de liaison allemand à Berne est sollicité
par la Suisse.
– Qu’entendez-vous
au juste par «ouvrir des portes»
?
Il s’agit de trouver les partenaires
adéquats pour que les opérations
se déroulent le plus rapidement et
le mieux possible. Ce rôle de coordination
peut se révéler décisif.
C’est pourquoi je dois être
joignable 24 heures sur 24. La force d’un
agent de liaison, c’est son réseau
de contacts. Savoir où appeler, pour
quel genre d’affaires et à
quel moment! Prenez le cas d’un service
suisse qui demande un suivi policier de
quelqu’un qui a prévu de traverser
l’Allemagne pour se rendre en Suisse.
Mon rôle est de trouver en Allemagne
le partenaire compétent qui puisse
contacter son service de justice et mandater
le groupe d’observation qu’il
s’agira de coordonner, via Fedpol,
avec les policiers suisses lors du passage
de la frontière. Mais tout ne passe
pas par moi. Par exemple, le Bade-Wurtemberg
et Bayern travaillent souvent directement
avec les cantons frontaliers suisses.
– Pas évident
de jongler d’une affaire à
une autre sans connaître leur issue
?
Je n’ai en effet pas souvent de retour
sur les résultats des enquêtes.
Malgré mon vif intérêt
à être tenu au courant, c’est
impossible: je traite plus ou moins 200
dossiers par an! Ce sont à environ
85% des affaires de criminalité grave
ou de crime organisé. Avec en particulier
les délits financiers (blanchiment
lié aux stupéfiants) et de
plus en plus la traite d’êtres
d’humains (activités illégales,
exploitation, prostitution, etc.). Une partie
des dossiers a en outre trait au terrorisme
(échanges d’informations, renseignements
de police).
– Dans ce
cadre, quelle est votre marge de manœuvre
?
L’attaché de police n’est
pas seulement un coordinateur. Il m’arrive
régulièrement de conseiller
un collègue sur les voies à
suivre pour obtenir rapidement et à
satisfaction ce dont il a besoin, par exemple
quel canal privilégier. L’expérience
tient en cela un rôle important. Mes
interlocuteurs ont une attente pragmatique:
il faut immédiatement comprendre
ce qu’ils attendent. Pas question
de tout expliquer de A à Z: on doit
être sur la même longueur d’onde,
ce qui est possible entre enquêteurs.
– Qui sollicite
vos services et avec qui entretenez-vous
des relations ?
Mes partenaires sont autant Fedpol à
Berne, en particulier la Police judiciaire
fédérale, que les Polices
de sûreté des cantons ou les
Polices judiciaires des grandes villes.
Ces partenaires, dont certains sont plus
réguliers que d’autres, sont
placés sur un pied d’égalité.
Je dispose de contacts personnels dans la
plupart des cantons. Côté allemand,
en me déplaçant beaucoup,
j’ai pu établir au fil des
mois des relations directes dans chacun
des seize Bundesländer avec l’équivalent
de nos Polices cantonales. Je traite aussi
avec les services nationaux (BKA, police
des frontières, douane) et la justice.
Il m’a fallu, durant plusieurs mois
avant mon départ, découvrir
entre autres les structures et le fonctionnement
du pays hôte.
– Vos rapports
avec les Allemands semblent bons…
La coopération est globalement excellente.
Elle repose sur l’Accord entre la
Suisse et l’Allemagne en matière
de police, qui vise à simplifier
au maximum les procédures dans le
cadre des bases légales. D’où
un travail efficace sur le terrain, surtout
que ces deux pays ont des relations très
étroites fondées sur une commune
philosophie policière.
– La lutte
contre le crime s’internationalise,
on l’a vu avec l’accord européen
Schengen/Dublin, accepté en juin
par les Suisses. Votre avis ?
La criminalité est largement transfrontalière.
Les moyens que la police obtiendra pour
améliorer la coopération et
abattre les barrières entravant l’échange
d’informations seront les bienvenus.
Car une police qui n’a pas accès
au renseignement est «perdue».
Il a toujours fallu s’adapter aux
nouvelles situations, l’internationalisation
en est une.
Propos recueillis par Sébastien Julan.
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