Le jeune céramiste Lê Minh
Ngoc a investi de grosses sommes d'argent
et fait beaucoup d'efforts pour réaliser
son rêve. Ses deux grands vases, d'une
hauteur record de 3,2 mètres, ont
été inscrits dans le Guinness
Book du Vietnam.
Au cœur du village de Bat Tràng,
en banlieue de Hanoi : la maison de
Lê Minh Ngoc. L'empire de la céramique,
un lieu plein de vases gigantesques
de toutes formes. Le plus petit mesure
1,5 mètre de haut, le plus grand,
3,2 mètres. Il touche presque
le plafond. Les motifs ornementaux de
ces créations sont variés
: de l'image du dragon et du phénix
- deux animaux sacrés pour les
Vietnamiens - aux sites pittoresques
du pays. La famille de Lê Minh
Ngoc fabrique des céramiques
depuis des générations.
Il a donc tout naturellement succédé
à ses pères dans ce métier
traditionnel.
Comme les autres céramistes
de Bat Tràng, Lê Minh Ngoc
produisait des articles d'usage courant
: bols, assiettes, tasses ou théières.
Mais, un jour, alors qu'il lisait un article
sur le plus grand vase de Chine - 3,6 mètres
de haut - il s'est dit : "Pourquoi
n'essaierais-je pas d'en faire autant ?".
Lê Minh Ngoc a commencé avec
des créations de 45 cm. Puis, chaque
année, il a augmenté la hauteur
des pots : 1 m, 1,2 m, 1,8 m, 2 m, 2,5 m...
Il est devenu l'unique céramiste
de Bat Tràng capable de produire
des vases de plus de 2 mètres.
En 1996, Lê Minh Ngoc a décidé
de fabriquer deux pots de 5,6 mètres
de haut. Cette nouvelle a bouleversé
tous les villageois qui l'ont considérée
comme une folie. Ses proches parents ont
essayé de le raisonner. "Sincèrement,
j'ai vu alors que j'avais 99 % de chances
d'échouer, et seulement 1 % d'espoir.
Mais j'ai mis toute ma conviction dans cette
petite parcelle d'espoir", confie-t-il.
Pendant trois ans, il a économisé
300 millions de dôngs qu'il a ensuite
investis dans la construction d'un four,
la réalisation d'un moule, l'achat
de six tonnes de kaolin et de sept tonnes
de charbon. Puis, Lê Minh Ngoc a travaillé
durant onze mois, de toutes ses forces,
oubliant même de manger et dormir.
Au moment de l'ouverture du four, les villageois
sont venus en masse admirer le fruit du
travail de cet homme persévérant.
Mais, en voyant le vase déformé,
Lê Minh Ngoc s'est totalement effondré.
À 24 ans, il était trop jeune
pour assumer un échec aussi important.
"Ce jour-là, c'était
comme si ma famille était en deuil.
Tout le monde regrettait la somme que j'avais
jetée par la fenêtre. Elle
aurait permis l'achat de trois maisons dans
notre village", se rappelle-t-il.
Une coquette somme
de 20.000 dollars pour un vase
Aujourd'hui, Lê Minh Ngoc est propriétaire
des deux plus grands vases du Vietnam. Ils
mesurent 3,2 mètres de haut et pèsent
170 kg. "En septembre, ils ont été
inscrits dans le Guinness Book des records
du Vietnam", raconte-t-il avec fierté.
La réputation de ces deux céramiques
a amené beaucoup de visiteurs à
Bat Tràng. L'un d'eux a proposé
400 millions de dôngs à Lê
Minh Ngoc pour ses vases. Mais, il a fermement
refusé : "Aucune somme ne vaut
toutes ces années de rêve,
et les sept mois de recherche de techniques
spécifiques. Sur quarante vases,
je n'en ai réussi que deux".
Un jour, un commerçant japonais,
venu à Bat Tràng, est tombé
"amoureux" de ces deux pots. Séduit
non seulement par leur dimension gigantesque,
mais aussi par leurs motifs d'ornement de
style oriental, subtils et riches. Il a
proposé de les acheter au prix de
40.000 dollars (environ 620 millions de
dôngs), à une condition : obtenir
le droit d'auteur. Lê Minh Ngoc ne
pouvait plus fabriquer de vases similaires.
C'est pour cela qu'il a refusé :
"Serait-il raisonnable que je ne puisse
plus faire ce que je veux pour quelques
centaines de millions de dôngs ? Que
je ne puisse plus présenter de céramiques
originales de Bat Tràng sur les marchés
national et international ?"
Le rêve actuel de Lê Minh Ngoc
est de fabriquer des vases de 5,4 mètres
de haut. "J'ai trouvé pourquoi
j'avais échoué précédemment.
À cause des matières premières
et de la température de cuisson",
explique-t-il. Pour trois pots de 5,4 mètres
ratés, il a perdu environ 2 milliards
de dôngs et un an de recherche et
de fabrication. Le prix de cette "quête
du Graal" est très élevé
! "Mais, je suis avide de création
artistique, avoue Lê Minh Ngoc. Et,
je fais tout ce que je désire".
Ses "aventures" avec les vases
gigantesques ne sont donc pas prêtes
de toucher à leur fin.
Linh Huong/CVN
( 09/01/05 )
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Comme dans tant d'autres villages de céramiques,
on pratique cet art depuis près d'un
millénaire au village de Phù
Lang, district de Quê Vo, province
de Bac Ninh (Nord). Tout n'a pas toujours
été simple. Il y a quelques
années, le métier a connu
un période difficile, étant
même proche de la disparition car
fortement menacé par les produits
en plastique alors en vogue. Heureusement,
il est de ces traditions qui semblent immortelles.
La cuisine de la campagne, l'alcool
de riz, le charme de la vie rurale ont
permis au village de Phù Lang
de tenir bon et de surmonter les crises.
Une fois remis au goût du jour,
les citadins ont fait leur retour. Aujourd'hui,
les produits céramiques du village
ont retrouvé leur place sur le
marché.
Dès ses premiers pas dans le
village, le touriste est impressionné
par la modestie qui se dégage
des lieux. Vieilles toitures en tuiles,
murs en briques, des artisans chaleureux,
la simplicité semble être
ici le mot d'ordre. Cet état
d'esprit se retrouve dans les produits.
Souvent une forme simple, naturelle,
embellie par les couleurs de la nature
: celle de la peau d'anguille ou décorée
par des gammes nuancées, jaune
clair, jaune foncé, jaune vert,
jaune rouge, jaune brun...
Les produits de Phù Lang
sont faits à partir de la terre glaise
rose qui est trouvable aux villages de Trông
Vat et Cung Kiêm. Pour qu'elle soit
parfaitement souple et fine, on doit la
battre, l'affiner, la purifier. Un guéridon
qui tourne sous l'effet du mouvement de
pieds donne la forme à l'objet. Modernité
oblige, quelques familles ont acquérit
un guéridon à moteur, mais
la plupart du temps, les artisans préfèrent
leur ancestrale table ronde. Une expérience
qui permet aux artisans de créer
toutes sortes de produits, répondant
parfaitement à toutes les demandes.
Ainsi, si un client souhaite une jarre de
20 litres, l'artisan la modèlera
sans même avoir besoin de prendre
des mesures.
Comment le métier
traditionnel fut ressuscité ?
Un patriarche du village apporte une réponse
: "Nhung a fait survivre le métier
en créant de nouveaux produits artisanaux
teintés d'une touche artistique.
Grâce à quoi, les produits
de Phù Lang se sont dotés
d'une nouvelle force vitale".
Nhung donc ! Une fois son diplôme
de l'Université des beaux-arts en
poche, le jeune homme est embauché
dans le village de céramique de Bat
Tràng. Il se demande alors pourquoi
la production de son village ne parvient
pas à se développer comme
celle de Bat Tràng. Il décide
de rentrer à Phù Lang pour
tenter sa chance mais rencontre beaucoup
de difficultés. D'abord, il n'a pas
d'argent, ce qui l'oblige à faire
cuire ses créations chez les voisins.
De plus, les anciens n'aiment guère
son style. Heureusement, la chance lui sourit
sous les traits d'un Australien d'origine
vietnamienne qui achète une centaine
de ses articles. Avec la somme obtenue,
il coopère avec des amis pour monter
un petit atelier dont les produits attirent
principalement une clientèle Viêt
kiêu (Vietnamien d'outre-mer). Mais
parce qu'il veut faire trop stylisé,
trop décoré, ses créations
n'arrivent pas à s'imposer sur le
marché. Il s'accorde une pause pour
réfléchir et observer. Bien
lui en prend, il réalise subitement
que le luxe réside dans la simplicité
de la vie quotidienne. Sa créativité
s'oriente alors vers des formes très
simples, naturelles. De 2001 à 2003,
il se construit une petite notoriété
sur le marché. Il reçoit d'ailleurs
beaucoup de prix dont celui d'"Artiste
aux mains d'or", prestigieuse récompense
attribuée par le Conseil britannique,
le Fonds d'assistance culturelle de la Suède
et du Danemark, le Centre linguistique et
culturel français de Hanoi, l'ambassade
de France au Vietnam. Quelque temps après,
il est distingué par le titre d'"Étoile
du Vietnam", la plus haute récompense
pour les métiers traditionnels vietnamiens.
Aujourd'hui, Nhung est à la tête
d'un atelier de 100 employés qui
exporte ses productions dans de nombreux
marchés internationaux (États-Unis,
Japon, Italie, Corée du Sud).
Un enfant du village
Avec le soutien de Nhung, Trân Manh
Thiêu, un ancien étudiant de
l'École des beaux-arts, a créé
l'atelier Thiêu's CERAMICS. L'histoire
ressemble à celle de Nhung. Un début
marqué par le manque de capital,
d'expériences. Mais certainement
pas le talent. Avec des amis, il ouvre un
petit atelier et commence à vendre
ses produits, originaux dans leur alchimie
entre la tradition et la modernité.
En 2004, il obtient le prix La Main d'Or
du Vietnam du ministère des Sciences
et de la Technologie. Le début du
succès pour ce jeune chef d'entreprise
qui désormais exporte ses produits
vers Taiwan et la Corée du Sud. Ses
30 ouvriers gagnent un salaire mensuel compris
entre 600.000 et 1.000.000 de dôngs.
Thiêu est un homme d'idées
et il espère pouvoir bientôt
se développer dans le secteur de
la construction. Il produira alors des reliefs,
des briques de décoration...
Aujourd'hui, les produits de Phù
Lang sont présents sur le marché
national (de grandes villes comme Hanoi,
Hô Chi Minh-Ville, Hai Phong...) et
aussi sur le marché étranger
(des pays asiatiques et européens).
Des mains habiles, de la passion, voilà
la recette qui a permis aux jeunes artistes
du village de ressusciter le métier
de leurs ancêtres, en le faisant pleinement
entrer dans le 21e siècle.
Hà Minh/CVN
( 01/10/06 )