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Bernard Bapst. L’autre
face des frontières
Chef du service stupéfiants de la
région Vaud, Valais, Fribourg, Bernard
Bapst, d’Hauteville, est garde-frontière
depuis près de vingt-cinq ans. Le
suivre une journée, c’est partir
à la découverte d’un
métier mal connu. Et l’écouter
égrener des souvenirs souvent truculents.
«Bonjour,
vous avez des marchandises à
déclarer?» Ça, c’est
pour la partie la plus visible du travail
des gardes-frontières. «Mais
c’est un métier à
mille facettes», souligne Bernard
Bapst. Un métier qu’il
pratique depuis près de vingt-cinq
ans, après avoir effectué
un premier apprentissage de cuisinier.
Habitant d’Hauteville, où
il a grandi, il est aujourd’hui
chef du service stupéfiants de
la région V. A la suite d’une
réorganisation entrée
en vigueur le 1er janvier, elle réunit
Vaud, Valais et Fribourg. Genève
et Jura-Neuchâtel forment les
deux autres régions romandes.
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Depuis le début
de l’année, Bernard Bapst est
ainsi chargé de la coordination,
des échanges d’information
avec les polices cantonales ou avec ses
homonymes français et italiens. Auparavant,
il a travaillé vingt-trois ans à
Genève, dont dix-sept dans une équipe
de vérification automobile (EVA).
Sans perdre ses attaches gruériennes.
«Mes trois enfants sont nés
à Genève, mais ils sont plus
Fribourgeois que moi», sourit-il.
Un sourire qui ne le quitte guère:
avec sa bonhomie et sa simplicité,
Bernard Bapst casse l’image qu’on
pourrait se faire d’un garde-frontière,
adjudant d’état-major, spécialiste
des stupéfiants. D’autres idées
reçues vont tomber en le suivant
à la découverte de cette profession.
«Les gardes-frontières peuvent
intervenir très loin à l’intérieur
et à l’extérieur du
territoire», explique-t-il. Il n’est
ainsi pas rare que des contrôles soient
effectués à Martigny, Villeneuve
ou Yverdon. «Ça crée
une incertitude chez les gens: avant, ils
pouvaient se préparer à passer
la frontière.» A Fribourg aussi,
on peut croiser des gardes-frontières,
en particulier quand ils descendent du Pablo
Casals, le train qui relie Barcelone à
Zurich. C’est que «le trafic
de cocaïne passe beaucoup par les trains
internationaux». Ce qui explique sans
doute l’installation d’un poste
de gardes-frontières en gare de Lausanne,
actuellement en plein aménagement.
Métier de
terrain
Un bâtiment discret de Martigny, l’un
des trois postes du Valais, avec le Grand-St-Bernard
et Brigue. C’est là que se
trouve le bureau du chef de poste, dont
dépendent les antennes de St-Gingolph,
de Morgins, du Châtelard. Une constatation:
garde-frontière est un métier
de terrain… Deux personnes se trouvent
dans les locaux ce matin-là, sur
la cinquantaine qui en dépendent.
Bernard Bapst raconte une de leurs récentes
arrestations: sur la petite route du Châtelard,
qui vient de Chamonix, les gardes-frontières
ont intercepté deux voitures hollandaises.
Leurs occupants étaient en possession
d’une dizaine de faux passeports irakiens.
Sur eux, un itinéraire tiré
d’internet, menant d’Amsterdam
à l’Italie, en passant par
le Châtelard.
Départ pour St-Gingolph, village
à cheval sur la frontière.
Dans le calme des rives du Léman,
ambiance cordiale, tutoiement de rigueur,
quelques vannes amicales… Bernard
Bapst a le mot pour rire. Il trouve aussi
ceux qui encouragent des collègues
à s’inscrire pour une future
opération, où «on a
besoin de gens motivés». Il
écoute quelques doléances,
rassure.
Sous la modeste guérite, des écrans
permettent de surveiller les lieux de passage
entre la Suisse et la France. Un premier
appareil de vérification des pièces
d’identité: en cas de doute,
au bureau, les spécialistes peuvent
compter sur une deuxième machine
plus sophistiquée. «En Suisse,
nous sommes au top pour la recherche de
falsifications», précise Bernard
Bapst. Depuis 2002, un système d’identification
rapide des empreintes digitales se trouve
aussi à disposition. Elles sont ensuite
transmises à Berne et comparées
à une base de données en quelques
minutes.
Produits mortels
Dans le garage utilisé par l’EVA,
un garde-frontière a préparé
une démonstration avec sa chienne:
le malinois mettra moins d’une minute
pour découvrir la drogue planquée
dans le filtre à air. Encore moins
pour celle qui était cachée
dans un bagage. Impressionnant. Un amusement
pour ces chiens, qui ont été
entraînés à faire le
lien entre leur jouet et l’odeur des
stupéfiants, que ce soit le cannabis,
la cocaïne, l’héroïne
ou les amphétamines.
Sur le chemin du retour, Bernard Bapst continue
d’évoquer son métier,
ses souvenirs. Et si ses anecdotes sont
souvent truculentes, le ton s’assombrit
parfois. Il parle d’un collègue,
un proche, tué en service. De la
fille d’une amie, morte après
avoir avalé une seule pilule d’ecstasy.
Du coup, même si, estime-t-il, seuls
5 à 10% des produits sont interceptés
à la frontière, c’est
toujours ça de gagné. «On
ne parle pas là de 500 grammes de
viande passés en douce, mais de produits
qui tuent des gens.»
Une imagination
sans frein
La plus grosse
prise
Bernard Bapst a saisi un jour 25 kilos d’héroïne.
«C’était nul comme elle
était cachée: dans la portière
d’une voiture…», lâche
le Gruérien.
Les classiques
Dans les véhicules, tout peut servir
à planquer de la drogue. Grands classiques:
les pare-chocs, les réservoirs, les
portières, le bas de caisse…
Et le tableau de bord, où l’on
peut dis-simuler jusqu’à 10
kilos de stupéfiants. Aucun de ces
endroits n’échappe à
l’EVA (équipe de vérification
automobile) ni aux chiens spécialisés.
A ce propos: les trucs censés masquer
l’odeur de la drogue, genre poivre
ou café, ne trompent pas les chiens.
«Certains accentuent même l’odeur.»
Les semelles de chaussures sont aussi bien
connues.
Les plus étonnantes «Tout est
bon comme cachette»: des colliers,
des boutons de manteau, des bougies ont
été trouvés creusés
et remplis de drogue. Sans oublier les valises:
«Un double fond de quelques millimètres
suffit pour cacher trois à quatre
kilos de coke…» La plus étonnante:
«On cherchait la cocaïne dans
la valise et c’était la valise
elle-même qui était en coke…»
La plus sexy
Bernard Bapst sourit encore de cette dame
à la poitrine avantageuse, en manteau
alors que la température était
élevée. Des formes généreuses
qui cachaient des kilos de viande…
Les ignobles
Tout le monde a entendu parler des boulettes
de cocaïne avalées par les passeurs.
«Chaque mois, en Suisse, on arrête
un tel transporteur.» La plus grosse
prise: 1,2 kilo. Soit une centaine de boulettes…
De manière générale,
Bernard Bapst trouve «impressionnant
de voir comment on utilise les personnes,
même de sa propre famille».
En Amérique du Sud, il est aussi
arrivé que des trafiquants opèrent
des chiens pour y glisser de la cocaïne.
Bernard Bapst cite également le cas
d’une femme ouverte dans le dos: une
enveloppe pleine de drogue avait été
placée sous la peau.
Les autres trafics
Bien que spécialisé dans les
stups, Bernard Bapst a vu passer bien d’autres
trafics au cours de sa carrière,
que ce soit de porcs, de munition ou de
césium, un métal radio-actif.
Des faux papiers, aussi: «Pour certains
pays, les trois quarts des papiers sont
faux.» Ou encore d’argent: il
a découvert un jour l’équivalent
de 25 millions de francs en pesetas, cachés
dans une auto. Il se souvient aussi de son
étonnement en découvrant des
vipères dans un coffre de voiture…
Elle est passée
où?
Il n’y a pas que les saisies qui forgent
des souvenirs: Bernard Bapst rigole encore
d’une filature en ville de Genève.
«Tout à coup, la voiture qu’on
suivait était derrière nous…
On avait l’air fins!»
Eric Bulliard.
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