À
8 h ce matin-là, Marc-André
Sirard, chercheur en reproduction animale
et en médecine expérimentale,
était déjà au bureau
à pianoter sur son ordinateur. «
Je ne travaille pas, je m’amuse »,
dit-il en levant la tête. Son travail
de chercheur le fascine.
Il n’a donc pas de mérite à
travailler 70 heures par semaine.
« Je travaille
avec la plus belle cellule d’entre
toutes, l’ovule. L’ovule, c’est
la plus grosse cellule du corps. Et en même
temps la moins nombreuse (elle se produit
une fois par mois). » Il prend son
crayon. Fait un point sur la feuille. «
Ça, c’est sa grosseur. » |
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Ce qui l’emballe tant
dans cette cellule, c’est qu’elle
ne vieillit pas, contrairement aux autres cellules
du corps. Mieux encore. « Si je prends une
vieille cellule de peau, et que je la mets dans
l’ovule, elle sera complètement reprogrammée,
rajeunie. Six heures plus tard, les 46 ans de
cette cellule sont effacés. N’est-ce
pas extraordinaire ? »
Pourquoi l’ovule ne vieillit-il pas ? Par
quel mécanisme réussit-il à
rajeunir les cellules qu’on lui injecte
? Comment se fait-il que la cellule de peau déposée
dans un ovule et transformée en embryon
conserve malgré tout son programme initial
de cellule de peau, « comme si elle était
nostalgique de son ancienne identité
de peau ? »
Mystère et boule de gomme. Les chercheurs
en génétique, dont Marc-André
Sirard, travaillent là-dessus.
« Quand on va trouver comment l’ovule
réussit ce tour de force de rajeunir une
cellule, on pourra rajeunir toutes les cellules,
pas seulement celles de la peau, et les regreffer
(finis les risques de rejets !), faire des cellules
souches, changer la fonction de la cellule. Imaginez
le progrès pour les humains. » On
pourra guérir des maladies comme le Parkinson,
les cancers, le diabète. Tous les espoirs
sont permis. Mais il faut d’abord comprendre
le phénomène.
La solution n’est pas simple. Chaque ovule
contient 5 à 10 000 gènes. Mais
seulement 10 d’entre eux ont la capacité
de s’exprimer et d’être réintroduits
avec succès dans l’ovule. Comment
reconnaître ces 10 gènes ? «
J’y pense tout le temps, en tondant le gazon,
en faisant le marché. Comment expliquer
qu’un ovule puisse remettre une horloge
de cellule à zéro ? »
Il lui reste au moins 20 ans de carrière
pour trouver. « Je n’aurai pas le
temps de m’ennuyer. »
Il trouvera un jour la clé de l’énigme.
Car Marc-André Sirard a non seulement la
passion de son métier, mais aussi la foi
dans ses capacités et celles des 100 collaborateurs
qui travaillent avec lui dans son Centre de recherche
en biologie de la reproduction de l’Université
Laval.
Congrès
La semaine dernière, à Québec,
1300 chercheurs de la Society for the Study of
Reproduction se sont réunis. Le plus gros
congrès de cette société,
qui est elle-même la plus importante à
s’intéresser au système reproducteur
de la femme. Si les chercheurs les plus importants
dans le domaine sont venus à Québec,
c’est grâce aux efforts de Marc-André
Sirard. Il a mis trois ans à organiser
cet événement, qui a des retombées
économiques intéressantes pour la
région.
C’est pourquoi le chercheur est notre lauréat
cette semaine.
Marc-André Sirard est vétérinaire
de formation. Il a pratiqué le métier
durant un an dans la région d’Hemmingford.
« C’est devenu plate trop vite. »
Il a alors décidé de se spécialiser
en reproduction animale. « La génétique,
ça me tentait depuis que j’étais
jeune », dit-il.
Rapidement, il tombe en amour… avec la recherche.
Et avec la liberté que procure le métier.
Comme beaucoup de chercheurs qui vont faire des
études postdoctorales aux États-Unis,
Marc-André Sirard aurait pu rester aux
États-Unis. Travailler au double du salaire,
dans les laboratoires les mieux équipés
au monde.
Il a préféré revenir au pays,
à cause de la culture. Ce qu’il n’aime
pas chez nos voisins du sud, c’est que «
tout ce qui compte, c’est l’épaisseur
du portefeuille. Pour moi, le plus important,
c’est d’améliorer le sort de
mes semblables. Rouler en BMW ou en Honda, quelle
importance ? »
De toute façon, c’est le vélo
qu’il préfère. Et la course.
Et la natation. Et le ski de fond l’hiver.
Car notre chercheur est aussi triathlète.
« Je m’entraîne tous les jours.
Je ne fais pas ça pour gagner, juste me
classer à mon goût. Les triathlons,
c’est mon exutoire. » Au programme,
10 km de course, 120 longueurs de piscine, 80
km de vélo. Chaque semaine, ou presque.
Entre le plaisir de travailler et l’effort
physique, Marc-André Sirard garde du temps
pour la famille. « J’ai trois filles.
La plus jeune est handicapée. Alors je
dois passer du temps à la maison »,
dit-il. L’an passé, la famille l’a
suivi au congrès de Vancouver. Une autre
fois, la petite tribu s’est déplacée
en Écosse. Cette année, ce sera
le camping en Nouvelle-Écosse.
« Je suis un homme heureux… même
si la vie est parfois rock and roll. » Ouais…
c’est arrivé en janvier.
La compagnie TGN Biotech, créée
avec son collègue François Pothier
pour fabriquer des médicaments à
partir de la glande séminale de porc, a
fait faillite. « Il aurait fallu changer
notre recette. Ça coûtait trop cher.
»
La mauvaise expérience ne l’empêche
pas d’avoir d’autres projets…
Il veut commercialiser ses inventions. Pas pour
faire de l’argent. Pour créer des
emplois. |