|
Là
où cirer est un art
Depuis l'époque française
jusqu'aujourd'hui, Nguyên Van Bang
s'installe tous les jours sur un trottoir
de Hanoi où il propose aux passants
ses services de cireur de chaussures.
| Il n'est
ni artiste renommé, ni homme
de lettre. Pourtant, dans la rue Tràng
Tiên de Hanoi, tout le monde le
connaît. Personne ne s'est attachée
plus longtemps que lui à cette
profession. Lui, c'est Nguyên
Van Bang, 72 ans, un simple cireur de
chaussures. Son "atelier",
un vieux pancovier proche du Centre
culturel français -l'Espace-.
Pour seul bien, une boîte en bois
contenant des outils et quelques chaises,
elles aussi en bois. Rustique, mais
cela ne l'empêche guère
de manquer de clients. Car bien qu'il
ne travaille que de 7 h 00 à
11 h 00, ses clients sont fidèles
et ne confieraient à personne
d'autre leurs mocassins, préférant
patienter jusqu'au lendemain si par
hasard, ils manquaient M. Bang. |
 |
Pour expliquer cette affluence, il suffit
d'observer M. Bang alors qu'il commence
à traiter une paire de chaussures.
Et de s'apercevoir que son savoir faire
est tout à fait unique. D'abord,
il sort de sa boîte une mousse et
quatre brosses. La plus grande entre en
action, chargée d'enlever poussières
et saletés de la surface des chaussures.
Puis M. Bang applique une couche de cire
à l'aide d'une brosse à dents.
Ensuite, les chaussures sont frottées
à l'aide de la deuxième brosse
avant d'être traitées par la
troisième. Mais petit rituel immuable,
juste avant de se servir de sa troisième
brosse, le vieux Bang s'offre une courte
pause où il prend une pipe à
eau. Enfin, la dernière brosse intervient,
uniquement pour polir. Ce processus est
toujours rigoureusement respecté,
permettant de donner aux chaussures un éclat
luisant. Alors, il peut conclure sa partition
en astiquant les souliers d'une mousse supprimant
de microscopiques poussières. Temps
nécessaire : 20 minutes. Et peu lui
importe que des clients fassent la queue
ou non, le vieux ne changera pour rien au
monde sa façon de cirer, chaque étape
étant pour lui vitale. De toute façon,
ce ne sont pas ses clients qui se plaindront
de la durée d'une "intervention",
à leurs yeux, M. Bang est un artiste.
Faveur spéciale
Il commença ce métier à
l'âge de 12 ans. La rue Tràng
Tiên était déjà
son territoire, à l'époque,
chaque paire de chaussures lui rapportait
3 piastres. En 1954, les chaussures en cuir
disparurent des rues de Hanoi. Au chômage
technique, Nguyên Van Bang se maria
et se tourna vers d'autres métiers.
La réussite ne lui sourit guère
et au fur et à mesure, il se persuada
que le métier de cireur de chaussures
était sa voie.
Le temps passe, sa réputation devient
de plus en plus grande, proportionnellement
à son niveau professionnel élevé.
On a vu déjà des voitures
venir le chercher pour le déposer
aux domiciles de certains de ses clients
afin qu'il s'occupe personnellement des
chaussures de la famille.
Dans la rue Tràng Tiên, il
est l'unique personne autorisée à
travailler sur le trottoir, alors que la
célèbre artère est
interdite à tous les vendeurs ambulants.
Bien que cette profession lui rapporte peu
d'argent, Nguyên Van Bang sourit de
son destin et se satisfait de son métier.
" On pense que cirer les chaussures
est un métier banal. Mais pour un
homme comme moi, je n'avais pas d'autre
choix. Je peux m'estimer heureux car ma
profession m'a offert de nombreux souvenirs
", confie le vieux cireur de la rue
Tràng Tiên.
Giang Ngân/CVN ( 19/08/05 )
Consultez également
le reportage du Cireur
de chaussures au Maroc
|