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Les « casseurs
» de fer d’Orangéa
La boulimie de la Chine, en plein essor économique,
pour le fer à des répercussions
dans la Grande Île. Des filières
de récupération de métal
se sont mises en place. Tout ce qui est
fer, y compris les vestiges d’Orangéa,
un ancien camp miliaire de la région
de Diégo Suarez, est récupéré
Des bruits sourds résonnent de l’ancien
camp militaire d’Orangéa sur
les hauteurs de Ramena, un village de pêcheurs
de la région de Diégo Suarez
dans le Nord de Madagascar. En se rapprochant
les bruits deviennent de plus en plus sonores.
Des coups de fusils, de canons ? Il n’y
aurait rien d’étonnant, nous
sommes sur un site militaire. Mais il est
désaffecté depuis 1972, lorsque
« reconduite » aux frontières
par la révolution malgache, la France
a quitté la Grande Ile laissant derrière
elle les traces d’un passé
définitivement révolu. C’est
elle qui a construit ce casernement pour
y loger ses militaires. Mais inutile de
laisser gambader son imagination. Les bruits
ne sont pas de soldats fantômes hantés
par leurs rêves de gloire défunte.
Grâce à
la Chine
Ce que l’on entend, ce sont des coups
de massues assénés aux murailles
du casernement. Les bâtisses ont été
construites pour durer. L’empire colonial
français était sûr de
son fait, il était là pour
au moins 1 000 ans. Les murs en béton
armé, les escaliers en métal
renforcé, ces encadrements métalliques
des portes et fenêtres sont une véritable
aubaine pour les casseurs de fer. Se sont
eux que l’on entend taper depuis le
bas de la colline où est juché
Orangéa. Ils récupèrent
le fer contenu dans les vestiges du camp.
Plus tard, ils iront le vendre à
Ramena.
C’est à la Chine que ces hommes
doivent leur travail. En plein essor économique,
le géant asiatique est devenu boulimique
en fer. Sa forte demande a fait exploser
les cours mondiaux, elle a aussi raréfié
l’offre, les fournisseurs ayant du
mal à satisfaire les besoins. Au
fil des mois, ce métal est presque
devenu précieux.
Tout est récupéré
À Madagascar certains n’ont
pas tardé à comprendre tout
le profit qu’ils pourraient tirer
de cette situation. « Ce sont surtout
les Karanas (Malgaches d’origine indienne
- ndlr) qui, début 2005, ont monté
le business du fer » souligne Peter,
un « wasa » (européen
en malgache) installé à Diégo
depuis 3 ans. Ces businessmen ont fait savoir
qu’ils étaient intéressés
par l’achat de fer de récupération.
L’effet a été immédiat.
Tout ce qui contient du fer est systématiquement
dépouillé de son métal.
Les vestiges des anciens bâtiments
coloniaux, les carcasses de véhicules
accidentés laissés au bord
des routes, les bateaux épaves oubliées
par leurs armateurs et à moitié
immergés dans le port de Diégo
font le bonheur des récupérateurs.
2,4 centimes d’euros
le kilo
Dol est l’un d’eux. Il est originaire
du village Ramena, il a 26 ans. Il a quitté
l"école à 10 ans et depuis
il est pêcheur, comme presque tout
le monde dans le village. « Je pêche
jusqu’à midi et après
avoir mangé je viens à Orangéa
casser un peu de fer » dit le jeune
homme. Il vient de s’attaquer aux
cornières d’une façade
de bâtiment. Insolites en ce lieu,
les traces d’une fresque géante
le regardent travailler. Elle a été
réalisée par le peintre Français
Paul Bloas. Un artiste sans œuvre,
puisque sa passion est de peindre sur des
vestiges exposés à tous les
temps et donc voués à disparaître.
Dol dit que la pêche lui rapporte
plus d’argent que la récupération
du fer. Mais cela lui permet d’arrondir
un peu sa journée. Le collecteur
paye 300 francs malgaches (FMG) le kilo
de fer soit 2,4 centimes d’euros.
En une demi-journée, Dol arrive à
récupérer 150 kilos et à
percevoir 45 000 FMG soit 3,6 euros.
À ses coups de massues répondent
ceux de Velonjara, 55 ans, et Simon, 18
ans. Les deux hommes sont en peu plus loin
dans l’ancien campement. Ils ont commencé
à casser du fer en mai 2005 et disent
arriver à récupérer
jusqu’à 200 kilos de fer chacun
en une demi-journée. Tous les jours
c’est à dos d’homme qu’il
transporte leur « récolte »
chez les collecteurs basés à
Ramena à plusieurs kilomètres
de là. « Souvent, ils font
deux voyages dans la journée »
indique Saphia, 20 ans. Elle habite à
l’entrée du village avec sa
famille à l’entrée du
village. Depuis février 2005 son
père loue sa cour à un collecteur.
Le métal y est pesé et entreposé.
Recyclé
Deux ou trois fois par semaine, un camion
vient prendre livraison du chargement. «
En général le camionneur repart
avec 8 ou 9 tonnes de fer » note Saphia.
Le collecteur qui a payé 300 FMG
au récupérateur, recevra du
patron de la filière 1 000 FMG par
kilo (8 centimes d’euros), soit un
bénéfice de 700 FMG (5,6 centimes
d’euros). Le fer récupéré
est ensuite transporté jusqu’au
port de Diégo Suarez. Il sera chargé
sur des cargos à destination de différents
pays. Le fer y sera recyclé et entamera
une nouvelle vie dans les structures d’un
vélo ou d’un building chinois.
L’histoire ne dit pas combien aura
perçu au final le patron de la filière.
Texte et photos : Imaz Press Réunion
>> 02/11/2006
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