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Le commerce ambulant est uniquement affaire
de femmes. Du matin au soir, elles sillonnent
les rues de la ville pour vendre leurs marchandises.
Elles ne savent pas elles-mêmes combien
de kilomètres elles effectuent chaque
jour.
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les matins, quand les autres dorment
à poings fermés, je me
lève et vais au marché
Long Biên (le plus grand marché
de gros de la capitale)", raconte
Thuy. Debout à deux heures, elle
achète des oranges et les emmène
sur deux plateaux soutenus par une tige
en bambou, qu'elle porte sur l'épaule.
" Je ne rentre chez moi que quand
mes paniers sont vides, le plus souvent
il fait déjà nuit",
confie-t-elle. |
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Cette femme âgée de 55 ans
était autrefois ouvrière dans
une usine textile de Hanoi.
Elle a dû quitter cet emploi il y
a dix ans lorsque son mari est mort dans
un accident de la route. Tout le poids de
la famille pèse sur ses seules épaules.
Thuy a décidé, pour nourrir
ses trois enfants, de faire du petit commerce
ambulant. "Les bonnes journées,
j'en tire 30 000 dôngs de bénéfices
(2 dollars), une somme beaucoup plus élevée
que le salaire d'ouvrier." Grâce
à la vente de ces paniers d'oranges,
les trois enfants de Thuy sont tous étudiants
de l'université.
Liên, qui vit dans le district de
Dai Mô, province de Hà Tây,
à environ 20 km à l'ouest
de Hanoi, ne peut pas dire exactement combien
de kilomètres elle fait par jour.
Cette femme de 33 ans quitte sa maison de
bonne heure et commence sa journée
de travail avec un chariot chargé
de vêtements bon marché pour
enfants et adultes. Ni le soleil accablant
l'été, ni le froid cuisant
l'hiver ne peuvent empêcher Liên
de pousser son chariot de rue en rue pour
nourrir sa petite famille.
Malgré la peine, elle dispose d'un
revenu stable, d'environ 900 000 dôngs
par mois, soit deux fois celui de son mari
paysan.
Hà, 40 ans, a trois enfants. L'aîné
a 12 ans et le benjamin, tout juste 2 ans.
Venue de la province de Hung Yên (60
km au nord-est de Hanoi), Hà loge
dans un quartier au bord du fleuve Rouge
pour vendre des légumes. Elle a confié
ses enfants à son mari, un soldat
démobilisé qui fait de la
riziculture. Hà accepte ce travail
pénible pour pouvoir donner à
manger à ses enfants.
"Je ne retourne qu'une fois par mois
chez moi, apporter de l'argent à
mon mari, et voir mes enfants." Les
700 000 dôngs (45 dollars) qu'elle
gagne, permettent de payer l'école
et de constituer une réserve pour
les dépenses imprévues de
la famille.
Des femmes économes
Les petites commerçantes ambulantes
de Hanoi sont issues essentiellement des
zones rurales.
Elles constituent des groupes de cinq à
sept femmes. Elles partagent des logements
modestes et se soignent les unes les autres
en cas de maladie. Toutes ont un but commun
: économiser de l'argent pour l'envoyer
à leurs familles à la campagne.
Hinh est dans ce cas.
Originaire de la province de Hà Nam
(70 km au sud de Hanoi), elle ne venait
autrefois à Hanoi qu'en période
creuse. Mais, peu à peu, l'argent
plus facile à gagner à la
ville qu'à la campagne, a retenu
les pas de Hinh dans la capitale.
Elle a décidé d'exercer ce
métier toute l'année. Hinh
ne rentre chez elle que pour les anniversaires
de la mort de ses proches et le mariage
de ses frères et soeurs.
"Si on veut que le commerce marche
bien, il faut vendre une gamme abondante
d'articles, de bonne qualité et à
des prix raisonnables. En général,
les marchandises ambulantes sont moins chères
que celles vendues dans les magasins ou
au marché", souligne Hinh. Heureusement
pour elle, son fils et sa fille, tous deux
lycéens, peuvent se débrouiller
et s'occuper de sa famille à la campagne.
Bien qu'elle pratique le commerce ambulant
depuis longtemps et qu'elle ait sa clientèle
fidèle, Hinh est très économe,
comme ses autres collègues. Chaque
jour, elle ne paie pas plus de 10.000 dôngs
(0,70 dollar) pour sa nourriture et son
logement. "Si je dépense trop,
cela réduira d'autant ce que je ramènerai
chez moi", explique-t-elle.
La vente ambulante existe au Vietnam depuis
l'époque coloniale. Les vendeurs
se déplaçaient à pied,
les palanches sur les épaules. Ils
vendaient des marchandises simples : du
sel, du nuoc mam, des ciseaux et même
du pho. Aujourd'hui, l'urbanisation a réduit
la superficie des terres arables, et les
grandes villes sont considérées
comme des lieux d'argent facile. Alors,
de jour en jour, le contingent des petites
commerçantes ambulantes augmente
fortement. Leur présence quotidienne
dans les rues de Hanoi est devenue incontournable.
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