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Frank Billod à
Romont
Ferblantier et taxi-dancer
Patron d’une entreprise de ferblanterie
et sanitaire à Romont, Frank Billod
troque, certains soirs, son bleu de travail
contre des habits noirs et des bretelles
rouges, le costume du taxi-dancer. Une originalité
qui lui a valu, l’hiver passé,
un portrait dans Infrarouge. «Beaucoup
de gens ont vu l’émission à
la télévision. On m’a
interpellé dans la rue: “Ah!
On ne savait pas que tu faisais ça!
Dis-nous quand tu vas danser, qu’on
vienne aussi!» sourit Frank Billod.
| Taxi-dancer?
C’est un homme (mais aussi une
femme, même si elles sont moins
nombreuses) qui, aimant passionnément
la danse, met ses talents chorégraphiques
à la disposition des clientes
de discothèques, clubs, salles
de café, écoles de danse
et même soirées privées.
Ce phénomène, qui nous
vient des Etats-Unis, fait un carton
en Suisse alémanique (une société
zurichoise compte une centaine de taxi-boys
et de taxi-girls) et se répand
en Romandie |
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«J’ai toujours adoré
la danse, ça remonte à une
vingtaine d’années. J’ai
commencé par le rock à Romont,
puis je me suis mis aux danses de “salon”
(valse, tango, cha-cha-cha, rumba, salsa…)
chez K’Danse à Bulle. J’ai
fait de la compétition en disco-fox,
me classant troisième au championnat
suisse. J’ai eu la chance, aussi,
de participer au championnat du monde…
Pour moi, la danse est une autre manière
de vivre et d’interpréter la
musique.» Des talents et une sensibilité
qui ont valu à Frank Billod d’être
remarqué, lors d’une soirée
il y a un an, par Beat Bachmann, coordinateur
taxi-dancer pour la Suisse romande: «Il
m’a recruté. J’ai trouvé
l’idée amusante», se
souvient Frank Billod.
Correction et maîtrise
Car il ne faut pas se méprendre sur
la fonction du taxi-dancer, qui n’est
pas un «entraîneur», comme
on le dit, l’œil en coin, d’une
«entraîneuse». «Notre
fonction de taxi-boy, c’est d’inviter
les femmes qui aiment danser. Mais qui sont
seules, ou alors accompagnées d’amis
ou de maris dont ce n’est pas du tout
la tasse de thé. Je connais du reste
deux personnes, dans le canton de Vaud,
qui exercent le métier de taxi-dancer
en couple: les choses sont sans ambiguïté.
Notre mission est codifiée. Nous
portons des habits distinctifs, on nous
présente au début de la soirée.
Les personnes qui souhaitent être
invitées à danser posent un
carton sur la table. Et nous faisons en
sorte de ne pas toujours inviter les mêmes,
grâce à des cartons de couleurs
différentes. Nous ne sommes pas là
pour draguer! A discuter avec les femmes,
je constate d’ailleurs qu’elles
sont nombreuses à fuir les soirées
“à drague”. Ce qu’elles
recherchent, c’est le plaisir de danser,
en tout bien tout honneur», sans attiser
le courroux éventuel de maris jaloux.
Protégé
du coup de foudre
Et si, dans le feu d’un tango, une
étincelle venait à surgir
entre le taxi-dancer et sa partenaire d’un
morceau de musique? «Après,
c’est comme n’importe où.
C’est de la chimie. Mais là
n’est pas notre but», sourit
Frank Billod, qui pense très bien
pouvoir trouver, un jour (ou un soir) la
femme de sa vie au fil d’une danse…
Mais Frank Billod, qui installe des paratonnerres
sur le toit des maisons, semble bien protégé
contre… les coups de foudre!
«Notre engagement est très
sportif. On a toujours une chemise de rechange.
La danse, à ce niveau, est un formidable
antistress, qui vaut largement une séance
de gymnastique ou une course à vélo.
Mais j’observe aussi que la danse
donne un moral d’acier. Même
si je danse pendant des heures, je n’ai
pas l’impression d’être
fatigué. Je me sens merveilleusement
bien. Vidé, mais bien!»
De toutes les danses, sa préférée
est le tango. Parce qu’il aime la
musique, son atmosphère particulière.
«C’est une danse qui repose
sur un pas de base, le reste est improvisation,
jeu virtuel de la séduction. C’est
beau!» Ce qui plaît aussi à
Frank Billod, dans ce milieu, c’est
la chaleur humaine qui s’en dégage.
On pourrait croire cet univers artificiel.
Plein de mirages: le monde de la nuit par
excellence. Il n’en est rien, à
l’écouter: «Dans ce genre
de soirée, la musique n’est
pas trop forte. On peut parler. On rencontre
toutes sortes de gens, aussi bien des universitaires
que des retraités. Or, notre société
est devenue individualiste. On en arrive
même à danser en solitaire
dans les discothèques. Ce qui me
frappe, c’est que dans les soirées
avec taxi-dancers les gens s’amusent,
ils sont joyeux, les pistes ne sont jamais
désertes. Il se dégage beaucoup
d’énergie. On se décharge
beaucoup, mais on se recharge énormément.»
Marie-Paule Angel
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