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Grâce aux qualités qui ont
assuré le succès de ses différentes
missions antérieures, M. Frédéric
Clavier, diplomate de carrière, qui
a été pendant six ans le collaborateur
du président Chirac, a été
nommé, récemment, conseiller
de coopération technique et d’action
culturelle à l’ambassade de
France au Liban.
Passionné de culture, il était,
tout à fait, candidat à
un tel poste, d’autant plus que
la diplomatie permet de s’occuper
de questions politiques, des médias,
d’économie, de culture,
etc... et que le Liban, pays lié
à la France par des liens ancestraux
et indéfectibles, se trouve dans
un nœud d’expressions culturelles,
politiques et sociales, au carrefour
des grandes cultures de l’Orient
et de l’Occident.
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Avant de l’interroger sur la nouvelle
politique de la Mission culturelle française
au Liban et sur la programmation des activités
et manifestations prévues pour l’exercice
2003, il nous a paru opportun de lui demander
de se présenter à nos lecteurs.
“Mes racines, dit-il, plongent dans
deux mondes du territoire français
bien différents. Les Landes, par
mon père; la région du Mont
Saint-Michel, par ma mère. J’allie
donc, je l’espère, les vertus
du Nord à celles du Sud. Je me conçois,
en tout cas, comme une synthèse de
ces deux mondes, une forme de dialogue des
cultures au sein d’un même pays.
Ma jeunesse s’est pourtant déroulée
à Paris, ville de toutes les lumières.
Beyrouth y répond par écho,
comme un miroir culturel où les deux
villes battent au même rythme.
“Depuis que je suis ici, pas un seul
jour ne passe sans que j’ai un seul
mot d’ordre en tête: célébrer,
en toutes circonstances, les noces franco-libanaises
empreintes d’amitié, de complicité,
d’admiration réciproque; celles
de deux cultures qui plongent dans les tréfonds
lumineux de l’histoire de l’humanité”.
Vous êtes
diplomate. Qu’est-ce qui vous a amené
à choisir ce métier?
C’est une vocation précoce
remontant à l’adolescence.
Deux raisons m’ont particulièrement
poussé sur cette voie. C’est,
d’abord, un inextinguible besoin de
paix, la certitude que, par le dialogue,
la patience et la ténacité,
on arrive à dénouer tout conflit,
toute crise. C’est, ensuite, une quête
culturelle et civilisationnelle, le besoin
de se plonger dans l’altérité,
de prendre plaisir à y trouver le
génie de chaque peuple. C’est
un peu suivre ce que Rimbaud appliquait
aux religions, c’est-à-dire
faire de soi-même un kaléidoscope
de cultures.
EXPÉRIENCE
RICHE
Vous avez été pendant six
ans, de 1996 à 2002, le collaborateur
du président Chirac; qu’en
avez-vous retenu?
Ce fut une expérience immensément
riche et passionnante. J’en retiens
tout d’abord une exigence permanente
d’incarner la France, d’en assumer
son histoire, d’en comprendre sa modernité
et de tracer des perspectives d’avenir.
C’est, aussi, un incomparable intérêt
porté par le chef de l’Etat
français aux grandes questions internationales,
une défense convaincue des cultures
premières et un souci constant de
l’écoute de l’autre.
A quel niveau se
situe aujourd’hui la Mission culturelle
française au Liban, dans le cadre
du réseau culturel français
international?
Une place considérable et méritée.
Je voudrais rappeler que si la coopération
culturelle dans sa forme actuelle est récente,
la signature de l’accord culturel
franco-libanais datant de 1993, elle dispose
de moyens importants qui se montent à
15 millions d’euros pour l’année
2003. A titre d’exemple, nous sommes
à budget quasiment égal avec
l’Egypte, pays de 65.000.000 d’habitants.
C’est dire l’importance que
revêt le Liban pour la France de manière
générale et sa coopération
plus particulièrement. Notre dispositif
de coopération éducative et
linguistique est l’un des plus importants
au monde, avec six établissements
et neuf centres culturels.
Nous touchons ainsi tous les domaines de
la coopération avec des points forts
comme l’université, la santé,
l’agriculture ou le livre. La soif
de savoir et l’exigence qualitative
du Liban sont telles qu’elles nous
obligent et c’est très bien
ainsi, à sans cesse nous adapter.
ACTION PLURIDISCIPLINAIRE
Quels sont les
axes fondamentaux adoptés en 2003,
pour la diffusion culturelle artistique
et pour la coopération technique
et scientifique?
Dans le secteur artistique, notre action
est naturellement pluridisciplinaire et
fait une large place au partenariat avec
nos amis libanais, que ce soient les institutions
d’enseignement artistique (dont bien
entendu l’ALBA ou l’IESAV),
les lieux de diffusion. De manière
générale, nous soutenons toutes
les opérations qui œuvrent dans
une logique de développement culturel.
Dans cette optique, il s’agit pour
nous de valoriser le savoir-faire français
dans des domaines aussi variés que
les arts plastiques, les arts de la scène,
la musique où l’offre ici,
au Liban, est abondante et de qualité.
Cela n’exclut, naturellement, pas
de rechercher des opérations de grande
visibilité destinées à
un large public ou à des catégories
particulières comme les jeunes: par
exemple, les concerts organisés à
l’occasion d’événements
internationaux comme la Fête de la
musique ou des opérations d’envergure
comme le Salon du livre, ou enfin, des manifestations
touchant l’ensemble du territoire
libanais tel “Ciné-caravane”
qui a connu en deux ans un développement
considérable.
A cet égard, nous avons quelques
idées qui nous amèneront à
prochainement proposer à des mécènes
qui voudront bien nous accompagner, de s’associer
à nous pour soutenir chaque année
une grande opération de prestige
représentative de la culture française.
Autour de quels
acteurs libanais se construit et se développe
votre politique culturelle et artistique?
Avec tous ceux qui concourent au développement
culturel durable. Ce sont les établissements
d’enseignement comme l’Académie
libanaise des Beaux-Arts, l’Institut
d’études scéniques et
audiovisuelles, l’Université
libanaise, l’Université Saint-Esprit
de Kaslik, le Conservatoire national supérieur
de musique, l’Ecole de musique Ghassan
Yammine. Ce sont aussi des opérateurs
qui animent la vie artistique libanaise:
théâtres animés par
de grandes personnalités, festivals,
associations, ... Je ne peux tous les citer,
mais je veux souligner la qualité
de leur travail et le plaisir, maître-mot
dans le domaine culturel, que nous avons
à travailler avec eux.
PARTENARIAT MULTIFORME
Quelle importance accordez-vous à
la coopération avec les institutions
scolaires et universitaires, à tous
les niveaux, pour la préservation
et l’expansion de la francophonie
au Liban?
Notre coopération avec les institutions
scolaires et universitaires est le premier
poste de coopération de la France
avec le Liban. Ce partenariat est multiforme
et va du domaine linguistique à celui
des valeurs éducatives et pédagogiques,
sans oublier le plus haut niveau scientifique
(recherche, accompagnement de thèses,
formation continue des cadres...).
C’est pourquoi, comme pour l’Europe
de Schengen, je parlerai de la libre circulation
des idées françaises et francophones
appliquées à la formation
des jeunes. Il me semble même que
ce qui caractérise l’évolution
au Liban depuis la fin de la guerre, c’est
une diffusion de la pensée et de
la langue française dans toutes les
régions et les communautés.
D’ailleurs, si on se réfère
aux statistiques du ministère de
l’Education, deux tiers des élèves
ont le français comme langue seconde.
D’ailleurs, j’ai souvent pu
constater, par mes visites de terrain, que
les enseignants du second degré maîtrisent
cette langue et peuvent donc sans difficulté
enseigner leur discipline (mathématiques,
sciences...) en français.
Au niveau scolaire, je voudrais souligner
l’importance quantitative et l’excellence
qualitative du réseau des écoles
délivrant un enseignement conforme
aux programmes et méthodes français,
tout en respectant les exigences nationales
(en particulier, l’enseignement de
l’arabe et en arabe). Dans vingt-six
établissements reconnus par l’Agence
pour l’enseignement français
à l’étranger, 42.000
élèves relèvent de
ce système éducatif (de la
maternelle à la terminale), ce qui
fait du Liban le premier pays au monde.
Près de 1.700 présentent le
baccalauréat français avec
un taux de réussite de plus de 90%.
Ce sont de très beaux résultats.
Tous ces jeunes poursuivent des études
supérieures, soit dans les universités
du pays, soit à l’étranger.
Un nombre croissant a, d’ailleurs,
le désir d’intégrer
des formations supérieures en France.
En 2002, plus de 1.500 jeunes ont ainsi
rejoint l’enseignement supérieur
en France, certains d’entre eux bénéficiant
de bourses d’études du gouvernement
français. Ceci correspond à
un triplement en l’espace de cinq
ans. C’est très impressionnant.
Quant à la coopération universitaire,
elle se caractérise également
par de nombreux échanges d’enseignants
qui contribuent à un grand brassage
des idées et renforcent la présence
de la pensée française.
En favorisant la collaboration entre structures
françaises et libanaises, la coopération
se traduit, aussi, par le développement
de la recherche universitaire dans votre
pays. C’est le cas avec la grande
réussite du programme “Cèdre”
de recherche scientifique piloté
à parité entre la France et
le Liban.
Tout ceci me permet de vous assurer de la
détermination de la France dans sa
coopération éducative, à
tous les niveaux et de mon engagement personnel
pour que le rayonnement de la pensée
et de la langue française soit toujours
exemplaire au Liban.
CALENDRIER TRÈS
RICHE DE FÉVRIER-MARS
Quelle est la programmation
des échanges, activités et
manifestations prévus pour l’exercice
2003, dans les domaines de la coopération
technique et scientifique, des arts plastiques,
du théâtre, de l’audiovisuel,
du cinéma, du livre, de la presse
francophone (revues, quotidiens), de la
musique, de la télévision,...
Au plus près de nous, commençons
par le calendrier de février, très
riche dans le domaine du théâtre
avec notre participation à quatre
événements: “No-Exit”,
qui est l’adaptation en arabe de “Huis-Clos”,
de Jean-Paul Sartre au Théâtre
Al-Madina; “Retours”, création
franco-libanaise au Théâtre
Béryte; le 4ème Festival du
conte et du monodrame au Théâtre
Monnot et la célébration du
centenaire de la naissance de Raymond Queneau
avec “Exercices de Style” présentés
au Théâtre Monnot toujours
par une compagnie française: “Le
Théâtre de l’Eveil”.
Evénement également, que sera
la présentation de “30 ans
d’Estampe” où, comme
vous le savez, la Mission culturelle française
est associée à l’ALBA
pour célébrer trente ans de
création contemporaine, avec les
œuvres de dix-sept artistes plasticiens
toujours travaillant en France.
Signalons, ensuite, notre participation
au Festival SHAMS des jeunes, en mars, avec
un exercice chorégraphique mené
avec une compagnie française “Théâtre
de Vento” et notre inscription au
cœur du prestigieux Festival Al-Bustan
avec un duo de jeunes talents piano et violon,
dont la violoniste Sarah Nemtanu qui vient
d’être choisie comme violon
solo de l’orchestre national de France.
Enfin en avril, nous reviendrons vers les
arts visuels avec “Mangeons design”,
installation de l’exposition des créations
libanaises présentées à
la dernière “Biennale internationale
du design de Saint-Etienne”, en novembre
2002.
Je ménage, pour l’instant,
la surprise de la Fête de la musique
en juin.
Voilà déjà quelques
indications qui permettent, je l’espère,
d’inscrire quelques bonnes soirées
aux agendas du printemps, pour tous les
Beyrouthins et les Libanais qui ont envie
de nous accompagner.
En conclusion, un fait est certain: la France
s’est engagée à soutenir
le Liban sur le plan culturel, tout autant
que sur le plan socio-politique et paraît
déterminée à tenir
ses engagements.
Nicole MALHAMÉ HARFOUCHE
Fiche métier
du Conseiller
culturel
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