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Âgé
cette année de 77 ans, Lê Van
Hoà, domicilié dans le delta
du Mékong, est toujours actif. Ce
serait une chose normale si ce cueilleur
de cocos "professionnel" n'avait
pas perdu la vue il y a... 62 ans. Plongé
dans une "nuit éternelle",
il se montre néanmoins digne d'être
"le père de la famille".
| Issu d'une
famille pauvre de la province de Cân
Tho, delta du Mékong, Lê
Van Hoà a très tôt
fait preuve d'énergie et d'assiduité.
Suivant, pas à pas, son père,
dans son travail de pêcheur, le
petit Hoà devint vite "doué"
en matière de pêche. Las,
sa vie a soudain été bouleversée
quand une maladie étrange l'a
frappé, lui ôtant peu à
peu la vue alors qu'il était
âgé de 15 ans. Par manque
d'argent pour le traitement, Lê
Van Hoà a sombré dans
une nuit permanente. |
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Après de longs jours de désespoir,
le malheureux s'est promis de continuer
à vivre une vie "utile".
Il apprend donc à s'habituer à
l'obscurité, dans la maison au début,
puis sur les cours d'eau. Mille et une fois
tombé à terre, sans compter
les nombreuses fois où il s'est blessé,
Hoà s'est toujours relevé,
courageusement, pour pouvoir enfin "vaincre"
la cécité. Accompagné
de son père, il réapprend
la pêche aux filets, mais désormais
avec comme "engin" supplémentaire
des perches en bambou qu'il plante séparément
dans l'eau, pour lui servir de repères.
Plus de 50 ans
d'ancienneté
Quelques années plus tard, la famille
de Hoà déménage à
Long Hoà, toujours dans le delta
du Mékong, où ses parents
se gagent comme jardiniers auprès
d'autres familles. Mais, la malchance semble
"s'accrocher" à cette famille
pauvre : un jour, en cueillant des fruits
au faîte d'un cocotier, le père
tombe à terre. Un coup dur qui lui
casse définitivement le bras. Dans
cette situation critique, l'ado aveugle
veut plus que jamais pouvoir nourrir la
famille et remplacer son père mutilé.
À coeur vaillant, rien d'impossible
! Malgré ses genoux et ses mains
qui saignent plusieurs fois en pratiquant
le dur travail de cueillette de noix de
cocos, le non-voyant vainc l'adversité.
Avec le temps, Hoà est devenu un
cueilleur tellement "excellent"
que sa réputation se répand
dans toute la région.
"Aujourd'hui, j'ai déjà
plus de 50 ans d'ancienneté",
sourit le septuagénaire en montrant
ses mains pleines de cals et de cicatrices.
Au dire de villageois, seul ce "vieil
aveugle" est capable d'aboutir au faîte
d'un cocotier haut de…
20 m, une hauteur qui effraye mêmes
les professionnels. En effet, M. Hoà
a pris l'initiative de créer lui-même
un outil particulier qui lui permet de "diminuer
la perte de force" en escaladant ou
en descendant. Comme pour se justifier,
il sort de la maison, va directement au
pied d'un cocotier situé à
l'autre côté de la cour, puis,
mettant les pieds dans le dây nài
- un cordon noué en rond - qu'il
entoure le tronc d'arbre, il grimpe lestement,
d'un trait, jusqu'à son feuillage
haut de 10 m.
Mais, M. Hoà ne s'arrête pas
là dans la polyvalence ! Outre la
cueillette de fruits, il exerce aussi à
la perfection d'autres besognes, comme la
coupe de bois de chauffage, la construction
des cloisons en torchis pour les chaumières,
l'éclaircissement de jardin…
Ses revenus, quoique modestes, suffisent
pour nourrir sa petite famille de 6 personnes
: les 2 époux et leurs 4 enfants.
Et ce n'est pas fini ! L'histoire de sa
vie conjugale est aussi extraordinaire.
À 33 ans, il tombe amoureux d'une
femme de 27 ans qu'il rencontre par hasard
un beau midi ensoleillé de 1964,
au milieu d'un verger en pleine saison de
récolte. Un coup de foudre qui les
conduit peu de temps après au mariage.
De cet amour sont nés 2 garçons
et 2 filles. "Ils ont tous maintenant
leur petite famille", s'enorgueillit
le brave père.
Maintenant âgé et malgré
la dissuasion de ses enfants, le non-voyant
ne veut pas encore se reposer. "Je
suis toujours en forme. Si je cesse de travailler,
je tomberai malade", explique-t-il.
Et de rappeler un grave accident qui lui
est survenu il y a 10 ans : par mégarde,
il a chuté du haut d'un cocotier,
tombant d'emblée en syncope, le contraignant
par la suite à garder le lit de nombreux
mois. Mais à peine guéri,
notre cueilleur de coco s'est remis à
escalader.
La morale de cette histoire ? C'est M. Hoà
lui-même qui la donne : "Tomber
puis se lever. C'est la vie. Et notre vie
sera vide de signification, si nous n'osons
pas accepter un défi".
Toute une philosophie !
Nghia Dàn/CVN
(18/07/2008).
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