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Trân Tiên : Dessinateur en monnaie
depuis 30 ans
Depuis la révolution d'Août
1945, le pays n'a compté qu'une vingtaine
de dessinateurs en monnaie. Avec ses 30
années de métier, Trân
Tiên est le plus expérimenté
d'entre eux...
| Tout le
monde appelle M. Trân Tiên,
qui travaille à la banque d'État,
le "roi de la monnaie". Et
beaucoup considèrent son métier
comme l'art suprême. Tous les
Vietnamiens ont "ses oeuvres"
dans leurs poches et les échangent
quotidiennement sans se rendre compte
de la somme de travail qu'ont exigée
leur création. Trân Tiên
appartient au cercle restreint des dessinateurs
en monnaie, chargés par l'État
de concevoir les motifs des futurs pièces
et billets. |
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C'est un métier exigeant qui ne possède
pas de formation à proprement parler.
Chaque diplômé, après
sa sortie d'une école des beaux-arts,
de design ou d'art graphique, aura besoin
de plusieurs années de travail pour
pouvoir maîtriser les techniques....
de base. Néanmoins, précise
Trân Tiên, qui aime comparer
son travail à celui des peintres,
"il y a des artistes qui, après
des décennies de pratique, n'arrivent
toujours pas à insuffler de l'âme
à leurs dessins. C'est la même
chose pour la création des monnaies!
Pour maîtriser ce métier, la
passion et le travail ne sont jamais toujours
pleinement suffisants. Il faut aussi du
talent ! D'ailleurs, dans mon bureau, il
n'y a que six personnes, triées sur
le volet".
Un métier
qui exige des talents divers
Avec sa trentaine d'années de travail
à la banque d'État, Trân
Tiên a dû concevoir au moins
40 modèles de billets vietnamiens.
Son métier ne consiste pas seulement
à créer des monnaies parfaites
d'un point de vue technique pour limiter
les risques de contrefaçon et d'une
esthétique irréprochable,
il doit aussi insuffler de l'âme aux
motifs qu'il a choisi, y déposer
ses sentiments en quelque sorte, exactement
comme le ferait un peintre sur sa toile.
"Comme chaque monnaie symbolise une
nation, elle doit mettre en avant certains
traits culturels et historiques de son peuple".
Son métier exige de nombreux talents;
il doit être autant capable de dessiner
à la main que d'utiliser des technologies
de pointe. "La création d'une
monnaie est un travail de longue haleine,
jusqu'à 7 mois de labeur ! C'est
le dessin à la main des motifs qui
demande le plus d'effort et de minutie",
explique M. Tiên. Il précise
aussi que chaque modèle comporte
des "pièges" afin de mettre
des bâtons dans les roues aux faux-monnayeurs
!
Dans les années 1980, marquées
par une période de forte inflation,
M. Tiên a dû, avec ses collègues,
travailler d'arrache-pied pour concevoir
de nouveaux billets. Récemment, au
début de l'année, deux billets
et cinq pièces sont sortis sur le
marché, Trân Tiên se
chargeant de la conception des coupures
de 500.000 et 50.000 dôngs. À
l'approche du Têt dernier, alors que
tout le monde cherchait à avoir entre
les mains cette nouvelle monnaie, Tiên
regardait cette effervescence d'un oeil
amusé, lui qui connaissait depuis
plus de deux ans les fameux billets et pièces
! Sur le nouveau billet de 50.000 dôngs,
on peut voir un paysage romantique de l'ancienne
cité impériale de Huê,
au bord de la rivière des Parfums.
L'auteur a dû se rendre sur le terrain
pour prendre une photo. On y distingue aussi
un pavillon octogonal en bois entouré
de plusieurs vieux arbres. "Quand j'ai
commencé à dessiner les motifs
à partir d'une photo, j'ai décidé
d'y mettre des flamboyants, parce que, d'après
moi, ce sont des plantes typiques de Huê",
explique Trân Tiên. Pour le
billet de 500.000 dôngs, il a choisi
une vue du village de Sen, (district de
Nam Dàn, province centrale de Nghê
An), bien connu des Vietnamiens comme étant
le village natal de l'oncle Hô. Quant
à la nouvelle pièce de 5.000
dôngs, que Trân Tiên a
aussi conçu, elle montre la pagode
au pilier unique, un des symboles de la
capitale.
La monnaie doit
refléter l'âme d'un pays
| Trân
Tiên considère les monnaies
comme des sortes d'ambassadrices d'un
pays. Elles révèlent les
aspects les plus marquants d'une nation,
par exemple ses traits culturels, son
histoire, ses institutions politiques,
ses grands hommes de culture, ses dirigeants,
ses personnages illustres qui ont, par
exemple, mené le pays à
l'indépendance (image de Gandhi
sur les billets indiens, de Mohamed
Ali Jinah sur ceux du Pakistan, de Hô
Chi Minh sur les coupures du Vietnam,...).
Parfois on y voit aussi des paysages
naturels, des monuments historiques,
de gros ouvrages, des espèces
animales ou bien des groupes ethniques...
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Avec ses gestes lents et mesurés,
Trân Tiên au travail a plus
l'allure d'un bijoutier ou d'un horloger
que d'un dessinateur en monnaie. Il avoue
que son métier, qui exige tant de
minutie et de concentration, a modifié
son caractère. "Je suis devenu
au fil des années de plus en plus
calme", précise-t-il. Diplômé
de l'école supérieure des
beaux-arts en 1975, spécialité
peinture à l'huile, Trân Tiên
aurait pu s'orienter vers une carrière
de peintre. Il a trouvé dans la conception
des monnaies un moyen d'exprimer sa créativité
et son goût de l'esthétique,
tout en appliquant des technologies de pointe
qui le passionnent aussi...
Maintenant, à l'âge de 60 ans,
il consacre beaucoup de temps à transmettre
son expérience à ses jeunes
confrères. Son seul regret: qu'il
n'ait aucun droit sur ses dessins et esquisses,
propriétés ad vitam aeternam
de l'État vietnamien...
Thu Trang/CVN ( 16/04/04 )
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