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C’est un dernier de classe qui se
paie une douce revanche. À 15 ans,
les portes se refermaient devant ce Daniel
Gélinas gamin un peu trop frondeur,
indiscipliné à un point tel
qu’aucun cégep n’en voulait,
sinon pour faire plaisir à ses parents.
Aujourd’hui, petite bolle du boulier,
il remet sur les rails de grands événements
culturels de la province qui échouent
le test de la rentabilité. Dernier
succès en liste : le Festival d’été
de Québec.
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Les critiques sont unanimes
pour dire que Québec a connu en juillet
l’un de ses festivals les plus réussis
des dernières années. Le soleil
et la programmation y sont pour beaucoup, mais
l’arrivée, il y a trois ans, d’un
nouveau directeur général n’y
est certainement pas étrangère.
Daniel Gélinas n’est pourtant pas
un mélomane. Il écoute peu de musique,
du rock progressif ou du classique en faisant
de la course à pied, « mais je n’ai
plus de lecteur CD convenable… »,
et il n’est pas du genre à faire
des détours pour aller voir un spectacle
: il n’a découvert le Festival d’été
de Québec qu’il y a 10 ans. «
Je ne suis pas de Québec », plaide-t-il
pour sa défense.
Aux chiffres accrochés à une portée,
Daniel Gélinas préfère visiblement
ceux d’un relevé comptable. Il se
présente comme un hybride entre «
le créateur et le gestionnaire »,
mais ce dernier l’emporte haut la main après
une heure d’entrevue. Le Festival s’exprime
dans sa bouche en termes de « budget, rentabilité,
prévisions, entreprise… »
Il laisse donc le soin à Jean Beauchesne
de choisir les invités, lui se charge de
trouver les sous pour les faire venir. La rigueur,
c’est son dada, sa marque de commerce.
Précoce
Daniel Gélinas n’a que 28 ans lorsqu’il
est embauché par l’Orchestre symphonique
de Trois-Rivières pour en redresser les
finances, ébranlées par un sérieux
déficit. Le jeune homme entreprend de revamper
l’image de l’orchestre, et surtout
de rajeunir son public aux cheveux argentés.
Il élabore des stratégies marketing,
convainc les stations de radio de lui permettre
une offensive sur leurs ondes avec des publicités
deux fois plus longues que la normale, et se «
rapproche du public » en programmant des
spectacles « plus accessibles ». C’est
lui qui a dirigé la tournée d’Helmut
Lotti, l’hommage à Brel symphonique,
puis à Piaf, et, en 1991, la mégaproduction
avec l’ex-membre de Jethro Tull David Palmer
et l’Orchestre de Trois-Rivières
au stade de baseball municipal. « Un pari
risqué » mais payant, juge-t-il.
Après deux ans à la barre de l’organisme,
l’équilibre budgétaire était
déjà de retour. Après 10
ans, le budget avait presque triplé, passant
de 400 000 $ à 1,1 million $, et l’assistance
atteignait un plafond record de 97 %. Côté
chiffres, ça sentait la réussite
à plein nez. Si bien que le Festival international
d’art vocal de Trois-Rivières, lui
aussi coincé avec un bilan inscrit à
l’encre rouge, est venu le recruter pour
assainir ses finances. Une deuxième mission
réussie en deux ans. Puis une troisième
quand le Festival de cinéma des 3 Amériques
de Québec a recours à son tour à
ses services en 2001 et en 2002, puis à
nouveau depuis 2005.
« La rigueur administrative fait souvent
défaut aux organisations culturelles, remarque
Daniel Gélinas. Pourtant, leur succès
dépend à 50 % de la qualité
de leur organisation. »
Il n’était pas question de «
sauvetage » quand ce père de deux
jeunes adolescents a pris les rênes du Festival
d’été de Québec, en
2002, mais un bon électrochoc était
de mise.
« Il lui manquait d’outils de gestion
spécialisés, d’outils de spécification,
de travail par échéancier pour devenir
une véritable entreprise culturelle. Tout
était un peu à la dernière
minute, ce qui faisait monter les prix et ce qui
faisait qu’on défonçait les
budgets. » Sans compter qu’une baisse
de 1 million $ dans le financement public était
imminente.
De fait, les premiers temps ont été
durs. 2003 a été sévèrement
jugé par les critiques et le public, moins
présent que jamais. Mais Daniel Gélinas
est avant tout un administrateur, d’où
cette analyse : « Ç’a été
un succès de gestion : malgré la
baisse importante des ventes, nous avons quand
même fait des surplus. » 2004 a été
l’année de la relance : les sommes
engrangées l’année précédente
ont permis d’inscrire à la programmation
plus d’une demi-douzaine d’exclusivités
(dont Bérurier noir) qui ont fait bondir
de 23 % la présence des jeunes.
Puis, 2005 est maintenant l’année
du record d’affluence, estimée autour
de 900 000 visiteurs.
À 45 ans, Daniel Gélinas dit aujourd’hui
à la blague qu’il était prédestiné
pour ce métier à cause de ses initiales,
DG, les mêmes que celles d’un directeur
général. Si, il y a 30 ans, il avait
fait ce même commentaire à ses professeurs,
ils se seraient sûrement fichus de lui.
L’expérience de l’école
a été pénible. À neuf
ans, le garçon quitte le Québec
avec ses parents pour l’Algérie,
où son père, coopérant pour
l’Agence canadienne de développement
international, a été muté.
Le lycée français ne lui réussit
pas : il est expulsé à 11 ans, doit
s’exiler en Suisse dans un collège
« hypersévère » pour
poursuivre sa scolarité et il n’a
que 12 ans quand, de retour au Québec,
ses parents l’inscrivent en troisième
secondaire dans une polyvalente-« zoo »
de Laval.
Le choc est brutal. Les résultats, exécrables.
À 15 ans, il a officiellement obtenu son
DES, mais aucun cégep de la métropole
ne veut de lui. D’où le choix d’aller
étudier les sciences sociales à
Trois-Rivières, où un ami de son
père lui permet, par gentillesse, de s’inscrire.
Suivront, plus paisiblement, un baccalauréat
en sociologie à l’Université
de Montréal et une maîtrise en science
du loisir… et de la gestion.
« Ce parcours a certainement fait de moi
quelqu’un de très déterminé
», remarque-t-il aujourd’hui.
De la détermination, il en faudra pour
assurer le progrès de l’événement.
Peut-il faire mieux l’an prochain ? «
Si nous le voulons, nous pouvons en faire le plus
gros événement du Canada.
» Et le voilà qui s’emballe
encore, qui parle de « spectacles spectaculaires
». « Je veux créer des moments
de magie. » C’est lui qui a attiré
la très appréciée troupe
espagnole Xarxa Teatre, une expérience
qu’il voudrait répéter à
plus grande envergure en planifiant, pourquoi
pas, des spectacles pyrotechniques jumelés
à certains des concerts donnés sur
les Plaines.
L’homme n’est peut-être pas
un artiste, mais il n’a décidément
pas le blues du businessman. |