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"Plus
nous vivons proche de la nature et plus
nous la considérons comme partie
intégrante de notre vie, plus notre
âme ressent de la tranquillité".
C'est dans ces termes que Tuân Bendixsen,
un Docteur Viêt kiêu d'Australie,
parle de son travail au Centre de secours
aux ours du Vietnam (CSO-VN). Grâce
à lui, de nombreux ours victimes
de trafic ont pu retourner dans leur habitat
naturel.
Inopinément,
nous avions rencontré le Docteur
Tuân Bendixsen chez le professeur
Nguyên Lân Dung, à
Hanoi. Il venait lui demander d'intervenir
pour que 80 ours "domestiqués"
à Quang Ninh puissent regagner
le Parc national de Tam Dao, province
de Vinh Phuc. "J'ai le cœur
déchiré chaque fois que
j'assiste au prélèvement
de la bile d'un ours, quand celui-ci
tombe par terre après sa piqûre
d'anesthésie, et quand une longue
seringue est introduite dans son ventre
pour en retirer la bile", s'exprime
Tuân, inquiet du sort des 80 ours
exploités illégalement
par des habitants de Quang Ninh à
des fins économiques.
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Fort de ses connaissances
sur la protection des animaux sauvages,
la médecine vétérinaire
et les affaires économiques, Tuân
a conclu que l'élevage des ours à
domicile est "inacceptable". En
réalité, cet élevage
est interdit par la loi vietnamienne depuis
1992.
Le sauveteur dévoué
des ours
Spécialiste en médecine vétérinaire,
Tuân Bendixsen est directeur de la
filiale vietnamienne de l'Organisation de
protection des animaux d'Asie (OPAA) - une
organisation non gouvernementale à
but non lucratif, et aussi membre de la
direction du CSO-VN. D'aspect robuste, visage
souriant, il fait plus jeune que ses 40
ans. Paisible et taciturne, il peut néanmoins
parler durant des heures avec passion de
son établissement comme de ses ours
qui vivent en liberté dans le Parc
national de Tam Dao.
Le CSO-VN a été créé
il y a quelques années, à
l'issue d'un projet de coopération
tripartite entre le Département des
forêts du Vietnam, le Parc national
de Tam Dao et l'OPAA, avec un investissement
de 3,3 millions de dollars. Toujours en
cours de construction, le Centre possède
un équipement moderne permettant
d'opérer chirurgicalement de gros
animaux sauvages. La première phase
de construction du CSO-VN lui permet d'accueillir
une centaine d'ours. "Pour la 2e phase,
l'envergure du Centre sera doublée,
pour héberger quelque 200 bêtes",
révèle Tuân. Les ours
sont gardés en condition de semi-captivité.
Si les bêtes sont nourries et dorment
à l'intérieur, elles peuvent
également aller "errer en toute
liberté dans la forêt".
Alors, "de l'autre côté
d'un ruisseau, les visiteurs pourront observer
les ébats naturels de ces ours".
Tuân Bendixsen a lié sa vie
à la protection et aux soins des
ours depuis 2000, lorsqu'il est rentré
au Vietnam en tant que directeur de la filiale
vietnamienne de l'OPAA. Durant des années,
il est devenu le "sauveteur" de
nombreux animaux sauvages. Chaque fois qu'il
apprend qu'un ours est détenu dans
un but commercial, Tuân prend d'emblée
la route, un sac sur le dos, qu'il fasse
jour ou nuit, qu'il pleuve ou vente, que
le chemin soit court ou long. Un dur travail
pour ce Viêt kiêu, habitué
auparavant à des conditions de travail
favorables. Mais "c'est l'amour pour
les ours qui m'a donné de la force",
lance Tuân avec un large sourire.
Et de philosopher : "Je suis content
de mon travail au CSO-VN, en compagnie des
ours. Cet animal sauvage m'a redonné
une âme tranquille. En quelque sorte,
il me fait mieux comprendre les valeurs
de la vie et mieux respecter les choses
que la nature nous a données".
Le curriculum vitae
et le caractère d'Oily
Le CSO-VN se trouve dans le Parc national
de Tam Dao. L'habitat des ours y occupe
un large terrain de manière à
ce que les ours puissent vivre dans un environnement
naturel. Dans les cages, les oursons jouent
avec des troncs d'arbres, feuillages et
herbes. L'aliment est caché dans
le creux des arbres "pour que les bêtes
sachent chercher de la nourriture par elles-mêmes",
explique Tuân.
Pour le moment, le CSO-VN héberge
22 ours. Chacun d'entre eux porte un nom
et possède son propre historique,
caractère et goûts distinctifs
que Tuân connaît par coeur.
Montrant du doigt un grand ours errant dans
un coin, Tuân le présente :
"C'est Oily (nom d'un bailleur de fonds),
l'un des plus turbulents du Centre. Il ne
pesait que 2 kg le jour où il est
arrivé ici. Maintenant, il pèse
100 kg". Et de rappeler un "souvenir
inoubliable" : "Je le portais
souvent dans mes bras quand il était
petit, et je jouais souvent à lui
faire des câlins. Malgré cela,
un jour, il m'a causé un +accident
professionnel+ : des collègues venus
de Hongkong voulaient me photographier avec
mes ours. Dans la cage, réveillé
à contrecoeur, Oily s'est énervé
et a brusquement saisi ma jambe dans sa
gueule".
À la question de savoir si sa femme
était d'accord de le laisser "vivre
dans la forêt", Tuân Bendixsen
réplique, souriant : "Si je
suis un sauveteur d'ours, elle est une secouriste
d'enfants". En effet, sa femme travaille
pour Save The Children UK et, comme son
mari, elle aime la nature. Ils sont heureux
avec leurs 2 enfants. "N'oublions pas
que l'homme fait aussi partie de la nature.
Qui détruit la nature, détruit
le bonheur de sa descendance", argumente
philosophiquement le Docteur vétérinaire.
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