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  Témoignage d'un éleveur de bisons au Quebec


Témoignage d'un éleveur de bisons vu par Lesoleil.cyberpresse


En voyant le chapiteau à l’entrée du Parc des bisons, Charles, sept ans, glousse à l’arrière de la voiture : « Super ! On va faire du rodéo ! » À Saint-François, île d’Orléans, pays de substitution des Buffalo Bill et Calamity Jane, les rêves de cow-boys de tous crins prennent vie au contact d’un troupeau de 400 bisons.
À vos stetsons !

A
ncienne végétarienne convertie en spécialiste de la « bisonnerie », Isabelle Nickner, copropriétaire avec Guy Roberge, son époux, nous accueille derrière son comptoir de produits dérivés du bison. Jour de méchoui à la gauloise, c’est la fête au Parc, qui a ouvert ses portes officiellement au mois de juillet. Organisé pour mettre en vitrine champêtre la viande de bison, ce happening agrotouristique familial accapare la jeune entrepreneure qui tartine à la douzaine des craquelins de cretons et de terrines de bison (pistaches, abricots, griottes au vin rouge).

L’an dernier, lors de l’évènement Orléans, île ouverte, le couple Roberge-Nickner tâtait une première fois le terrain en initiant une visite restreinte de leur site. Les gens n’avaient pas accès comme aujourd’hui au parc en voiture ou à bord du train pour un circuit commenté.
Malgré la restriction, le son de cloche était enthousiaste. Ils n’ont eu d’autre choix que d’embrayer en cinquième vitesse la machine à projets pour développer l’infrastructure actuelle : un tête-à-tête inédit avec les bisons... Du champ à l’assiette !

Déjà propriétaire de chevaux, le couple souhaitait développer un élevage adapté à notre nordicité. Leur coup de foudre pour le bison, Guy Roberge et Isabelle Nickner l’auront eu il y a 10 ans en parcourant 2000 km de routes aux États-Unis. Du Wyoming au Dakota du Sud, ils sillonnent les parcs nationaux et s’informent auprès des producteurs sur les mœurs de ce bovin issu de la cuisse du mammouth. En s’arrêtant au Custer State Park où Kevin Costner a tourné son western Il danse avec les loups, les futurs éleveurs voient du haut d’un button la plaine à perte de vue et un troupeau entre 1300 et 1500 têtes de bisons. « Des taches brunes sur un immense tapis vert », raconte Isabelle qui a su dès lors que l’élevage du bison était, contrairement à celui de l’autruche, plus cher et plus complexe en hiver.

Au retour de leur périple, ils intègrent les rangs de L’Association des producteurs de bisons — quelque 70 élevages au Québec — et s’intéressent aux coûts de production ainsi qu’aux moyens de commercialiser une viande de l’avenir, faible en gras, mais soupçonnée du pire comme n’importe quelle viande de bovin à l’époque de la crise de la vache folle. Pour familiariser le grand public et promouvoir la viande de bison, les Roberge-Nickner pensent alors au concept de visite à la ferme où les gens vont à la rencontre des bêtes dans leur milieu naturel.

Notre hôte retourne d’ailleurs à sa dégustation, le temps que nous filions vers le parcours de 4 km. Après la traversée d’un premier pont grillagé — Texas Gate — craint par les bisons qui ne s’y aventurent pas de peur d’y laisser une patte, nous voilà au milieu du Far West avec, en face, le mont Ste-Anne. Au centre de la plaine labourée, le troupeau broute ni stressé par la vie ni par les voitures à la queu-leu-leu. « T’as vu, ils battent de la queue ? Ils sont contents de nous voir », s’excite Charles. Les saluant d’un grognement de brontosaure en plastique « made in China », notre apprenti cow-boy se sort la tête de la voiture pour mieux embrasser des yeux le cheptel qu’Élizabeth baptise tel un évêque en mission d’évangélisation. « Lui, c’est Robert, le gros s’appelle Georges et, le dernier, ce sera Bernard... »

Groupées, les bêtes au regard placide se déplacent en bloc vers un boisé retiré. « Fin du spectacle », semble nous prévenir un bisonneau qui, repu après sa tétée, traîne la patte derrière le troupeau qui l’attend. Les voitures redémarrent et regagnent le chapiteau où, pour l’occasion, du bison rôti à la broche est proposé aux visiteurs.

C’est à bord du Tramway royal de Fernard Thérrien, notre guide, que nous repartons illico sur le site pour un deuxième tour fort instructif. L’homme qui a vu le bison avant l’ours nous apprend que les troupeaux obéissent aux codes implicites d’une société matriarcale.
« Des Germaine, les femelles d’un cheptel », explique-t-il fièrement en ajoutant que le taux de reproduction valide la santé du troupeau — 85 femelles sur 125 ont vêlé au printemps. « Des survivants », insiste celui qui rappelle qu’avant la chasse extrême le cheptel américain comptait 170 millions de bêtes — l’équivalent d’une superficie de 50 000 terrains de football. Sans la création de réserves naturelles à la fin du XIXe siècle, le bison se serait éteint. Grâce à l’accouplement de 46 bisons sauvés in extremis, l’espèce a été épargnée de l’extinction. Les bisons observés aujourd’hui sont les descendants de ce croisement de bison des bois et de bison des plaines.

Moins actifs qu’avant le dîner, les mastodontes — un mâle adulte pèse jusqu’à 900 kg — digèrent leur pâturage. « En phase de rumination, ils bougent plus lentement », glisse Fernand précisant la nature de leur diète. Outre le pâturage ou les ballots de foin, les bisons mangent une moulée additionnée de sélénium, un sel minéral manquant dans le sol québécois.

À notre retour, Isabelle confirme que la moulée (avoine ou maïs) donnée à ses animaux, sans être certifiée biologique, ne contient ni OGM, ni hormones de croissance ou matières carnées. « Comparativement au bœuf à la croissance trois fois plus rapide (d’autant plus rapide, s’il est elevé dans un parc d’engraissement), le bison ne stocke pas son gras dans les muscles », reprend-t-elle à propos des propriétés d’une viande riche en protéines. Lors du dépeçage, poursuit la diététicienne, le boucher prélève facilement le gras qui se loge autour des reins. « Pour un bison entier, je dirai qu’il y a seulement un kilo de gras. » Peu ou pas persillée, la viande des mâles abattus alors qu’ils sont âgés de 24 à 30 mois exige donc des cuissons à feu doux — braisage — pour qu’elle ne durcisse pas.

Sélectionnant ses parties de viande directement à l’abattoir avec son boucher — steak, rôtis, abats, cubes —, Isabelle, qui n’est pas charcutière de profession, voit un défi dans l’apprêt de cette viande qu’elle mitonne en tourtière, en cretons, en saucisses et en sauce à spaghetti 100 % bison. Avec l’aide d’un chef nouvellement embauché, elle espère mettre au point des terrines qu’elle n’aura plus à couper avec de la viande de porc pour en obtenir une texture plus tartinable. Sollicitée par les bannières Sobeys et IGA extra pour y distribuer ses produits, la femme d’affaires mesure pleinement ce que suppose l’entrée en grandes surfaces — entre autres, l’abattage dans des abattoirs fédéraux.

D’ici la réalisation de ces projets — dont l’implantation d’un mini-zoo —, l’avenir s’ouvre plus vaste que la plaine de l’Ouest canadien pour Guy Roberge et son ex-végétarienne de conjointe....

Le Parc des Bisons
156, chemin Royal, Saint-François, Île d’Orléans
Tél. : (418) 829-1234
www.parcdesbisons.com



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