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Kiêu
Ky, un village en or
Situé au nord de Hanoi, dans le district
de Gia Lâm, le village Kiêu
Ky est réputée depuis longtemps
pour ses fabricants de feuilles d'or. Malgré
la vague de modernité qui balaie
le pays, ce métier ancestral n'a
guère évolué et se
pratique de la même manière
qu'il y a un siècle.
À peine franchi le portique d'entrée
de Kiêu Ky que parviennent les bruits
de martelage des artisans. Une cacophonie
de sons disparates, une ambiance sonore
inhabituelle qui contraste avec celle de
la tentaculaire capitale toute proche où
tout n'est que vrombissements de moteurs
et klaxons tonitruants. Lê Van Vong,
un des artisans du village, est fier d'expliquer
que dans sa famille " l'on fabrique
des feuilles d'or depuis 4 générations.
C'est Nguyên Quy Tri, un lettré,
qui est à l'origine de ce métier.
Pendant une tournée en Chine, on
lui apprit la technique, qu'il transmit
aux villageois de Kiêu Ky ".
Chez M.Vong, des femmes sont occupées
à couper de petits morceaux d'or,
dont sa vieille mère de 80 ans, et
étaler une encre adhésive
sur un papier spécial. La fabrication
des feuilles d'or comporte 5 étapes
principales. La première est la préparation
de l'encre. Un mélange de noir de
fumée, résine de pin et colle
de buffle est pilonné. " Cette
étape est très pénible,
le meilleur artisan ne fait qu'un mortier
par jour ", explique le fils de M.Vong.
Cette phase est essentielle car ce n'est
que grâce à cette encre spéciale
que les feuilles d'or étalées
pourront résister au martèlement
sans se fragmenter. La deuxième étape
est la préparation d'un papier spécial,
fabriqué à Bac Ninh (Nord),
qui est d'abord bouilli pendant une demi-journée.
Ensuite, on l'enroule dans du tissu pour
le protéger, et on le martèle
jusqu'à ce qu'il devienne transparent.
Ensuite, troisième étape,
on aplatit à coups de maillet un
dixième de tael d'or pour former
un carré de 20 centimètres
de côté, qui est ensuite découpé
en 20 petites feuilles d'or appelées
"diêp". Quatrième
étape, on place entre 2 papiers encollés
500 feuilles qui sont frappées sur
une enclume. Une étape où
les artisans doivent faire preuve d'une
grande habileté. Deux heures après,
les feuilles d'or chaudes recouvrent toute
la surface de papier. On attend que la plaque
refroidisse puis on la sépare du
papier (5e étape). On la découpe
en 9, et on recommence le même processus
encore 3 fois. On obtient à la fin
une feuille d'or ultra-mince de 1.600 cm²
(40 cm x 40 cm). "Séparer et
découper les feuilles d'or est un
travail réservé aux femmes
car les hommes ont la fâcheuse tendance
à tout faire partir en morceaux !",
tient à préciser Mme Nguyên.
Profession peu
lucrative, mais patrimoine à transmettre
Un travail minutieux, fastidieux, coûteux
en temps mais peu rentable. Inutile donc
d'espérer faire fortune. C'est pourquoi
certains artisans ont jeté l'éponge
et se sont tournés vers des professions
plus rémunératrices. "
Les feuilles d'or de Kiêu Ky sont
très connues dans le pays. Beaucoup
de gens des provinces lointaines du Centre
et du Sud viennent ici en commander. C'est
un métier transmis de génération
en génération, donc un patrimoine
familial qui doit être transmis en
dépit de son côté peu
lucratif ", confie M. Vong.
"Nous sommes fiers que Kiêu Ki
ait pu préserver cette tradition,
sans pour autant que ce métier soit
devenu une pâle figure de ce qu'il
était autrefois", explique Lê
Ba Trung, un des artisans les plus réputés
du village, avec un visage exprimant à
la fois la satisfaction de perpétuer
le métier de ses aïeux et la
confiance en l'avenir.
Duc Giang/CVN ( 30/04/06 )
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