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Gardiens d’immeuble, militaires, policiers,
voitures blindées, détecteurs
d’explosifs… les services de
sécurité sont au garde-à-vous.
A tout moment, on craint un attentat, une
voiture piégée, des coups
de feux ou pire encore. Qui sera la prochaine
cible? Qui seront les auteurs de ces horribles
attentats? Doit-on craindre un nouvel acte
de violence? Toutes ces interrogations restent,
pour le moment, sans réponses. Mais
pas question de céder à la
terreur; il faut continuer à vivre
comme si de rien n’était à
condition, bien sûr, de prendre certaines
précautions. Outre les compagnies
de gardiennage qui multiplient leurs activités,
les gardes du corps rapprochés, risquent,
quotidiennement, leur vie pour protéger
celle des autres.
LA
SÉCURITÉ: UNE ACTIVITÉ
QUI AUGMENTE
Abdo Abi-Khalil est manager de la société
de gardiennage Protectron qui assure
la majorité des services de protection
au Liban: patrouille, transport de fonds,
valet parking, système de surveillance
informatisé, etc… “Depuis
le décès tragique de Hariri,
dit-il, l’activité a augmenté
de 30 %. Les banques, hôtels et
hôpitaux, qui sont nos principaux
clients, exigent des services beaucoup
plus spécifiques et plus performants.
Il y a, par conséquent, une forte
demande en personnel qui suit une formation
particulière sur le terrain”.
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D’autre part, selon de récentes
statistiques, le vol à l’arraché
et l’homicide ont diminué de
34 % en quatre mois. Le vol, de manière
générale a, lui aussi, baissé
de 24 % en six mois. D’après
certaines sources sécuritaires, “malgré
la vague de terrorisme que subit le Liban,
la sécurité est assurée
pleinement. La population n’a donc
rien à craindre et peut circuler
librement, même si les auteurs des
attentats n’ont pas encore été
découverts. Enfin, si quelque chose
paraît suspect, il faut alerter les
forces de sécurité, en composant
le 112”.
En revanche, le “risque zéro”
n’existe pas, c’est pourquoi
“le but de nos interventions est de
diminuer les menaces qui pèsent sur
le territoire, en assurant une présence
24 heures sur 24”, note M. Abi-Khalil.
Depuis quelque temps, militaires et barrages
se sont déployés sur les routes.
De plus en plus de voitures sont fouillées
et le patrouillage, de plus en plus fréquent.
De quoi se poser des questions sur d’éventuels
attentats. Nadine, mère de famille
a, d’ailleurs, remarqué cette
présence, mais n’est pas pour
autant rassurée. “Je ne me
sens aucunement dans un climat de sécurité
et si je pouvais vivre à l’étranger,
je n’hésiterais pas. D’autant
plus que mon fils sort souvent le soir et
c’est à chaque fois des crises
d’angoisse. Les adolescents n’ont
pas conscience du danger actuel; ils sont
insouciants, mais on ne peut pas non plus
les obliger à se couper du monde”.
Pour preuve, Monnot, quartier de pubs et
restaurants très fréquentés
par les jeunes, qui fut la cible d’un
horrible attentat, ne désemplit pas.
Une habituée du coin, nous confie,
à ce sujet: “Les souvenirs
de la guerre sont dans nos mémoires
et la série d’explosions au
Liban est effrayante. Toutefois, que ce
soit ici ou ailleurs, je ne peux pas défier
mon destin. Par contre, je réfléchis
à deux fois avant de sortir”.
Au-delà du fait que les secteurs
économiques et touristiques soient
en forte baisse, le domaine politique, lui,
connaît une période transitoire.
Quelques politiciens sont menacés
de mort; aussi, certains s’entourent-ils
de garde rapproché, d’autres
préfèrent voyager.
Profession: garde
du corps
“[…]
Deux hommes de la garde de M. Murr,
le colonel Elias Baïssari, assis
à côté du ministre
et Amine Murr, sur le siège-arrière,
sont conduits à l’hôpital
Abou-Jaoudé”, extrait de
“La Revue du Liban”, lors
de l’attentat commis contre Elias
Murr, le 12 juillet dernier. “[…]Parmi
les victimes figure, également,
un des gardes du corps de M. Hariri,
Yéhia Al-Arab[…]”
(source AFP), lors de l’assassinat
du 14 février dernier. |
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Marwan Hamadé, Rafic Hariri, Bassel
Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Elias
Murr… Toutes ces victimes, ces rescapés
ou martyrs ont subi des actes d’une
violence inqualifiable. Il ne faut cependant
pas oublier leurs alliés, leurs bras
droit, ceux qui donnent leur existence par
honneur et fierté, ceux qui les suivent
de près, quotidiennement: leur garde
du corps. Une profession peu ordinaire,
un mode de vie qui n’a rien de très
reposant, une vision assez fataliste de
l’existence, nous sommes bien loin
du scénario du film Body Guard…
à quelques variantes près.
Témoignage
d’un garde du corps
Nicolas (nous le nommerons ainsi, afin de
préserver son anonymat), alors âgé
de 20 ans, décide, au terme de son
service militaire, d’être à
la garde d’un homme politique. Dès
lors, il participe de façon active
à la guerre, contraint de tuer ses
ennemis; “de mauvais souvenirs”
qui le hantent continuellement.
Trente ans plus tard, ce père de
deux enfants, toujours fidèle au
poste, est fier d’être garde
du corps, “car pour moi c’est
un honneur d’être aux côtés
du maître. Il est vrai que je voue
ma vie à cet homme, mais il me le
rend bien. Grâce à lui, j’arrive
à subvenir aux besoins de ma famille
et s’il m’arrivait quoi que
ce soit, je sais qu’il veillerait
sur eux”.
Nicolas passe donc son temps avec son patron,
en surveillant constamment les alentours,
assurant la sûreté des passages
empruntés. Toutefois, il ressent
une peur quotidienne quant aux risques du
métier. “Tous les matins, je
me réveille en pensant que c’est,
peut-être, la dernière fois
que je vois mes proches. Cependant, je ne
peux pas laisser mes états d’âme
prendre le dessus”.
Nicolas n’applique pas l’instinct
de survie; au contraire, il le défie
en mettant sa vie en péril. Il a
pour unique protection son revolver, mais
pas de gilet pare-balles, ni de voiture
blindée, estimant que “tout
cet attirail est inutile face aux nouvelles
technologies. Cependant, je me fie énormément
à mon sixième sens, qui, par
deux fois, m’a évité
le pire. Ce 14 février, je me trouvais
à Hamra et devais me rendre au Saint
Georges. Bizarrement, je me suis entêté
à ne pas vouloir me déplacer.
Deux minutes plus tard, le drame a eu lieu”.
Téméraire, mais fataliste,
si Nicolas peut aisément assurer
ses responsabilités en tant que garde
du corps rapproché, c’est parce
qu’il est psychologiquement “dépendant
de celui qu’il protège”.
“S’il en était éloigné,
il se sentirait inutile, sans identité
propre, explique la psychologue Marie-Ange
Merhi. Mais son appartenance politique et
religieuse explique son attachement personnel
au politicien qu’il défend.
Il est prêt à se sacrifier
complètement, mais pas gratuitement,
comme on aurait tendance à le croire.
Il cherche une reconnaissance sociale et
une admiration de l’entourage proche.
On le regarde tel le héros qu’il
n’a jamais pu être dans son
enfance. Protéger un personnage important,
donnerait une explication à son existence
d’homme ordinaire. Son travail est
sa raison d’être. Cela peut
aller même jusqu’à ce
que sa mort justifie sa vie”.
Toutefois, le profil de Nicolas est bien
différent d’un quelconque militaire,
gardien de parking ou autre. Tout d’abord,
le rapport entre employeur et employé
est très distinct; Nicolas qualifie
son patron de “maître”,
alors que le gardien le considère
comme un “client” et le militaire
a la patrie pour “patron”.
D’autre part, ces derniers “accomplissent
leur travail indépendamment de leur
vie privée et de leur sensibilité
propre. Leur métier consiste à
prendre des risques et, plus clairement,
ils en ont fait leur choix. Contrairement
au cas de Nicolas, ils n’ont pas d’attachement
fanatique à leurs origines, leurs
familles ou leur religion. Ils sont conscients
qu’ils accomplissent strictement leur
devoir. Par ailleurs, la conjoncture économique
est un facteur à prendre en compte.
En effet, le gardiennage ne demande pas
de diplôme spécifique; cela
est donc très facile pour un jeune
sans travail, de rentrer dans les services
de l’ordre et de sécurité.
De plus, cette activité est en expansion
face à la situation précaire
du moment”, précise Marie-Ange
Merhi.
Une sécurité
qui laisse à désirer…
Diminuer les menaces qui pèsent sur
le territoire libanais paraît facile
à dire… Les systèmes
de surveillance du pays ne sont eux-mêmes
pas assez efficaces pour contrôler
les va-et-vient entre le Liban et les pays
voisins. Aucun moyen donc, de certifier
la provenance exacte des explosifs et de
déceler le cerveau de tout ce chaos,
surtout lorsque le gouvernement libanais
ne déploie pas toutes les forces
nécessaires afin de démanteler
le réseau terroriste. On pourra donc
estimer la négligence des services
de sécurité, lorsque Elias
Murr confirme avoir reçu des “informations
indiquant que quelque chose était
en train d’être tramé
contre lui dans la région de Naccache-Rabieh”.
Il précise que ces informations lui
sont parvenues “par hasard à
travers le service de sécurité
de l’Etat. Durant toute cette période,
rien n’a été fait”.
Est-ce réellement un choix de mettre
sa vie en danger pour protéger celle
d’un autre? L’existence aurait
donc un prix, puisque Nicolas est prêt,
coûte que coûte, à se
sacrifier corps et âme pour son “maître”.
Le coût de la vie serait donc un simple
salaire perçu, mensuellement, puisque
ces gardes risquent la leur au pied des
immeubles, parkings, banques et centres
commerciaux. Sans oublier ces kamikazes
qui se tuent au nom d’Allah, s’assurant,
selon eux, une place au paradis.
Fiches métiers
du Garde
du corp
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