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Interview
d'une Journaliste au Benin |
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Raïssa Gbédji,
Journaliste, Correspondant de RFI au Bénin
| « Toute
femme mère de famille qui en plus travaille
pour subvenir aux besoins de sa famille mérite
d’être décorée et
traitée avec tous les égards.
» |
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C’est l’une des plus belles voix féminines
de la presse béninoise. Suave et captivante
à souhait, cette voix qui se laisse écouter
avec plaisir a su convaincre les responsables de
« la radio mondiale » qui ont fait de
sa propriétaire leur correspondant permanent
au Bénin. Mais, force est de reconnaître
qu’à sa voix limpide, claire et lumineuse,
Raïssa Gbédji a su ajouter un talent
journalistique qui a fini par faire d’elle,
pendant bien des années, la fameuse présentatrice
du « 13 heures » sur les antennes de
Golfe FM et de Océan FM. Mais le succès
n’a jamais fait perdre la tête à
cette mère de famille qu’un parcours
professionnel sous les lumières des rampes
n’empêche nullement d’être
discrète dans sa vie privée. Il n’est
d’ailleurs pas facile de lui arracher des
bribes d’infos pour mieux savoir qui elle
est. L’exercice est plutôt difficile
comme en témoignent les lignes qui suivent.
Pour commencer, dis-moi
qui est Raïssa Gbédji ?
Une jeune béninoise âgée de
35 ans et mère de trois enfants. Etudes classiques
de premier et second cycle. Formations en Secrétariat
bilingue, Marketing et Communication, Journalisme
d’investigation.
Quel est ton parcours professionnel
?
Radio Golfe FM de 1998 à 2002 : journaliste,
animatrice et productrice.
Radio Océan FM de 2002 à 2005 : Responsable
des Programmes, Rédactrice en Chef et Productrice.
Radio France Internationale depuis 2005.
Comment en es-tu venu au
journalisme ?
Passionnée de la radio j’ai sauté
sur une opportunité qui m’était
offerte de travailler sur la première chaîne
de radio privée au Bénin. J’ai
été recrutée pour animer certains
programmes à l’antenne et quelques
mois après j’ai été récupérée
par le service de l’information et je suis
devenue par la force des choses, « la voix
du 13 heures »
Entre le journalisme et
l’animation, qu’est ce qui te passionne
le plus ?
Les deux parce qu’à mon avis c’est
interdépendant. Une bonne animatrice doit
être bien informée et une bonne journaliste
et de surcroît présentatrice doit pouvoir
jouer (transmettre des émotions) avec son
auditoire.
Par rapport à ton
métier, quelle est ta devise ?
Honnêteté et rigueur.
On t’a connu pendant
des années comme journaliste et animatrice
à Golfe FM, tu faisais partie d’une
équipe de jeunes très dynamiques avec
Franck Alain, Queen Fafa, Venance…Pourquoi,
selon toi, cette commune aventure radiophonique
n’a-t-elle pas marché durablement dans
le temps ?
C’est relatif. Peut-être qu’elle
a même trop duré pour certains, tout
dépend de là où on se situe.
Et puis c’est en multipliant les expériences
que l’on se construit.
On te connaît également
comme chanteuse, comment mènes-tu cet attelage
constitué par le journalisme et la chanson
?
Pour moi c’est tout à fait homogène.
Les deux véhiculent des informations mais
différemment.
Peut-on savoir comment
es-tu devenue correspondant de RFI au Bénin
?
Le plus simplement du monde. Un coup de fil un matin
me demandant si je voulais participer à la
sélection pour le poste de correspondant
RFI au Bénin. J’avoue que cela a fait
boum dans mon cœur pour toute la renommée
qu’on connaît à cet organe de
presse.
J’avais un sentiment de joie et de crainte
à la fois. Finalement je me suis dit que
je n’avais rien à perdre. Alors j’ai
participé au test de présélection
et ensuite à la sélection et au finish
contre toute attente on m’a annoncée
que j’étais retenue parmi les sept
sélectionnés.
Est-ce que ce travail te
permet encore de travailler au quotidien dans la
presse béninoise ?
Au début je conciliais les deux mais je me
retrouvais entre deux vitesses parce que les exigences
n’étaient pas les mêmes alors
j’ai décidé de me concentrer
sur mon boulot avec RFI pour ne pas mélanger
les pédales.
J’imagine que tu
dois être fortement sollicitée par
les hommes politiques béninois, qu’en
est-il vraiment ?
Pas spécialement les hommes politiques mais
par tout le monde. Et c’est là où
c’est parfois difficile parce qu’on
ne peut pas satisfaire tout le monde ce qui est
parfois mal compris et mal interprété.
Dans l’exercice de ton métier, est
ce qu’il t’arrive d’être
victime de pression ou d’intimidation ?
Les pressions existent mais il ne faut surtout pas
en être victime.
Quel regard portes-tu,
aujourd’hui, sur la presse béninoise
?
Elle a du mérite parce qu’elle est
confrontée à beaucoup de difficultés.
Et malgré toute la bonne volonté des
professionnels qui oeuvrent pour l’assainissement
du milieu le chemin est encore long. Parce qu’il
y a certaines réalités qui ne sont
pas du fait des journalistes et des responsables
d’organes de presse non plus.
Quelles sont les valeurs
qui te caractérisent dans la vie au quotidien
?
La crainte de Dieu. Je suis pratiquement esclave
de ma conscience. On me trouve parfois trop scrupuleuse.
Etre mère pour toi
est-il un rôle difficile à assumer
avec cette trépidante vie professionnelle
?
Comme je le dis à qui veut l’entendre,
toute femme mère de famille qui en plus travaille
pour subvenir aux besoins de sa famille mérite
d’être décorée et traitée
avec tous les égards.
Mais moi je n’en serais pas là sans
le soutien indéfectible de ma mère
qui s’occupe de nous (j’ai cinq frères
et sœur, je suis l’avant dernière)
depuis que notre père est décédé
c’était en mars 1986. Mes enfants sont
très attachés à elle et moi
je passe parfois pour leur grande sœur.
Je me demande si nous femmes d’aujourd’hui
nous pouvons encore nous consacrer à ce point
à nos enfants et petits enfants. Il faut
dire que les réalités changent au
fil du temps.
Si tu n’avais pas
un mari qui évolue également dans
le domaine de la presse et de la communication,
penses-tu que ton travail en aurait des pris des
coups du fait des contraintes qu’il engendre
sur la vie familiale ou vis versa ?
Je ne crois pas vous avoir parlé de mon mari
encore moins de ce qu’il fait !
En quoi consiste une journée
de travail de Raïssa Gbédji ?
J’ai un agenda qui varie selon les reportages
et autres activités. Ce qui ne change pas
c’est que je me couche rarement avant minuit.
Et je fais le tour pour voir comment dorment les
enfants avant de plonger à mon tour. Et le
lendemain je peux partir très tôt comme
je peux partir en fin de matinée. Entre-temps
faut prévoir le menu pour la journée
avec la femme de ménage qui s’occupe
aussi du repas. Je ne rentre pas souvent pour le
déjeuner, mais je fais le suivi par téléphone
avec ma mère.
Premiers réflexes dès le réveil
: écouter les infos, passer quelques coups
de fils et puis le reste vient après.
Quelle est ton idée
du bonheur et du malheur ?
Le bonheur pour moi c’est avoir la paix du
cœur, la bonne humeur à partager avec
son entourage et pouvoir se faire plaisir quand
on veut. Le malheur c’est tout le contraire
et à un degré plus élevé.
Je prie Dieu qu’il nous en éloigne
autant que possible.
C’est quoi ta plus grande peur ?
La maladie
Qu’est ce que tu
détestes par-dessus tout ?
Décevoir
Quelles sont, respectivement,
les qualités que tu apprécies le plus
chez un homme et chez une femme ?
La sincérité et le naturel chez les
deux.
Quel genre de séductrice
es-tu ?
Je ne sais pas. J’aime beaucoup sourire et
être très sympathique avec les gens
qui m’abordent. Mais cela dit il peut arriver
des moments où vraiment la bonne humeur se
fait désirer. Cela arrive surtout quand je
suis préoccupée par mon boulot ; là
je deviens sourde et aveugle jusqu’à
ce que je finisse.
Es-tu plutôt famille
ou sorties entre copines ?
Plutôt famille. A vrai dire je n’ai
pas de copines que je fréquente vraiment.
On s’appelle de temps en temps. Vous savez
aujourd’hui la plupart des femmes de mon âge
sont très actives.
L’amour et le sexe
ont-ils beaucoup d’importance dans ta vie
?
L’amour c’est le sel de la vie. Il faut
aimer les personnes, la nature et les choses. Le
sexe est un organe qui a sans doute un rôle
très important dans l’histoire de l’humanité.
Raison essentielle pour s’en servir avec beaucoup
d’égards.
La beauté est-elle
pour toi un atout pour réussir dans la vie
ou simplement un pis-aller ?
La beauté est dans l’œil qui voit
et non dans ce que l’on voit. Généralement
quand on regarde avec le cœur on voit les choses
différemment et on a une autre approche,
c’est mon cas. Nous ne choisissons pas notre
physique, nous essayons juste de le modeler mais
ce physique n’est absolument rien sans l’âme
qui l’anime.
Quel rapport as-tu avec
l’argent ? Dépenses-tu beaucoup pour
ton propre plaisir ?
J’aime dépenser pour le plaisir et
le bonheur des autres. Je ne pense malheureusement
pas beaucoup à moi, ce qui fait que je suis
très très heureuse quand, une fois
en passant, on m’offre un cadeau quel qu’il
soit.
Quel est votre souhait
pour le Bénin ?
Que la Révolution verte soit une réalité
et qu’il ne connaisse jamais la guerre. Pour
moi le Bénin serait un paradis sur terre
si les béninois le voulaient.
Quels sont tes projets
?
Investir toute ma santé et mes talents pour
la réussite de mes enfants afin qu’ils
soient eux aussi utiles à leur société.
Enfin, quel est ton état
d’esprit actuel ?
Je me sens un peu paresseuse malgré tout,
car je crois que je peux mieux faire en redoublant
d’effort.
Interview réalisée par Elodie V. AGASSOUNON
LE BENINOIS LIBERE 13 mai 2008
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