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Médecins
de campagne : de jeunes Malgaches relèvent
le défi
(Syfia Madagascar) Bon nombre de médecins
malgaches préfèrent encore
le chômage à l’installation
en brousse. Ces dernières années,
une cinquantaine de jeunes diplômés
a cependant choisi de se fixer dans les
campagnes. Les débuts sont difficiles,
mais, épaulés au quotidien
par leur communauté d’adoption,
ils ne regrettent pas leur choix. Tout le
monde y gagne
La discussion est vive et joyeuse. Sous
l’ombre d’une véranda,
à Manakambahiny, à une centaine
de kilomètres au nord-est de la capitale
malgache Antananarivo, Ridiara Randriamparany
anime les échanges avec les habitants
du quartier. Après cinq mois d’activités,
l’heure est au bilan pour ce médecin
de campagne nouvellement installé.
"Le médecin le plus proche de
nous était à trois heures
de marche. Maintenant, nous l’avons
parmi nous. Comment ne pas en être
fier !", se réjouit le chef
du village, Jean-François Raharizafy.
"Les soins sont d’une qualité
incomparable !", poursuit un notable.
Une ovation ponctue chaque intervention.
À l’issue de la réunion,
l’assemblée projette de construire,
à sa charge, un grand bâtiment
pour accueillir plus de malades.
Aux yeux de Ridiara, la trentaine, fraîchement
diplômé de la Faculté
de médecine d’Antananarivo
et de sa femme, également médecin,
le bilan est aussi largement positif. "Le
cabinet s’autofinance", se félicite
Ridiara qui gagne ici en moyenne 900 000
Ariary (350 €) par mois, soit trois
fois plus que ses confrères du public.
Le principe de son centre communautaire
est simple et rentable : proposer des soins
à bas prix pour accueillir plus de
patients et réaliser ainsi plus de
bénéfices.
"Chaudement
entourée"
Mais se fixer en brousse est loin d’être
évident pour tout le monde... À
Madagascar, plus d’un médecin
sur trois est au chômage. Si, en ville,
on rencontre une formation médicale
tous les 300 mètres environ, en brousse
il faut souvent parcourir 25 voire 50 km...
"Les médecins refusent de s’installer
en brousse à cause du manque d’infrastructures
et de sécurité et du faible
pouvoir d’achat des bénéficiaires",
explique le Dr Germain Rakotonaivo, du service
de santé de district d’Anjozorobe.
Pour Nida Raheliarinivo, jeune médecin
installée depuis presque quatre ans
dans le moyen ouest, les premiers mois ont
été très éprouvants.
"J’étais seule, brusquement
confrontée à une réalité
différente : voie inaccessible par
voiture, pas d’électricité
ni de téléphone, aucun point
de vente...", se souvient-elle.
"Chaudement entourée",
Nida a tenu bon. La communauté locale
a pris en charge la réhabilitation
de sa maison et de son cabinet. Et la direction
régionale de la santé l’a
intégrée gratuitement dans
son circuit de supervision et de suivi.
Santé Sud, une ONG française
de professionnels de la santé, l’a
également accompagnée. "Les
nouveaux médecins reçoivent
gratuitement le matériel nécessaire
au démarrage (kit médical,
petite chirurgie, etc.) puis ils volent
de leurs propres ailes", précise
le directeur national de l’association,
Dr Clément Razakarison.
Une cinquantaine de généralistes
comme Ridiara et Nida sont actuellement
en poste dans les anciennes provinces d’Antananarivo
et de Toliara. D’ici 2009, trente
nouvelles installations sont prévues.
Polyvalents, les docteurs consultent, s’occupent
des accouchements, extraient des dents,
pansent des plaies...Ils sont aussi très
actifs au niveau de la vaccination et de
l’éducation sanitaire.
Soins et médicaments
à la portée de tous
Depuis 2004, date d’installation des
premiers médecins de campagne, la
qualité des soins s’est, par
endroits, nettement améliorée.
Dans la région de Bongolava, au moyen
ouest, le ratio médecin-population
est passé de 8 000 à 6 000
personnes. Grâce à leurs médecins
qui se fournissent en génériques
auprès de grossistes importateurs
locaux, les patients reçoivent désormais
des médicaments pour 1 €. Le
docteur Germain reconnaît volontiers
l’apport de ces cabinets communautaires.
"Le soin et la vaccination se rapprochent
davantage de la population", se félicite-t-il.
Mais, que se passera-t-il quand Santé
Sud pliera bagage ? "Je continuerai
à travailler en brousse", assure
Nida. La question n’est de toute façon
pas encore d’actualité. Après
la phase d’expérimentation
qui s’achève en 2009, le programme
de l’ONG devrait en effet prendre
une envergure nationale. Afin de fixer à
leurs postes les médecins de brousse,
le ministère de la Santé a
par ailleurs lancé, en février
2008, un autre projet pilote sur trois régions.
Une évaluation sera réalisée
à la fin de l’année.
De leur côté, les médecins
se sont regroupés au sein de l’Association
des médecins de campagne de Madagascar
(Amcmad), qui a ses propres ressources et
soutient moralement, matériellement
et financièrement ses membres.
Autant d’initiatives intéressantes
et peu coûteuses, puisque, d’après
l’association française, la
mise en place pour cinq ans d’un médecin
en brousse coûte en tout et pour tout
1€ à chaque membre de la communauté,
quelle que soit la taille de celle-ci.
Tout le monde semble en tout cas avancer
dans la même direction. Une satisfaction,
sans doute, pour Myriame Rasoaranto, directrice
générale de la protection
sociale au ministère de la Santé,
qui plaide pour "la synergie des actions
et le développement intégré"
: "il faut concentrer les efforts sur
une localité et y installer toutes
les infrastructures requises (piste rurale,
poste de gendarmerie, école, téléphone,
marché)..."
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