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On connaît le bánh chung, gâteau
de riz gluant de forme carrée, élément
indispensable des festins du Têt.
Voilà maintenant la pastèque
cubique, née dans le delta du Mékong
! Une bizarrerie de la nature pas si naturelle
que ça...
Cân Tho est une ville du delta
du Mékong au charme incomparable.
L'omniprésence de l'eau et les
alluvions déposées chaque
année par les crues constituent
des conditions éminemment propices
aux vergers. Longaniers, manguiers et
mangoustaniers y abondent. Cette région
deltaïque, sillonnée d'arroyos,
semble aussi un lieu particulièrement
propice à la naissance de produits
agricoles originaux. Goyave sans pépin,
jaque à pulpe rouge et, depuis
peu, pastèque de forme cubique.
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Le melon d'eau est un des éléments
essentiels du Nouvel An lunaire. Pour les
Vietnamiens, un Têt sans pastèques
est inconcevable. Aucune famille ne dérogerait
à ce principe. La saveur de ce fruit
à pulpe rouge, juteuse et rafraîchissante,
a inspiré nombre de poètes
et est gravée dans le cœur des
Vietnamiens. Quid de la pastèque
cubique ? La plupart des gens en ignorent
l'existence. Essayez d'en parler, et vous
n'arriverez qu'à passer pour un sacré
plaisantin, voire un fieffé menteur.
Également à pulpe rouge, elle
est soit verte, soit jaune, et contient
plus de chair et moins de pépins
que sa consœur ovoïde. Une curiosité
qui se vend tout de même 250.000 dôngs
la pièce (environ 15 dollars), soit
presque le décuple du prix normal,
mais 1,3 million de dôngs (80 dollars)
au Japon ! Le créateur de cette bizarrerie
de la nature n'est ni biologiste ni agronome
mais un simple étudiant de l'Université
de Cân Tho : Dinh Trân Nguyên.
Esprit d'initiative
Nguyên, 23 ans, a le visage hâlé
de ceux qui passent beaucoup de temps en
plein air. "En dehors des heures de
classe, je suis toujours dans le champ de
pastèques", explique-t-il. Un
étudiant consciencieux, doué
d'un sens aigu des affaires. Il a notamment
bien compris que les consommateurs d'aujourd'hui
sont toujours à l'affût des
nouveautés et qu'ils sont prêts
à payer cher tout ce qui sort de
l'ordinaire…
Un jour, en surfant sur le web, Nguyên
tombe sur un article consacré à
des melons d'eau bizarroïdes cultivés
au Japon. Il apprend avec étonnement
que les agriculteurs nippons n'en produisent
que 400 par an et, malgré leur prix
exorbitant, la demande dépasse toujours
l'offre. "J'ai commencé à
m'intéresser au sujet en 2002. Le
début d'un long parcours, qui m'a
coûté cher en temps et en argent
!" Un an plus tard, Nguyên soumet
à la direction de l'Université
de Cân Tho son projet de création
de pastèques cubiques sur le sol
vietnamien, dans l'espoir de recevoir un
soutien financier. Parallèlement,
il réalise pas mal d'expériences
pour trouver la bonne technique. À
l'approche du Têt 2005, ses parents,
tous 2 scientifiques, remettent plusieurs
millions de dôngs à leur dégourdi
de fils. "J'ai tout dépensé
pour ce projet ! Mais j'ai obtenu des résultats
bien en deçà de mes espérances
!" Il a en effet réalisé
une première grosse expérience
sur 30 pastèques, avec un taux d'échec
important : seulement 4 fruits, de petites
dimensions, de moins de 14 cm de côté.
En juillet 2005, une nouvelle rend fou de
joie le jeune étudiant sans le sou.
L'Université de Cân Tho décide
en effet d'allouer 5 millions de dôngs
de crédits à son projet.
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