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Des
métiers et des gens : «Je peins
la nuit et j’en vis le jour»
À 23 ans, autodidacte sans complexe,
Yacout Kabbaj fait une entrée remarquée
dans l’univers des artistes de métier.
Ses nus, mais aussi ses compositions abstraites,
ont déjà fait leur place dans
les collections privées.
| En août
dernier, Yacout Kabbaj, 23 ans, démissionne
de l’agence de communication où
elle travaille pour se consacrer entièrement
à la peinture. Trois mois plus
tard, elle organise sa première
exposition à son domicile. Commercialement,
c’est un succès : elle
vend quasiment toute sa production. |
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Artistiquement, les critiques et autres
amateurs professionnels sont impressionnés
et lui prédisent un brillant avenir.
Pour elle, c’est quand même
le début d’une aventure qui
l’effraie un peu. D’une part,
certains galeristes qu’elle a rencontrés
lui déconseillent de faire de la
peinture son métier : l’amateurisme
de son talent, la désinvolture de
sa créativité, l’extrême
originalité de son univers pictural
sont jugés peu compatibles avec une
carrière professionnelle. D’autre
part, la relative sécurité
matérielle dont elle bénéficiait
vient de disparaître du fait de circonstances
imprévues. Mais elle est plus décidée
que jamais à poursuivre dans cette
voie. Il y a trop longtemps qu’elle
s’y prépare, pour elle c’est
le moment où jamais.
Yacout est autodidacte. Elle peignait depuis
l’âge de cinq ans, poussée
par un irrépressible besoin. Mais
sans jamais, explique-t-elle, y voir autre
chose que l’exutoire d’une vie
quelque peu tourmentée. Son père,
architecte et peintre passionné d’impressionnisme,
ne joue d’ailleurs aucun rôle
dans l’affirmation de sa vocation.
C’est à l’un de ses professeurs
de lycée qu’elle doit, confie-t-elle,
la prise de conscience de son talent : «J’avais
douze ou treize ans. Mon professeur d’arts
plastiques au lycée Lyautey nous
avait demandé, pour commencer l’année,
de réaliser un dessin sur un thème
donné. J’avais peint un citronnier
qui l’avait énormément
impressionné. À partir de
là, c’était l’explosion.
À la fois guidée et encouragée
par cet homme qui était très
vite devenu mon complice en création,
je me suis mise à peindre avec profusion…
des tableaux mais aussi des décors
de théâtre, sans arrêt,
passionnément !»
De ces années-là et de tous
les projets auxquels elle a collaboré,
Yacout évoque avec une émotion
particulière celui de la galerie
Bassamat, initialement prévu dans
le cadre des manifestations de l’Année
du Maroc en France. L’exposition,
à laquelle participe une classe du
lycée Khansae de Casablanca, n’ira
finalement pas en France mais elle lui vaudra
les honneurs de la presse et de la télévision,
qui focalisent sur son talent de lycéenne
incroyablement douée. Au point qu’un
marchand d’art achète l’intégralité
de ses toiles, des créations dans
le genre abstrait, pour les revendre à
des collectionneurs aux États-Unis…
Pour Yacout, cela ne fait alors aucun doute,
son rêve d’enfant est près
de se réaliser : passer son baccalauréat
et s’inscrire dans une école
des Beaux-Arts, quelque part en Europe…
Mais le décès de son père,
l’année même de son baccalauréat,
la force à changer d’orientation.
C’est au collège Lasalle, dans
la section Infographie qu’elle se
résigne à apprendre un métier.
Deux ans plus tard, son diplôme en
poche, elle fait son entrée dans
le monde de la communication pour découvrir
rapidement à quel point la publicité,
ses créatifs et ses annonceurs sont
très peu sensibles à l’art
et à son idéal de totale créativité.
C’est ainsi qu’elle finit par
changer son fusil d’épaule
et passer dans le camp des commerciaux,
ayant découvert qu’elle était
une excellente vendeuse.
Sauf qu’entre-temps, sa créativité
s’est tarie. Un passage à vide
qu’elle ressent de plus en plus mal,
dans la mesure où peindre lui est
vital : «Je peins quand ça
me prend, en général la nuit.
Je crée par pure intuition, sans
réflexion consciente, mais avec énormément
d’exigence à l’égard
de mon travail. Mon engagement est intense,
au point que lorsqu’une toile est
finie et qu’elle ne me plaît
pas, c’est pour moi une énorme
frustration. Mais je n’en pouvais
plus de devoir renoncer à peindre
par obligation de gagner ma vie. Il fallait
choisir, j’ai choisi ! Heureusement,
ma première expo a très bien
marché. J’espère que
la suivante, à partir du 25 janvier
à Casablanca, aura autant de succès...»
Après avoir fortement impressionné
le public et la presse par une série
de nus audacieux, qui n’ont pas manqué
de scandaliser certains regards hypocritement
vertueux, Yacout nous promet aujourd’hui
une exposition de style abstrait, un univers
de lignes où elle donne libre cours
à son sens de la couleur et à
sa parfaite maîtrise de l’art
de composer. «Un univers cohérent»,
explique-t-elle, comme pour rassurer ceux
qui lui reprochent, sans doute déstabilisés
par le caractère fantasque de sa
créativité, sa tendance à
peindre sans systématiser.
Quant au risque qu’elle prend à
fonctionner ainsi « à l’envie
», alors qu’elle a décidé
de faire de la peinture son métier,
Yacout semble l’avoir froidement maîtrisé
: «J’ai toujours du mal à
comprendre les gens qui n’ont pas
confiance en eux», avoue-t-elle en
souriant. Ce qui fait largement de quoi
ne pas s’inquiéter pour elle.
Par : Driss Messaoudi
Fiche métier
du Peintre
d'art
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