Pour beaucoup de gens, les pilotes ont toujours
du prestige car ils ont de bons revenus,
parcourent le monde… Mais très
peu savent que derrière l'éclat
de leur métier, il y a des périodes
de stress, d'épuisement, d'astreinte
à une grande discipline… Actuellement,
parmi les 420 pilotes volant pour Vietnam
Airlines, on compte 119 étrangers,
alors que sur l'ensemble des 45 pilotes
de Pacific Airlines, il n'y a qu'un seul
Vietnamien.
Pour devenir pilote,
il faut avant tout avoir une excellente
santé, un bon curriculum vitae, être
très résistant et reçu
au concours de contrôle des connaissances,
passer les visites médicales périodiques
tout au long de leur vie de pilote. Nguyên
Thê Phong, un chef d'équipage,
déclare que les exercices physiques
des pilotes sont permanents pour accroître
leur résistance et ils s'efforcent
d'éviter les chocs pour ne pas "s'abîmer",
car tous les 6 mois, ils doivent passer
une visite médicale et ceux qui ont
des cicatrices, des blessures ou une santé
précaire ne pourront pas voler.
Le pilote Pham Hô Bac, chef du groupe
VN 5 + 6 à l'École de formation
de pilotage d'Adelaïde-FTA (Australie),
raconte qu'il a dû passer 5 fois les
contrôles très rigoureux concernant
la santé et la théorie physico-mathématique
avant de devenir élève du
Centre d'entraînement de vols de Vietnam
Airlines. Il ajoute que pendant la visite
médicale, après être
retourné dans le couloir, sa tension
est tombée… Nombreux sont ceux
qui ont les tym- pans percés, qui
saignent des oreilles et qui se résignent
à voir s'éloigner leur rêve
de piloter un avion.
Formations : dans
et hors du pays
Après plusieurs mois d'exercices
théoriques et de perfectionnement
des connaissances en anglais, les élèves
sont envoyés à des écoles
de formation de pilotage en Australie. Là-bas,
ils poursuivent leur apprentissage théorique
pour commander un appareil et faire un stage
de vol d'une période de 18 à
22 mois consécutifs. Une fois les
études théoriques terminées,
il y a aussitôt un contrôle
théorique, puis un contrôle
de vol réel. Il y a environs 6 phases
de concours et de contrôle continu
dans une promotion et personne ne doit les
rater.
M. Bac se rappelle que dans sa promotion,
il y avait 20 élèves venant
du Vietnam et qu'après plus d'un
an et demi, il n'en restait que 12 qui rentraient
pour percevoir un nouveau travail. "Les
concours comportent toujours beaucoup de
pièges et même les Australiens
ne sont pas toujours reçus. Un certain
nombre d'élèves vietnamiens
n'ont pas un niveau d'anglais suffisant.
Les situations à régler pendant
un vol de stage éliminent pas mal
de gens qui ne réagissent pas assez
vite ni avec assez de précision lorsqu'ils
sont aux commandes d'un appareil",
raconte-t-il.
Pour sa part, M. Phong raconte également
que son groupe qui est parti pour l'Australie
en 1998 ne compte que 13 reçus sur
17 personnes (2 ont échoué
car ils ne maîtrisaient pas l'anglais
et 2 autres n'avaient pas les aptitudes
requises pour voler).
Les investissements moyens que Vietnam Airlines
injecte dans la formation d'un pilote sont
à peu près de 100.000 dollars.
Après leurs études, ces élèves
seront certains d'être recrutés
par Vietnam Airlines. À l'étranger,
le salaire d'un pilote est d'environ 10.000
dollars par mois, somme supérieure
au revenu de leurs collègues travaillant
pour Vietnam Airlines.
Le responsable de l'escadron 919, Phan Xuân
Ðuc, raconte qu'un Vietnamien suit une
formation en France. Ensuite, il tombe amoureux
d'une jeune fille française et demande
de quitter le groupe d'élèves
de Vietnam Airlines et se marie. Après
un certain temps, ils revient au centre
de formation et espère devenir pilote
indépendant. Mais jusqu'à
présent, aucune compagnie aérienne
n'accepte de le prendre comme pilote. En
réalité, il n'y a pas de compagnie
aérienne qui confie les biens des
dizaines de millions de dollars, la vie
des centaines de passagers et la réputation
de la compagnie à quelqu'un qui vient
de terminer sa formation élémentaire
et qui n'a pas de nombre d'heures de vol
demandé pour voler en toute sécurité.
Un travail pénible
Le chef de l'escadron 919, Phan Xuân
Ðuc, déclare que le revenu d'un
pilote vietnamien ne peut pas se comparer
avec celui de leurs collègues étrangers.
Un chef d'équipage touche environ
2.000 dollars par mois. Un copilote vietnamien
a des revenus environ 6 à 7 fois
inférieurs à celui d'un étranger.
C'est malgré tout un revenu que de
nombreux Vietnamiens souhaitent avoir.
Vietnam Airlines est en train de réaliser
un plan de réajustement des revenus
des pilotes pour que leur salaire mensuel
atteigne une moyenne d'environ 4.000 dollars
en 2009 et soit égal à 60%
des revenus des étrangers à
l'horizon 2010.
Nguyên Thê Phong, un pilote
de 36 ans, se marie avec une hôtesse
de l'air de Vietnam Airlines. Il dit qu'un
pilote doit accepter ce travail sans disponibilité
pour sa famille et que les soins des enfants
sont l'affaire de l'épouse et des
proches. Pour un pilote, chaque vol est
une nouvelle épreuve. "Avant
chaque vol, l'état physique et psychologique,
de santé, la météo…
sont différents. Le plus important
avant un vol est de préparer minutieusement
les facteurs concernant le mental et la
santé même quand il y a des
problèmes familiaux, il faut les
mettre de côté pour assurer
le vol en toute sécurité",
confie M. Phong.
Son métier oblige le pilote à
toujours s'adapter aux fuseaux horaires,
surtout pour les vols longs courriers. Prenons
l'exemple d'un vol pour la France. L'avion
décolle en soirée. M. Phong
et son équipage travaillent sans
interruption de façon concentrée
et tendue toute la nuit pendant que les
passagers dorment. À 07h30 du matin,
c'est l'atterrissage alors qu'au Vietnam
il est midi passé (le décalage
entre le Vietnam et la France est de 5 ou
6 heures selon les saisons). Il faut faire
les formalités de transfert de l'appareil
qui durent jusqu'à midi (alors qu'au
Vietnam, c'est l'après-midi) et l'équipage
se rend à l'hôtel pour dormir.
Il se lève vers 17h00 pour faire
des exercices physiques pendant qu'au Vietnam,
il fait nuit. Il se repose, dîne,
puis dort pour repartir tôt le lendemain
matin pour le Vietnam. Parfois, un vol arrive
de France pour repartir aussitôt vers
l'Australie. Le décalage entre l'Australie
et le Vietnam est de 3-4 heures, c'est pourquoi
l'horloge biologique est en décalage
d'environ 10 heures. Comme le vol est long,
il y a 2 équipages ; l'un qui pilote
pendant que l'autre se repose, mais l'intimité
doit toujours être préservée
entre les confrères dans n'importe
quelle situation pour garantir la sécurité
du vol.
"On peut dire que notre métier
de pilote est de parcourir le monde mais
en réalité, on ne voit que
les aéroports et les chambres d'hôtel.
Nous n'avons pas suffisamment de temps pour
découvrir les villes et apprécier
les petits moments de repos", dit Véronica
Foy, une Anglaise qui travaille pour Vietnam
Airlines.
Interrogé sur ce qu'il redoute le
plus, M. Phong dit en souriant que c'est
la météo, mais sa plus grande
peur concerne les passagers fous…
et la menace d'une bombe dans l'appareil.
Dominique Maurice/CVN
Atout Métier
vous aide à définir l'orientation
qui vous convient le mieux. Cet outil est
destiné aux étudiants, aux jeunes
diplômés, aux demandeurs d'emploi,
ainsi qu'à tout individu en poste qui
souhaite faire le point sur son projet d'évolution
professionnelle et personnelle. En
savoir plus ...
Premières
femmes pilotes vietnamiennes - 06/02/2009
Depuis le 6 novembre dernier, l'escadron
919 de la Compagnie générale
d'aviation du Vietnam (Vietnam Airlines-VNA)
accueille 2 nouveaux membres "pas comme
les autres" : Nguyên Thi Thanh
Thuy et Nguyên Ly Huong, les 2 premières
femmes pilotes vietnamiennes. Ces 2 filles
issues de la génération 8X
(née entre 1980 et 1989) viennent
de sortir de l'Académie d'aviation
de Montpellier, France, et sont affectées
aux commandes d'ATR pour des vols courte
distance.
Un ATR 72 prend de la vitesse sur la piste
de l'aéroport de Tân Son Nhât
(Hô Chi Minh-Ville) puis grimpe dans
le ciel pour un trajet de 45 minutes à
destination de Phu Quôc. "À
entendre le ronronnement régulier
du turbopropulseur, qui annonce que l'avion
est à une altitude de sécurité
et peut être passé en pilote
automatique, je suis toujours prête.
Une sensation très différente
que quand je pilotais un avion léger
de 4 places ou un ATR-école en France.
C'est la première fois que je vole
dans mon pays natal. Il est regrettable
que mes parents et proches ne soient pas
avec mois", déclare Ly Huong,
racontant son premier vol pour VNA le 4
décembre dernier.
La veille, Thanh Thuy, son amie, a également
effectué son premier vol sur la ligne
Tân Son Nhât-Buôn Mê
Thuôt.
Si toutes les 2 ne sont pas présentées
en tant que telles, il est difficile d'imaginer
que ces 2 petites "roses" pleines
de féminité, assises avec
les hommes pilotes de grande taille dans
la cantine de l'escadron 919, sont les premières
femmes pilotes de ligne de VNA. Thuy et
Huong répondent complètement
aux critères requis en termes de
capacités, de psychologie, de sensibilité
et de décision. Elles ont passé
les épreuves physiques, y compris
celle de la centrifugeuse dont les "G"
ont assommé des milliers de candidats
masculins, mais aussi celles d'anglais,
de culture, de capacités de raisonnement
et de logique ; qui sont conçues
pour s'assurer d'un traitement optimal d'une
situation d'urgence.
"Il n'y a aucune discrimination de
sexes dans la sélection et la formation
des pilotes au Vietnam comme dans le monde.
La vie de centaines de passagers et de biens
dont la valeur peut s'élever jusqu'à
des millions de dollars, sans parler des
avions eux-mêmes, ne peuvent être
confiés qu'aux meilleurs", affirme
le chef adjoint de l'escadron 919, Nguyên
Hông Linh, commandant d'un Boeing
777.
Avant de déposer sa candidature pour
une formation de pilote chez VNA en 2006,
Ly Huong, originaire de Lào Cai (Nord),
vient d'être diplômée
de l'Université des communications
et des transports. Quant à Thanh
Thuy, elle sort de l'Université d'économie
nationale. Après 3 années
de formation au Centre d'entraînement
au vol au Vietnam, puis une formation spéciale
à l'Académie d'aviation de
Montpellier, elles sont enfin devenues,
avec leurs diplômes de fins d'études,
des pilotes officiels de VNA. Elles doivent
désormais accumuler les heures de
vol sous la veille de pilotes plus expérimentés
en effectuant des vols de courte distance
au Sud et au Centre.
"Il faut avoir entre 3 et 6 mois de
vol avant de devenir copilote dans un ATR
et environ 3.000 heures de vol sans incident
pour prouver qu'elles sont capables de donner
des ordres et prendre des "decision
making" (décisions difficiles
en situation d'urgence) et s'asseoir dans
le siège de gauche de la cabine,
celui de commandant de l'avion", explique
M. Linh.
Selon une récente enquête sur
les métiers les plus attrayants réalisée
par le site salary.com, le métier
de pilote est à la 3e place, après
ceux de designer et de chirurgien. Si le
salaire est élevé, le métier
de pilote est réellement pénible
et présente des risques certains.
Entre pilotes, on dit que les médecins
et les ingénieurs, après leur
diplôme, peuvent exercer le même
métier toute leur vie, ce qui n'est
pas le cas des pilotes. Bien qu'ils aient
leur brevet, ils doivent tout au long de
leur carrière subir des tests de
connaissances, de santé et de psychologie
tous les 6 mois. L'espérance de vie
dans cette "carrière" n'est
pas longue et, de plus, les pilotes doivent
effectuer des vols dans différentes
régions du monde avec des fuseaux
horaires et des climats différents,
sans compter les ondes électromagnétiques
dans la cabine. "C'est pour ces raisons
qu'il y a peu de femmes pilotes, surtout
en Asie, car elles s'intéressent
davantage à leur famille qu'à
leur profession", déclare M.
Linh en expliquant le faible taux de femmes
pilotes de l'escadron 919 (7/400).
À la question de savoir si le métier
et dur, Thanh Thuy répond "oui"
sans hésiter mais ce n'est "pas
important" car "nous volons avec
toute notre passion. Notre plus grand rêve,
c'est devenir rapidement commandant".