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Les derniers portraitistes
de Hanoi
| L'art du
portrait en noir et blanc ou truyên
thân, qui a connu ses heures de
gloire dans les années 1960-70,
décline inexorablement. Les rares
ateliers hanoïens qui subsistent
encore abritent d'authentiques artistes
passionnés par leur travail.
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Avec les doigts, l'artiste
estompe les traits d'un portrait, donnant
du relief à ce visage de vieillard
dont la photo trône au coin droit
de son chevalet. Noir et blanc, yin et yang,
le truyên thân est conforme
à la philosophie orientale.Truyên
thân, en vietnamien, signifie "dépeindre
fidèlement l'âme du personnage",
ce qui met bien en valeur l'originalité
première de cet art pictural. Dans
les années 1960-70, les portraitistes
étaient légions à Hanoi,
et leurs ateliers étaient éparpillés
un peu partout dans la ville, notamment
le long de certaines rues du vieux quartier
: Hàng Ngang, Hàng Duong et
Hàng Dao, judicieusement baptisées
à cette époque "les rues
de truyên thân".
Bao Nguyên est devenu portraitiste
à 20 ans. Il est maintenant considéré
par ses paires comme l'artiste le plus expérimenté
de la capitale. "Le truyên thân
ne consiste pas seulement à faire
un portrait d'une façon précise,
minutieuse, quasi-photographique. Le peintre
doit aussi saisir l'âme du personnage
pour donner de la vie à ses oeuvres
!", explique-t-il. Parfois l'artiste
doit aussi restaurer un vieux portrait en
piteux état, un travail qu'il trouve
plutôt pénible. "Pour
moi, tous les détails sont importants.
Le visage, les yeux, la chevelure, chaque
pli des vêtements... tout doit être
conforme au personnage réel avec,
point important, son âme qui transparaît",
confie-t-il.
Le portraitiste n'utilise ni aquarelle ni
pinceau. Ses seuls outils, que d'aucuns
considéreraient comme rudimentaires,
sont composés de tiges de bambou
pointues, de cure-dents et de poudre de
charbon. L'artiste travaille à la
commande, à partir d'une photo, pour
100.000 à 150.000 dôngs le
portrait. Les clients veulent un dessin
d'eux-mêmes ou d'un de leur proche;
parfois il s'agit d'une personne défunte
dont on compte accrocher l'image réaliste
au-dessus de l'autel des ancêtres,
comme il est de coutume au Vietnam.
Un art pictural
en sursis
Comparé à ses années
glorieuses, il y a de cela trois ou quatre
décennies, nul ne peut nier que l'art
du portrait a subit une sérieuse
dégringolade à Hanoi. Raison
le plus souvent invoquée : l'âpre
concurrence face à la photographie
et à l'informatique. Les ateliers,
et aussi les bons portraitistes, ne se comptent
plus que sur les doigts d'une main. Il reste
de vieux artistes, passionnés par
leur métier, comme Bao Nguyên
pour qui la peinture constitue à
la fois un gagne-pain et un véritable
bonheur dans son existence. Son atelier,
sis 47 Hàng Ngang, est toujours fréquenté,
non seulement par des Vietnamiens mais aussi
par des étrangers de passage qui
restent bouche bée devant le réalisme
de ses oeuvres. Selon ces amateurs, le truyên
thân donne des résultats plus
vivants que la photo. Une sensibilité
artistique que tout le monde ne possède
pas malheureusement...
Malgré un recul important, qui ne
présage rien de bon quant à
son avenir, le truyên thân conserve
une place, modeste certes, dans le paysage
hanoïen. Et si le métier venait
à disparaître, il est fort
à parier que ce serait sûrement
plus de la faute d'un manque crucial de
vocations que d'un réel désintéressement
de la part des habitants, qui compteront
toujours en leur sein des amateurs éclairés
capables de sentir le "petit supplément
d'âme" de cet art original...
Hà Lôc ( 18/04/04 )
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Dans
l'ère du numérique, le portraitiste
survit
La photographie puis l'apparition du numérique
a quasiment éradiqué le métier
de portraitiste dont l'apogée fut
les années 1970. Pourtant, il en
reste une poignée dans la capitale
qui subsistent grâce à la fidélité
de leurs clients, des touristes étrangers
surtout.
Peu de Vietnamiens
connaissent les origines de la profession
de portraitiste. Même Nguyên
Bao Nguyên, un de ses plus fidèles
et vieux représentants, ne peut
pas nous éclairer. Prudent, il
estime cela à "très
longtemps" alors qu'il commente
le portrait du grand lettré Nguyên
Trai (1380-1442), mandarin sous la dynastie
des Lê postérieurs.
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Le critique d'art Phan Câm Thuong pense
que le métier de portraitiste a fait
son apparition au Vietnam vers le 19e siècle.
Avant de se faire portraiturer, les clients
se rendaient directement au domicile du dessinateur
où ils prenaient la pose. D'autres
donnaient tout un flot de détails en
misant sur le talent de l'artiste. Un travail
très exigeant et certainement coûteux.
Ainsi, seules les familles aisées pouvaient
recourir aux portraitistes.
Le métier de portraitiste connut son
apogée dans les années 1960-1970.
En ce temps-là, la photographie restait
quelque chose de "luxueux". À
cette période de guerre, nombreux étaient
les familles qui désiraient un souvenir
de leur fils partant au front. D'autres encore
voulaient juste l'image d'un proche, d'une
amie, au près d'eux, tel un talisman
contre la haine et les bombes.
Des centaines de boutiques spécialisées
existaient alors à Hanoi, concentrées
pour la plupart dans le vieux centre-ville.
Rue Hàng Dào se trouvait une
coopérative de la profession qui réunissait
une trentaine de professionnels, les plus
doués de la capitale. Le prix d'un
portrait équivalait à 40 kilos
de riz. Malgré ce fort prix les portraitistes
recevaient beaucoup de comman-des. Alors,
ils travaillaient du matin au soir, sans repos,
avec comme seul impératif une course
contre le temps pour remettre à l'heure
la commande passée.
Aujourd'hui, la photographie s'est généralisée
et le numérique a fait disparaître
des dizaines d'échoppes. Hanoi ne recense
plus qu'une dizaine de professionnels restés
fidèles à leur métier.
Leurs boutiques, vestiges d'un temps révolu,
restent une affaire familiale, transmise de
père en fils.
Chronique d'une mort annoncée. Heureusement,
le tourisme permet à l'activité
de se maintenir, les étrangers commandant
souvent le portrait de leur famille ou proches.
Ils savent qu'ils ont ici un rare cadeau qui
fera plaisir une fois de retour chez eux.
Les Vietnamiens résidant à l'étranger
cherchent aussi les portraitistes mais pour
d'autres raisons. Plus nostalgiques, ils aiment
posséder un portrait de la dernière
reine de la cour des Nguyên, Nam Phuong
Hoàng Hâu, ou de certaines des
héroïnes d'antan...
Une exposition
inédite des portraits
Récemment, le peintre Lê Thiêt
Cuong a organisé à Hanoi une
exposition inédite des portraits réunissant
une trentaine d'oeuvres tirées de sa
collection. À son avis, "les portraits
ne sont pas une marchandise. C'est de l'art,
tout comme les peintures de nature morte ou
de paysage. Les portraits sont réalisés
sur des matériaux comme papier, fusain,
huile sur toile ou laque...". Il insiste
aussi sur les spécificités de
cet art que la vulgarisation tend à
confondre avec un simple travail de copie.
Le vrai talent est de reproduire les différents
visages, les détails qui caractérisent
un visage et là seul le génie
du peintre intervient . |