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  Témoignage d'un Publiciste au Quebec


Témoignage d' un Publiciste vu par Lesoleil.cyberpresse



Socialiste de la publicité

On ne sait pas trop si le petit sourire en coin qu’affiche Claude Cossette à son interlocuteur est pour le narguer ou pour le séduire. Sans doute, l’une des quatre femmes avec qui il a partagé un moment de sa vie pourrait le dire, mais encore, ça pourrait rester un mystère.

Enseignant innovateur, titulaire des plus hauts honneurs de la profession publicitaire canadienne, notamment « pour ses qualités de leader et pour son apport à la conception graphique, à la clarté de la communication, à l’enseignement et à la recherche » — une consécration dont peu de Québécois peuvent se targuer —, Claude Cossette se définit maintenant comme « un libre penseur et un socialiste ». L’empreinte qu’il a laissée dans le milieu des communications en fait aujourd’hui le lauréat de la semaine du SOLEIL et de Radio-Canada.

Il a fondé en 1964 Cossette Communication Marketing, la plus grande agence de publicité du Canada et, aujourd’hui, devenu un mentor de la publicité sociale, il jette un regard très critique sur le monde qu’il a lui-même créé dans l’environnement du Québec.

« La publicité est envahissante. Elle me pue au nez. Ses interventions à répétition m’énervent.
Je ne suis plus capable de regarder mes films tranquillement, sans les voir interrompus par des messages publicitaires à toutes les 10 minutes », mentionne-t-il dans le long parcours biographique qu’il distribue à qui le lui demande.

Ce virage, le professeur titulaire de publicité sociale de l’Université Laval l’a entrepris il y a quelques années. Un peu comme Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas, il étonne maintenant ses pairs, dont plusieurs doivent encore se demander quelle mouche a bien pu le piquer.
« Mais j’ai toujours été de même, confie l’homme, aujourd’hui âgé de 67 ans. Maintenant, je demande à mes étudiants d’élaborer des projets pour des organismes humanitaires, des groupes de pression et les pauvres. Je leur explique la façon d’envahir les médias. »

Mais Claude Cossette, qui vient de publier un premier roman, après s’être commis dans de nombreux essais sur le milieu de la publicité, ne peut pas s’empêcher d’échapper au milieu qu’il a lui-même contribué à faire émerger. Incapable d’être modeste, « la tête m’enfle quand je monte sur un podium », il a créé un site Web personnel égal à son image (www.com.ula val.ca/cossette/conferencier/). Jetez-y un rapide coup d’œil : comme agent promotionnel, c’est du réussi.

Un petit gars intelligent

Claude Cossette est né à Québec, en 1937, dans le quartier Limoilou. Un milieu bien modeste.
À l’école, un professeur l’a rapidement convaincu qu’il avait du talent et qu’il devrait entreprendre ses études classiques. En fait, « l’orienteur, raconte textuellement Claude Cossette, m’a dit : “Vous êtes un petit gars intelligent” ».

Comme il n’était pas très riche, un vieil oncle curé a d’abord consenti à lui payer ses études au Collège des Jésuites, à la condition qu’il s’engage à devenir prêtre, un souhait qu’il abandonnera vite. Sans mécène, il opte alors pour le Petit Séminaire de Québec, où il croisera, comme confrères de classe, les Denis de Belleval (Ville de Québec), Michel Cogger (Sénat canadien), Jean-Marie Poitras (La Laurentienne), Jean Pelletier (ex-maire de Québec et ancien chef de cabinet de Jean Chrétien), de même qu’un certain Bernard Roy, que les Canadiens ont appris à mieux connaître pour son travail de procureur en chef de la Commission d’enquête Gomery, sur le scandale des commandites.

« Malheureusement, dans le milieu publicitaire, on trouve beaucoup de gens qui n’y sont que pour l’argent, pense Claude Cossette à propos de ce qu’il a vu et lu sur l’enquête. On dirait qu’ils sentent l’odeur de l’argent et qu’ils n’ont qu’un désir : s’en mettre plein les poches. Ils sapent la base de cette industrie qui est de communiquer, de persuader, mais avec les dangers que cela comporte. »

Car, pour lui, le plus grand vice de la publicité, c’est la duplicité, c’est de « tromper les gens en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes, en leur disant : “Vous serez plus heureux si vous achetez mon automobile, mon parfum ou mon voyage dans le Sud” ».

« C’est là qu’elle est vicieuse, assure Claude Cossette. Le bonheur, c’est d’être. Pas d’avoir. Mais la publicité laisse croire le contraire. »

À l’assaut de ses rêves

Claude Cossette rêvait d’être patron. Il s’inscrit à l’Université Laval pour un certificat en enseignement puis au Collège Estienne, à Paris, pour un certificat d’études supérieures en arts et techniques graphiques. C’est durant ces études à Paris qu’il rencontre Robert Delpire, le publicitaire qui l’a le plus influencé. Sa boîte était, selon Cossette, « la grande agence créative en France à l’époque ».

À son retour au Québec, il avait une tout autre idée de ce que devaient être le graphisme et la publicité. « Je rêvais de transformer les arts graphiques au Québec et j’espérais qu’un jour, nous, les Québécois, serions capables de faire d’aussi belles choses que les Européens.
Et nous y sommes arrivés. Je pense que les Québécois sont aussi capables, désormais, que les meilleurs au monde, à Paris, New York ou Tokyo », a-t-il relaté au journaliste Luc Dupont, auteur de 1001 Trucs publicitaires, publié aux Éditions Transcontinental.

Il démarre alors sa première entreprise, Claude Cossette Graphique, avec une approche différente de celle préconisée par ceux que l’on appelait alors les artistes commerciaux.

Pour lui, il ne s’agissait pas de dessiner une vulgaire boîte d’emballage. « La solution à un problème de communication graphique n’est pas une solution visuelle et plastique. C’est plutôt une solution fonctionnelle. On doit réfléchir au problème avant de proposer une solution qui ne doit pas être décorative, mais persuasive, non pas originale mais pertinente. »

D’année en année, la boîte a grossi et, avec elle, le nombre d’associés et d’employés. Quand il a déposé les armes, Cossette Communication Marketing comptait 12 associés et une centaine d’employés.

Tout au long de sa carrière, Claude Cossette a maintenu un lien avec l’Université Laval, où il a obtenu une équivalence de doctorat pour son essai sur la communication par images.
Être professeur, c’est comme être journaliste, explique-t-il. Il faut faire une synthèse de ce que l’on découvre et ensuite la faire partager aux autres. »

C’est à quoi il passe ses jours. Ses 500 étudiants, il ne les a jamais rencontrés. « Tout mon cours est sur Internet, précise ce passionné des nouvelles technologies. Grâce à cet outil, nous avons accès à la plus grande bibliothèque mondiale. »

L’homme ne veut pas s’arrêter ou ne peut pas s’arrêter. « J’ai toujours des projets et je rêve de pouvoir passer trois ou quatre heures sur une galerie, à ne rien faire. Juste vivre et regarder la nature. »

Mais cela, il le dit avec son sourire énigmatique.


Article sur un Concepteur redacteur publicitaire au Vietnam



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