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Titulaire du titre Vinh danh nuoc Viêt
(Gloire du Vietnam), le professeur Ngô
Thanh Nhàn est une figure remarquable
de la restauration du trésor de documentations
en Han et Nôm et de son application
dans la vie d'aujourd'hui.
Né en 1948 à Saigon, Ngô
Thanh Nhàn réside maintenant
aux États-Unis. Homme polyvalent,
il a consacré de longues années
à la recherche sur le patrimoine
en Hán et Nôm (caractères
chinois et démotique ). Fervent partisan
de la réhabilitation de ces deux
écritures, il en explique l'importance
au sein de la société vietnamienne.
Car jusqu'en 1920, le Han et le Nôm
ont accompagné le développement
du Vietnam, ont fait office d'écriture
officielle au Vietnam féodal. Que
ce soient les créations littéraires,
les documents et les livres d'histoires,
ils furent inévitablement rédigés
en Hán et Nôm.
À partir de cela, Ngô Thanh
Nhàn explique que la restauration
de ce patrimoine inestimable et son usage
dans la vie contemporaine est une évidence.
Et d'appuyer ses propos en expliquant que
les notes sur la végétation,
les plantes médicinales, les conditions
topologiques sont encore d'actualité,
d'autant plus que le pays n'a pas encore
les moyens pour établir une nouvelle
carte géographique nationale. De
même, certains documents sont au cœur
de l'actualité. Ainsi, alors que
la polémique géopolitique
concernant la souveraineté sur les
îles Paracels et Spratley se poursuit
entre des pays d'Asie, le professeur possède
des documents d'époque qui prouve
la présence vietnamienne sur les
archipels Hoàng Sa et Truong Sa (Paracels
et Spratley). Il s'agirait des notes réalisées
par les groupes de soldats en garnison,
envoyés sur place par leurs souverains
pendant de longs siècles.
Sans parler d'un volume éparpillé
de manuscrits sur la médecine traditionnelle,
la vie sociale du passé... qui n'est
pas suffisamment abordé dans les
livres d'histoire. À ses yeux, le
patrimoine Hán-Nôm peut être
considéré comme un ensemble
de livres d'histoire officieux du Vietnam.
"Lire et comprendre ce qu'il est écrit
sur les stèles en pierre, ou sur
les sentences parallèles dans les
lieux de culte ne fait qu'augmenter la valeur
de ces sites, non seulement sur le plan
culturel, esthétique qu'économique",
atteste Ngô Thanh Nhàn.
Notre chercheur constate que la préservation
du patrimoine Hán-Nôm devrait
être internationalisée. C'est
là la meilleure et la moins coûteuse
des façons de le sauver. "En
le reléguant aux entrepôts,
on accélère sa perte",
affirme-t-il. Il a même proposé
de donner à chacun des mots Nôm
un code international. Il s'est aussi attaché
à faire entrer les deux écritures
dans l'ère moderne en créant
plusieurs logiciels, avec un clavier permettant
d'écrire, de coder et d'imprimer
les Hán-Nôm. Ces fonctions
peuvent être applicables non seulement
sur les ordinateurs personnels (PC, mais
aussi Apple et Linux). "De telles performances
ne peuvent être que le fruit d'une
coopération universelle", souligne-t-il.
Dans le patrimoine littéraire du
Vietnam, les deux écritures ont laissé
une trace incomparable. D'après Ngô
Thanh Nhàn, traduire en anglais de
grandes oeuvres vietnamiennes, contemporaines
ou celles plus anciennes en Hán-Nôm,
puis les présenter à l'étranger
est une nécessité. C'est déjà
le cas pour les trésors de notre
littérature comme le célèbre
roman en vers Truyên Kiêu et
le recueil de poèmes de Hô
Xuân Huong. À leur côté,
on trouve Chinh phu ngâm (Chant de
la femme d'un soldat), Cung oán ngâm
khúc (Les plantes des courtisanes),
Quôc âm thi tâp (Recueil
de poèmes nationaux), et quelques
poèmes du roi Lê Thánh
Tông... Ces oeuvres, traduites en
anglais, sont désormais éditées
aux États-Unis. Et le rôle
de l'internationalisation fait ici la démonstration
de son importance puisque outre les deux
figures pionnières de ce mouvement,
John Balagan et Virginia Jingyi Shih, un
certain nombre d'étudiants américains
boursiers de l'association pour la préservation
du patrimoine en Nôm ont participé
aux travaux.
Tombé dans un quasi-oubli face à
la domination et généralisation
centenaire du quôc ngu (le vietnamien
romanisé), le patrimoine Hán-Nôm
est menacé de disparaître petit
à petit. "Mais nous sommes en
mesure de ralentir ce processus. Les caractères
Hán-Nôm ne sont pas aussi difficiles
à apprendre qu'on le pense",
dit le professeur qui souligne l'importance
de l'apprentissage des Hán-Nôm
pour les travailleurs dans la branche d'étude
dite "vietnamologie", l'archéologie
ou dans les musées. Pourtant, les
spécialistes en Hán-Nôm
se comptent sur le bout des doigts.
Le professeur Ngô Thanh Nhàn
approuve le programme de restauration et
de préservation du patrimoine Hán-Nôm
conçu par le ministère de
la Culture et de l'Information. Mais la
mise en place dudit programme reste lente
faute de moyens financiers. Le Département
général de standardisation
et de mesure (ministère de la Science
et de la Technologie) a fait éditer
deux ensembles standard pour les mots en
Nôm codifiés. D'après
lui, il faut en produire un 3e qui est très
demandé par le milieu d'experts et
d'étudiants en vietnamologie.
Si les deux écritures ont accompagné
l'histoire du Vietnam, elles sont aujourd'hui
désuètes. Pourtant, à
travers elles, c'est tout un pan du passé
qui renaît, un moyen de découvrir
la vie de nos ancêtres. En préservant
le Hán-Nôm, c'est l'histoire
de notre nation que l'on sauve.
Ngô Thanh Nhàn assume
désormais un poste de professeur
à l'institut des sciences mathématiques
de l'Université de New York. Il est
vice-président de l'association pour
la préservation du Nôm (caractère
démotique) - une organisation non
lucrative basée en Floride. Il est
aussi membre de la direction de l'Institut
vietnamien de la culture et de l'éducation.
Fondateur et membre du comité exécutif
de l'Association des Viêt kiêu
patriotes aux États-Unis, le prof.
Ngô Thanh Nhàn s'est fortement
impliqué dans la protection et l'utilisation
des caractères Nôm. Il est
l'auteur du tableau de codes des Nôm
authentiques établi en 1992 qu'il
a soumis à la société
UNICODE & ISO 10646. Il est aussi le
père d'une série d'ouvrages
de recherches linguistiques en général,
en Hán-Nôm, en langues cham,
vietnamienne et de leur utilisation en informatique.
Ainsi, il est co-auteur du logiciel en Nôm
(Nôm Na font design and Production)
et rédacteur de la partie en Nôm
du recueil bilingue Nôm-anglais (version
réalisée par le poète
John Balagan ; Éditions Copper Canyon
Press, États-Unis). Ngô Thanh
Nhàn poursuit encore de nouveaux
projets, citons au passage l'organisation
d'une conférence internationale sur
le Nôm à Hanoi, la distribution
de bourses à des étudiants
en vietnamologie, à Huê et
à Hanoi, et de bourses de doctorat
en Nôm à des étudiants
américains, la publication d'un dictionnaire
assisté Nôm-Vietnamien, l'utilisation
gratuite des Nôm codifiés,
etc.
Tu Khôi/CVN
( 19/06/05 )
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