|
Le village de Thiêt Ung, en banlieue
de Hanoi, s'attache à conserver son
métier traditionnel qui est la sculpture
sur bois. Pour les villageois, une question
se pose : comment faire pour lui apporter
une eau de jouvence ?
Le village de Thiêt Ung, encore appelé
Ong, fait partie de la commune de Vân
Hà, district de Dông Anh, en
banlieue de Hanoi. Sa renommée est
dûe à un très vieux
métier (qui date entre les XVe et
XVIe siècles) : la sculpture sur
bois avec les statues comme produit principal.
Les statues en bois du village de Thiêt
Ung sont taillées en majorité
selon des modèles chinois, dont les
plus typiques sont le triade bien connu
de "Phuc-Lôc-Tho" (Bonheur-
Prospérité- Longévité)
et le Matreya ou le bouddha rieur. Leur
forme et leur dimension sont très
variées, de quelque centimètres
ou de grosseur d'un doigt jusqu'à
deux, voire trois mètres.
Auparavant, était bien en vogue le
modèle de plusieurs personnalités
illustres vietnamiens, dont le président
Hô Chi Minh, le général
Ly Thuong Kiêt (vainqueur des Songs,
au XIe siècle), le généralissime
Trân Quôc Tuân (vainqueur
des Mongols au XIIIe siècle)... Ces
produits, bien appréciés par
la clientèle tant dans le pays qu'à
l'étranger, sont surtout exportés
vers la Chine, Taïwan et Hong Kong.
La fabrication de statues en bois de Thiêt
Ung risquait en certains temps de tomber
en désuétude. Heureusement,
grâce à l'intervention de l'État,
elle a désormais la chance de connaître
un net essor. Une autre garantie, c'est
que Thiêt Ung figure sur la liste
de quelque 350 villages de métiers
du pays à restaurer. De plus, avec
deux autres villages que sont Kiêu
Ki et Bat Tràng, il est appelé
à devenir un site de tourisme écologique
de Hanoi. Mais ce qui compte le plus, c'est
l'attachement des habitants de Thiêt
Ung à ce métier. Nombreux
sont ceux qui se contentaient d'être
privés de tout pour avoir de quoi
construire leur propre atelier.
M. Nguyên Van Luu est une figure typique
du village. Il s'est livré corps
et âme à ce métier depuis
une soixantaine d'années. Ses produits
sont connus par leur caractère esthétique
ainsi que par leur raffinement. Citons sa
statue en bois de Triêu Trinh Nuong
khoi nghia (Triêu Trinh Nuong se soulève
contre les occupants chinois, au IIIe siècle),
qui a remporté, en 2000, le prix
"La main d'or" de l'École
supérieure de design industriel,
à l'occasion du 990e anniversaire
de Thang Long-Hanoi. "Nombre de clients
m'ont proposé une grosse somme d'argent
pour cette oeuvre, mais je ne veux pas la
vendre, je désire la léguer
comme souvenir à la jeune génération",
a confié M. Luu.
À part le bois, cet artiste septuagénaire
travaille aussi de l'ivoire et malgré
son âge avancé, il continue
encore son travail. Ses cinq enfants lui
ont tous emboîté le pas et
cherchent comme lui à préserver
le métier ancestral.
À l'avis de Duong Huy Toan, de la
jeune génération de sculpteurs
du village, pour arriver à préserver
un métier traditionnel, la conscience
et le talent sont deux facteurs nécessaires.
Selon lui, les jeunes sont capables de se
familiariser rapidement avec les techniques
du métier, mais ils manquent d'expérience
pour pouvoir donner naissance à des
oeuvres de haute valeur artistique comme
les vieux sculpteurs chevronnés.
"Cela exige du temps et aussi de la
persévérance. De toutes façons,
j'espère que le métier traditionnel
de mon village va se ressusciter et se développer",
a-t-il dit.
---------------------------------------------------------------------------------------------------
Vân
Hà renaît de ses sculptures
sur bois
Si son nom invite à la rêverie
-Vân Hà veut dire Rivière
de nuages - cette commune de la banlieue
de Hanoi mène une vie très
active, en développant un métier
artisanal millénaire dont les matières
premières proviennent du bois.
| À
l'arrivée aux portes des villages
appartenant à la commune de Vân
Hà, district de Dông Anh,
Hanoi, on a d'emblée l'impression
de "se perdre" au milieu des
bois entassés le long des chemins,
dans les cours, ou sur les terrains
vagues. Retentissent de toutes parts
le vrombissement des scies et raboteuses
mécaniques, ou les clics-clacs
réguliers provenant du ciseau
frappant sur le bois. Les habitations
se doublent d'ateliers, où les
artisans de tout âge se consacrent
avec passion à un travail minutieux,
le front mouillé de sueur. |
 |
Vân Hà comprend 5 villages
de métier traditionnel. À
chacun ses produits spécialisés
: Thiêt Ung et ses sculptures sur
bois, Vân Diên et Cô Châu
et leurs meubles ornés de nacre,
Hà Khê et Thiêt Binh
et leurs articles de décoration intérieure
en bois.
Des articles "frappe
à l'œil"
Selon Nguyên Van Hiên, président
du Comité populaire de la commune
de Vân Hà, environ 1.700 foyers
sur les 2.110 que compte la commune pratiquent
les métiers du bois. Plus de 3.600
personnes, soit 80% de sa population active,
ont un emploi stable, sans compter les 2.000
autres artisans venus des localités
environnantes. Vân Hà compte
actuellement 21 entreprises privées
qui, outre la fabrication de produits en
bois sur commande, s'occupent du traitement
du bois cru, fournissant ainsi des matières
premières aux 300 ateliers familiaux.
Ceux-ci proposent un large éventail
de produits. Si les meubles - lits, armoires,
salons, buffets, tables, chaises... - "frappent
l'œil" de par leurs modèles
très divers (imitation antique ou
style moderne), les objets d'art, comme
les figurines d'animaux, les statues de
bouddhas et génies, les tableaux
(paysages ou fleurs de 4 saisons), ou les
panneaux transversaux (sur lesquels sont
gravés ou incrustés des calligrammes
en caractères chinois, destinés
à la décoration intérieure
des pagodes et maisons antiques)..., forcent
l'admiration des visiteurs par l'habileté
et de l'esprit créatif des artisans.
La vie des habitants de cette région
artisanale s'améliore nettement au
fil des années. Dans les villages,
les sentiers sont élargis et goudronnés.
Les maisons à étages dotées
de conforts modernes remplacent les anciennes
habitations rustiques. Ecoles, stations
sanitaires, réseaux d'électricité
et de télécommunications,
et d'autres ouvrages d'utilité publique
viennent embellir le panorama d'une région
campagnarde en forte mutation.
Une formidable métamorphose grâce
à Dôi moi
"L'ambiance très animée
que l'on ressent à Vân Hà
aujourd'hui diffère nettement de
celle d'il y a une quinzaine d'années",
fait remarquer M. Hiên. En effet,
ce métier quasi millénaire
typique de Vân Hà, parfois
au bord du gouffre, a dû subir des
épreuves difficiles avant de retrouver
son regain d'intérêt actuel.
Aux dires des vieux artisans, la sculpture
sur bois est un métier traditionnel
qui se transmet de génération
en génération à Vân
Hà. La fête villageoise, organisée
annuellement à la maison communale
dédiée au culte des génies
de ce métier, offre l'occasion aux
villageois de rivaliser de talent pour la
fabrication d'œuvres en bois. À
la fin des années 1950, Vân
Hà a fondé sa coopérative
artisanale de meubles et objets d'art d'exportation.
Avec ses produits de qualité, la
coopérative de Vân Hà
a ainsi pu créer une marque nationale.
Un destin tragique l'a frappé 30
ans plus tard, alors que le pays opérait
sa mutation en s'orientant vers l'économie
de marché. Cette coopérative
de métier artisanal a dû déposer
le bilan à la fin des années
1980, souffrant d'une structure "trop
encombrante" et d'un mécanisme
"trop archaïque", dit-on.
Jetés sur le pavé, les artisans
ont dû partir à la recherche
d'un job ailleurs. La pauvreté menaçait
les habitants de cette contrée rurale
dépourvue de rizières.
La politique de Dôi moi (Renouveau)
a apporté un second souffle à
Vân Hà qui s'est attelée
à la restauration de ses métiers
traditionnels. Avec la ferme volonté
d'amener la population à faire fortune
sur sa terre natale, les autorités
locales ont encouragé la naissance
d'ateliers familiaux, ouvert des cours de
formation professionnelle, et créé
les conditions favorables à la production,
en offrant notamment des aides techniques
et financières. En une dizaine d'années,
la physionomie de Vân Hà a
considérablement changé, aujourd'hui
pourvue d'une animation jamais vue. Les
clients fréquentent en grand nombre
la commune, les uns dans l'espoir d'acheter
des objets utiles qui embelliront leurs
maisons, les autres dans le but de saisir
la virtuosité d'un métier
traditionnel et contempler des œuvres
d'art.
Selon Nguyên Van Hiên, Vân
Hà s'engage cette année à
atteindre un taux de croissance économique
d'entre 14% et 16%, soit plus élevé
que le niveau national, ainsi que de régler
au mieux les problèmes environnementaux.
L'ambiance très animée que
l'on ressent à Vân Hà
aujourd'hui diffère nettement de
celle d'il y a une quinzaine d'années.
Nghia Dàn/CVN ( 17/09/06 )
Fiche métier
du Sculpteur
, le Sculpteur
bois
------------------------------------------------------------------------------------------------------
Une
journée dans un village de sculpteurs
Situé à 20 km à l'ouest
de Hanoi, le village de Son Dông,
province de Hà Tây, est renommé
depuis plus d'un siècle pour ses
sculptures en bois. Plusieurs centaines
de familles exercent encore ce métier,
dont les produits sont surtout destinés
aux pagodes et maisons communales.
| Âgé
de 53 ans, Nguyên Trung Miên
travaille depuis plus de 30 ans dans
la sculpture sur bois. Formé
par son père, il est maintenant
propriétaire d'un atelier de
huit ouvriers, tous de sa famille :
quatre sont ses fils, quatre autres
ses neveux. Comme les autres ateliers
de Son Dông, celui de Nguyên
Trung Miên fabrique des objets
pour les pagodes et les maisons communales
: statuettes de bonzes et bonzesses,
de Bouddhas, de génies, panneaux
frappés de sentences écrites
en chinois,... Ces objets sont de toute
taille. M. Miên ne cache pas les
secrets de son métier : "Pour
faire du bon travail, il faut d'abord
acheter du bois de haute qualité
et trouver des laques bien résistantes.
Et puis les ouvriers doivent être
laborieux. Normalement, mes fils travaillent
9 heures par jour, du matin au soir.
C'est un travail très minutieux
et exigent." |
 |
Un jeune artisan
passionné
Ce n'est pas aussi simple la sculpture sur
bois. Pour faire des panneaux, M. Miên
doit d'abord débiter son bois en
planches, puis le raboter. Il y dessine
ensuite des motifs au crayon puis, après
l'avoir sculpté, le recouvre d'une
couche de laque noire. Le séchage
se fait à l'abri du soleil, pendant
deux jours. Au total, chaque panneau demande
environ deux semaines de travail. M. Miên
est fier de ses quatre fils qui ne sont
pas économes de leurs efforts, s'échinant
de l'aube au crépuscule. Thang, le
plus jeune, malgré ses 21 ans, est
le plus habile à manier le ciseau
à bois, et c'est lui qui se charge
de la partie la plus délicate : la
taille des statues. "J'aime bien ce
métier, qui me permet de gagner ma
vie et qui demande de la créativité.
D'un morceau de bois, il faut imaginer quel
sera le visage de la statue, comment seront
ses pieds. Moi, je ne veux pas quitter ma
famille pour un autre métier. Je
resterais là pour succéder
à mon père et transmettre
mon expérience. Mon projet dans l'avenir,
une fois marié, c'est de créer
mon propre atelier", glisse-t-il entre
deux coups de maillet.
Le professionnalisme de la famille de Thang
est indiscutable
Leurs oeuvres intéressent non seulement
les Vietnamiens, mais aussi des visiteurs
étrangers. Jean Marc Vantournoudt
vient de Bruxelles. Photographe, il a pris
trois pellicules lors d'une seule matinée
ici. Il pense déjà à
faire quelque chose pour les jeunes sculpteurs
comme Thang: "C'est la 2e fois que
je visite ce village. Je suis très
frappé par le professionnalisme des
artisans. C'est vrai qu'ils font surtout
de la copie, mais il y a beaucoup de créativité
dans leur travail, et ce serait peut-être
intéressant de leur donner la possibilité
de s'exprimer sur autre chose que de la
copie. On pourrait, pourquoi pas, inviter
un sculpteur européen sur bois ou
sur pierre à venir 15 jours ou 3
semaines ici, pour montrer aux artisans
locaux une autre vision de la sculpture,
plus créative".
Allez donc visiter Son Dông le week-end.
Vous n'avez qu'à prendre la route
de Câu Giây. Le village se trouve
13 km plus loin. La famille de M. Miên
est très hospitalière. Elle
est prête à vous offrir le
déjeuner si vous restez la journée.
Bon voyage !
Vân Anh ( 05/11/04 ) |