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Les textiles de
Ma Châu, la fierté de Quang Nam
Dans la province de Quang Nam (au Centre), les
villages de métier traditionnel attirent
un grand nombre de touristes. Le village de textile
de Ma Châu a acquis une réputation
qui n'a rien à envier à l'ancienne
cité de Hôi An ou aux tours Chàm
de My Son.
Les métiers à tisser cliquettent.
Une certaine animation règne dans le
village de Ma Châu...
Situé à une dizaine de kilomètres
de l'ancien quartier de Hôi An, le village
de Ma Châu est connu depuis le 15e siècle
pour ses soieries. La plantation des mûriers,
l'élevage des vers à soie, qui
ont perduré jusqu'à maintenant.
"La fabrication des textiles est connue
à Ma Châu depuis des générations.
Mes grands-parents et leurs grands-parents
vivaient aussi grâce à ce métier.
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Maintenant nous sommes les
héritiers de cette tradition", raconte
une jeune fille du village. Transmis de père
en fils, ce métier artisanal demeure la
fierté du village. Il crée une identité
culturelle non seulement au village mais aussi
à la terre de Quang Nam. Avec des ornements
très fins, des couleurs variées
et une diversité de produits, les tissus
de Ma Châu sont particulièrement
appréciés des touristes étrangers.
Les produits du village sont beaucoup écoulés
à Hanoi, Huê, Hô Chi Minh-Ville,
ainsi qu'à l'étranger, notamment
dans les pays d'Asie du Sud-Est et en Europe.
Artisanat contre industrie,
combat inégal...
À l'époque de l'économie
marchande, où la concurrence fait rage,
la fabrication des tissus de Ma Châu perd
lentement mais sûrement sa position majeure.
À l'image des autres métiers artisanaux,
les textiles de Ma Châu ont du mal à
concurrencer une industrie de plus en plus développée
et compétitive. Les métiers à
tisser du village font vraiment figure d'outils
d'une autre époque face aux machines modernes!
"Auparavant, tout le village se consacrait
à ce métier. Depuis l'ouverture
économique, la plupart ont changé
d'avis et se sont mis à chercher d'autres
métiers qui exigent moins de minutie mais
qui rapportent plus d'argent", se lamente
Mme Tho, âgée de 80 ans. Selon elle,
il s'agit d'un métier qui demande beaucoup
d'attention, de persévérance, du
dévidage des cocons au tirage des fils,
du tissage à la teinture, de la fabrication
des produits à leur vente. "Ce sont
des travaux qui demandent beaucoup d'efforts mais
qui rapportent finalement peu", insiste-t-elle.
Ainsi, parmi les 500 foyers du village, seulement
160 pratiquent encore ce métier. Au total
850 emplois, dont 550 occupés par des villageois,
qui travaillent sur 1.500 métiers à
tisser. Sept tonnes de fil de soie sont produites
chaque année, ainsi que 8 millions de mètres
de tissus de toutes sortes.
Des jeunes qui veulent
s'investir dans ce métier
Si la fabrication
du textile existe encore à Ma Châu,
c'est parce qu'il y existe des villageois
qui se passionnent pour leur métier
ancestral. Le jeune Nguyên Van Môt,
diplômé de l'Université
de Duy Tân, a décidé de
revenir à son village et de devenir
le digne héritier de ce métier,
que sa famille se transmet depuis huit générations.
"Diplômé en gestion économique
et marketing, je pourrais facilement trouver
un emploi lucratif. Mais j'ai décidé
d'hériter du métier de mon père,
parce que j'aime bien les couleurs de la soie,
le cliquetis des métiers à tisser
et les motifs décoratifs", a-t-il
confié. D'ailleurs, gérer un
atelier d'une quinzaine de machines lui permet
également de mettre en valeur ses connaissances
universitaires, avec le but avoué de
faire la fortune de sa famille et de son village.
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Pour la jeune tisserande Vân
Huong, un salaire mensuel de 600.000 dôngs
"n'est pas élevé, mais stable".
D'ailleurs, elle pratique aussi la couture en
dehors de ses heures de tissage afin d'arrondir
ses fins de mois. Vân Huong, comme le jeune
patron Nguyên Van Môt, souhaite voir
se développer ce métier artisanal
très typique de son village. Leur modeste
voeu a de grandes chances d'aboutir : la province
a en effet ratifié un plan d'aménagement
du village de Ma Châu afin de préserver
et développer le métier traditionnel
en le reliant au développement touristique.
Il s'agit d'une excellente initiative qui permettra
de conserver une des plus fortes identités
culturelles de la terre de Quang Nam.
Thu Hà Nguyên ( 15/02/04 )
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L'homme
qui fait renaître les anciennes soieries
Tisserand depuis sa jeunesse, Triêu Van
Mao est passionné par les anciennes soieries,
surtout celles de Van Phúc, son village
natal. Il les collecte et cherche, après
une étude détaillée, à
les reproduire de ses mains.
| Dans une petite
pièce d'environ 8 m², un homme
âgé est penché sur un
lambeau d'étoffe tout fripé,
qu'il examine sur du papier blanc pour mieux
faire ressortir les détails. Il est
entouré de bobines de soie, de flacons
de colorants, de piles de toile de soie écrue,
de soieries fraîchement tissées.
La table, vétuste, est encombrée
de papiers et de manuscrits... Ce bureau est
celui de M. Triêu Van Mao, un tisserand
féru de vieilles soieries, et spécialisé
dans celles de son village natal : Van Phúc
(province de Hà Tây, voisine
de Hanoi). Bien qu'âgé de 70
ans, le vieil homme mène toujours avec
autant d'ardeur un travail qui l'occupe depuis
des décennies : faire renaître
les vieilles soieries afin d'éviter
leur disparition et de perdre des savoir-faire
immémoriaux... |
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M. Mao nous fait découvrir quelques-uns
de ses trésors. Il sort d'un tiroir des
áo dài froissés, tissés
il y a des siècles par des artisans de
Van Phúc, et ornés de motifs magnifiques
: des dragons, le caractère chinois "longévité"
ou les quatre plantes saisonnières typiques
(abricotier, pin, chrysanthème, bambou).
Il montre aussi une vieille gaze découverte
dans la province de Hung Yên (Nord) lors
de la fouille d'un tombeau. "Cette étoffe
vieille de plus de 250 ans est très précieuse
!", s'exclame-t-il. En l'étudiant
en détail (couleur, motifs, type de soie,
méthode de tissage,...), il a réussi
à reproduire cette soierie qui n'était
plus tissée depuis des lustres. Chaque
fois qu'il trouve un modèle de soie originale,
M. Mao l'examine en détail afin d'en percer
les secrets de fabrication. Ensuite, il se met
à l'ouvrage... Mais il ne travaille pas
seul. D'autres villageois, tisserands expérimentés
comme lui, sont prêts à l'aider.
Les uns s'intéressent aux motifs ornementaux,
les autres s'occupent du tissage proprement dit...
Les beaux esprits se
rencontrent...
En 1994, M. Trinh Bách, un villageois de
Van Phúc mais résidant aux États-Unis,
est rentré au pays avec un projet ambitieux
: reconstituer certains costumes royaux de la
dynastie des Nguyên (1802-1945). Et il a
eu la chance de rencontrer M. Triêu Van
Mao... qui poursuivait le même rêve
! Alors les deux hommes ont décidé
de se consacrer ensemble à ce travail de
longue haleine. Six ans ont été
nécessaires pour faire renaître quatre
costumes royaux, qui furent exposés lors
du Festival de Huê 2000 et qui subjuguèrent
bon nombre de festivaliers. Mme Nguyên Thi
Tâm, belle-fille de l'artisan, confie :
"Nous respectons et admirons le travail de
notre père et sa passion pour les anciennes
étoffes. Il ne supporte pas de les voir
disparaître, c'est comme ça ! Lorsque
M. Bách nous a demandé de l'aider,
nous n'avons pas hésité une seconde
! Toute ma famille s'est lancée dans ce
travail ardu, même si nous n'avions absolument
rien à retirer d'un point de vue pécuniaire
!".
Comme tous les tisserands de Van Phúc,
le petit Mao a appris très tôt, vers
7 ou 8 ans, le métier traditionnel. Même
au plus fort de la guerre, alors qu'il combattait
loin de chez lui, l'image de son métier
à tisser ne l'a jamais quitté. Plus
il était confronté aux horreurs
des champs de bataille, plus il rêvait de
son village natal et des cliquetis des métiers
à tisser.
Avant le lancement, en 1986, de la politique de
Renouveau (dôi moi), la fabrication des
soieries connut une période de morosité
du fait du faible pouvoir d'achat de la population
et de l'ancien système économique
peu dynamique. Après la guerre, de retour
au village avec un poste de cadre communal, M.
Mao fut attristé de voir le métier
traditionnel de Van Phúc dans un tel piteux
état. Certains tisserands s'étaient
débarrassés de leurs métiers
à tisser pour se lancer dans un travail
plus lucratif. D'autres avaient même jeté
aux orties des vieilles soieries transmises par
leurs pères ! Résolu à ne
pas laisser la tradition partir à vau-l'eau,
M. Mao se rendit dans chaque foyer afin d'essayer
de sauvegarder ce qui pouvait l'être encore.
Il demanda aux villageois de lui donner n'importe
quel matériel de tissage ou soierie plutôt
que de les jeter. Touchées par ce dynamisme
désintéressé, de nombreuses
personnes l'encouragèrent et l'aidèrent
à collecter d'anciennes étoffes...
qu'il s'empressa d'étudier en vue de les
tisser lui-même.
Un artisan vétilleux...
| M. Mao considère
son travail comme extrêmement méticuleux.
D'abord, il faut déterminer l'épaisseur
de la soie et sélectionner les types
de motifs ornementaux. Il s'agit ensuite de
dessiner ceux-ci sur du papier, puis de prévoir
le nombre de fils de chaîne (en longueur)
et de trame (en largeur). En général,
une pièce de soie à motifs de
flocon de nuage nécessite environ 3.000
fils de chaîne, mais il en faut 8.000
pour chaque pièce de brocart ou de
satin. |
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Non seulement M. Mao se passionne
pour les soieries de son village, mais il s'intéresse
aussi de près aux vêtements des minorités
ethniques. C'est ainsi qu'il a demandé
à l'Institut d'archéologie de l'aider
à rassembler de vieilles étoffes
des ethnies du pays. Récemment, il a réussi
à tisser en lin des motifs ornementaux
de l'ethnie H'mông de Lào Cai (province
montagneuse du Nord).
"En contemplant des soieries, douces et chatoyantes,
peu de gens imaginent l'énergie et la patience
que le tisserand a dû déployer pour
les réaliser ! La vie des vers à
soie est bien courte... Mais les fils qu'ils produisent
donnent naissance à des produits magnifiques
! C'est pourquoi, tant que je serai en bonne santé,
je continuerai à collecter les vieilles
étoffes, avec le souhait de découvrir
et de garder pour la postérité les
techniques ingénieuses de nos aïeuls",
a confié le vieil artisan.
Hông Nga/CVN ( 11/06/04 )
Fiche métier du
Tisserand
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