| «
Elle trotte, elle trotte », Martine
Asselin. De son propre aveu et de celui
de tous ceux et celles qui la voient aller.
Comment pourrait-elle d’ailleurs le
nier ? Le jour même où elle
remporte le Prix d’excellence des
arts et de la culture pour le rayonnement
international, elle est dans un avion, en
vol pour Paris.
|
 |
« Elle trotte, elle
trotte », Martine Asselin. De son propre
aveu et de celui de tous ceux et celles qui la
voient aller. Comment pourrait-elle d’ailleurs
le nier ? Le jour même où elle remporte
le Prix d’excellence des arts et de la culture
pour le rayonnement international, elle est dans
un avion, en vol pour Paris.
Par chance, Vidéo Femmes savait où
la trouver. Puisque le téléphone
abolit les distances, il a donc été
possible de l’interviewer.
« La fille qui change de cheveux souvent,
c’est moi ! » Dans le site Internet
de Kinö Québec (www.kinoqc.com),
c’est la première phrase qui apparaît
sous son nom. Pauline Voisard, productrice à
Vidéo Femmes, qui s’est rendue chercher
le prix à sa place, a cru bon de faire
une mise en garde au sujet des « cheveux
rouges ». Surtout qu’elle est jeune,
Martine Asselin, tout juste 30 ans. Les gens demandent
: « Est-ce que ça fait sérieux
? » Eh bien ! De l’avis de celle qui
la connaît depuis sa première œuvre,
Archéomatique, « elle est d’aplomb
la Martine, c’est une fille superstructurée
». Ce qui ne l’empêche pas d’afficher
ces temps-ci une teinture prune.
Ni de préparer un film sur les amours «
hors norme », qu’elle qualifie elle-même
de projet « disjoncté ».
Voyager, c’est
primordial
Dans le milieu des vidéastes, Martine Asselin
est connue et reconnue. Non sans raison. Sa feuille
de route comprend une quarantaine de réalisations,
depuis ce fameux Archéomatique, conçu
avec Richard Lapointe, alors qu’ils sortaient
tous deux de l’Université Laval.
Cette aventure les aura menés dans une
dizaine de pays (Égypte, Syrie, Espagne,
France, Italie, Autriche, Japon, Nouvelle-Zélande,
États-Unis...). Disposant d’un budget
« ridicule », ils dormaient dans les
campings, dont ils utilisaient les toilettes pour
recharger les piles de leur caméra. Le
film a obtenu, en 2000, une mention honorable
du jury au Festival international de Teleciência
à Vila Real, au Portugal. La même
année, autre mention spéciale au
Canadian International Annual Film & Video
Festival de Colombie-Britannique, pour The Dishes.
À regarder ainsi défiler les provinces
et les pays, on en oublie que Martine Asselin
est une artiste attachée au cœur de
la capitale. Elle habite Saint-Roch, dans le voisinage
du Cinéplex Odéon, après
avoir eu son pied-à-terre dans Saint-Jean-Baptiste.
C’est toutefois à Candiac, en banlieue
sud de la métropole, qu’elle est
née et a grandi. Après le Cégep
Édouard-Montpetit, à Longueuil,
elle s’est inscrite en communication à
l’Université de Montréal.
Et c’est là que son intérêt
pour la vidéo s’est manifesté.
Elle est venue ensuite à Laval compléter
un bac multidisciplinaire, en ajoutant les études
cinématographiques et les arts visuels.
Ses parents, Denis, qui est originaire de Portneuf,
et Monique ont tous deux fait carrière
dans l’enseignement au secondaire, mais
loin des arts. L’un était prof de
chimie, l’autre de physique. Monique Asselin
a un frère de deux ans son cadet. Lui,
c’est l’informatique. Il est programmeur
et sera bientôt papa, ce qui réjouit
la future tante. De plus, il vient de commencer
des cours de peinture. Mais tous ensemble, ce
qu’ils partagent, c’est le goût
des voyages. Ils viennent de passer une semaine
au Mexique. « La trotte... Moi, c’est
primordial dans ma vie. »
Exit la compétition
Dans le texte où elle se présente,
autre trait caractéristique, Martine Asselin
dit que ce qu’elle « aime par-dessus
tout » de Kinö, c’est qu’il
est « non compétitif ». Dans
une société qui apprend à
se battre pour être remarqué, le
fait vaut d’être signalé. Mais
d’abord que signifie Kinö ? Le mot
veut dire « cinéma » en russe.
Il est issu du grec, kinêsis, qui est en
lien avec le mouvement.
Les Kinös sont des regroupements de vidéastes
et cinéastes. Le premier groupe fut créé
à Montréal en 1999. A suivi celui
de Québec en 2001. Martine Asselin est
l’une des fondatrices.
De par le monde, ils sont une trentaine actuellement.
Lorsqu’ils se visitent, notamment à
l’occasion de festivals, ils tiennent des
kabarets. C’est-à-dire qu’en
48 heures, ils doivent réaliser un film.
En Russie, la première fois que Martine
Asselin s’y est rendue, c’est ce qu’elle
a réussi.
« On communiquait à travers l’image.
» L’expérience lui a tellement
plu qu’elle est retournée deux fois.
À Saint-Pétersbourg, l’exil
volontaire a duré huit mois, assez pour
apprendre à se débrouiller en russe,
tout en apprivoisant le Web. Mais jamais de compétition.
Elle préfère parler d’entraide.
Au point que les Batinses, en nomination comme
elle pour le prix du rayonnement international,
l’auraient reçu et ça lui
aurait fait plaisir. « Ils bossent aussi
fort que moi (...). On est tous drivés
par la passion plutôt que par l’argent.
» La devise de Kinö, à ce propos,
est éloquente: « Faites bien avec
rien, faites mieux avec peu, faites-le maintenant.
»
Allons-y. Do it
Martine Asselin n’a pas attendu Kinö
pour la faire sienne. En 1997, lorsqu’elle
a créé sa compagnie, Sens crupule,
c’est l’idée qui l’animait.
« Ce n’est pas se foutre de tout.
C’est allons-y, do it. » C’est
exactement ce qui s’est produit. Lorsqu’on
lui demande d’identifier les films qu’elle
retient comme les plus marquants de sa production,
elle nomme Requiem, très court métrage
réalisé par François Mercier
dans lequel elle donne son point de vue sur la
guerre en Irak. Elle mentionne L’Amour,
qui est « le fruit d’une rencontre
». Cette fois, c’est elle qui réalise,
tandis que le scénario est de Karoline
Georges.
Beaucoup de films sont issus de rencontres, dit-elle.
« C’est ça l’intérêt
de voyager. » C’est encore le cas
de Petite Histoire dans le métro, que son
site Web (senscrupule/metro.html) donne à
visionner. Pour les élèves du secondaire,
Martine Asselin est allée au Togo faire
un film sur la coopération internationale.
Présentement, elle est à mettre
la dernière touche à Un toit, un
droit, une production de Vidéo Femmes,
qui l’a menée en France et en Italie
l’automne dernier.
C’est un film sur le droit au logement tourné
en partie à Montréal et à
Québec. À Paris s’ajoute le
projet sur les amours libres et multiples, dont
le point de départ est Françoise
Simpère, une journaliste qui fait jaser.
L’accompagnent dans ce travail deux membres
de Kinö : Olivier Gilbert, qui est aussi
son amoureux, et Jean-Nicolas Barry, qui vient
de Marseille.
Voilà bien du mouvement, kinêsis.
Ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les
créations de la relève sont invités
à regarder Télé-Québec,
le lundi à 19 h 30 et le mercredi à
22 h 30. La série Vidéaste recherché(e)
est une réalisation de Martine Asselin.
|