| Le
20 septembre, les dépêches
des agences de presse tombent, impitoyables
: les inondations causées par la
tempête tropicale Jeanne ont fait
600 morts à Haïti, dont 500
aux Gonaïves. On compte les sans-abri
par dizaines de milliers.
Trois jours plus tard, des médicaments
d’urgence pour une valeur de plus
de 35 000 $ partent à destination
du pays touché et de sa population
dans le besoin.
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Cette aide inespérée
est l’une des premières à
parvenir à Haïti. L’expéditeur
s’appelle Collaboration santé internationale
(CSI). Cette ONG sans but lucratif, véritable
multinationale de l’aide aux pays en voie
de développement, a son siège social
à Québec.
Dans la semaine qui va suivre, plus de 1600 kilos
de médicaments représentant une
valeur de plus de 100 000 $ vont quitter les entrepôts
du chemin de la Canardière.
La rapidité d’exécution et
la générosité de cette aide
à une population plongée dans une
situation extrême peuvent sembler exemplaires.
Pourtant, pour Collaboration santé internationale,
il s’agit d’un exercice de routine,
pour ainsi dire. La cinquantaine de bénévoles
à Québec font ça depuis plus
de 35 ans et ils n’ont visiblement pas l’intention
de s’arrêter.
Le frère Paul-André Lavoie est directeur
général de Collaboration santé
internationale depuis quatre ans. Ce frère
mariste avait derrière lui près
d’un demi-siècle d’enseignement
et de vie missionnaire dans plusieurs pays d’Afrique
quand, à 70 ans, on lui demande de prendre
la tête de cette organisation qui rejoint
des milliers de gens aux quatre coins du monde.
Le frère Lavoie dit, en entrevue : «
J’ai la chance d’avoir une bonne santé
et j’ai cru que toute l’expérience
acquise comme missionnaire durant toutes ces années
pouvait encore servir. »
À travers la figure de ce frère
Mariste et missionnaire, LE SOLEIL veut rendre
hommage à l’organisme Collaboration
santé internationale et à ses bénévoles
d’ici et d’ailleurs.
De Baie-Saint-Paul à
l’Afrique
Paul-André Lavoie est né le 8 octobre
1929, à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix.
Son père, comme beaucoup de gens de cette
région, était navigateur. Le petit
Paul-André est l’aîné
des garçons dans une famille de huit enfants.
Sa vocation religieuse d’abord et missionnaire
ensuite fut foudroyante. Il en parle aujourd’hui
comme d’un événement tout
naturel, alors que l’expérience est
rien de moins qu’exceptionnelle.
Il raconte : « J’avais 14 ans et,
comme beaucoup d’adolescents, je voyais
l’avenir comme un trou noir. Tout s’est
illuminé pour moi un jour de printemps
alors que j’étais assis sur le bord
du fleuve, près de la rivière du
Gouffre. Sans aucune raison apparente, j’ai
été envahi soudainement par une
grande émotion et j’ai senti très
clairement l’appel de Dieu. Un appel d’une
force irrésistible. Je me suis mis à
pleurer comme un enfant. De bonheur ».
Le jeune homme étudiait déjà
chez les frères Maristes de Baie-Saint-Paul
(l’ancienne Académie Saint-Joseph).
Il admirait cette communauté pour son approche
pédagogique et son engagement missionnaire
dans plusieurs pays. En quittant le fleuve ce
jour-là, sa décision était
prise : il serait frère mariste.
Le frère Lavoie sourit, ému, quand
il repense à la réaction de sa mère.
« C’était une femme aussi aimante
qu’autoritaire, une Maltais de Chicoutimi.
Jusque-là, j’avais été
un enfant, disons, malcommode. Ma mère
m’a dit : « Avant de penser à
devenir frère mariste, tu vas d’abord
commencer par obéir à ta mère.
» Il a fallu que le directeur des maristes
vienne à la maison pour la convaincre que
j’étais sérieux. »
C’est à partir de 1959 qu’il
vivra un engagement missionnaire intense, d’abord
au Congo-Brazzaville, puis au Cameroun et à
Nairobi, au Kenya. Ensuite pendant quatre ans,
jusqu’en l’an 2000, il coordonnera
de Paris des activités d’animation
missionnaire.
Au Cameroun, il fondera le mouvement Jeunesse
du monde, qui favorisera des dizaines de vocations
religieuses et aidera plusieurs jeunes Africains
à se sortir de la misère et à
devenir des leaders dans leur milieu. Le mouvement
essaimera dans d’autres pays africains et
comptera jusqu’à 5000 jeunes.
Sa nomination à la tête de l’organisme
Collaboration santé internationale était
l’aboutissement logique d’une riche
expérience missionnaire au service des
pays en voie de développement, au service
aussi des plus démunis.
Des liens avec 90 pays
L’histoire de CSI commence en 1967 sous
le nom de l’Entraide missionnaire. L’organisme
s’appellera ensuite Assistance médicale
internationale (AMI) avant de prendre le nom,
en 1975, de Collaboration santé internationale
(CSI).
Son fondateur, Célestin Marcotte, est capucin
et curé de la paroisse Saint-Charles de
Limoilou. Les Capucins ont des missionnaires à
Haïti et au Tchad, entre autres missions.
Ils ont désespérément besoin
de médicaments. Ce sera le début
de tout. La première année, le budget
est de moins de 100 000 $. Il provient de communautés
religieuses et de donateurs laïcs de la région
de Québec.
Depuis 1967, CSI a connu une progression fulgurante.
L’organisme est impliqué à
des degrés divers dans plus de 90 pays
répartis sur quatre continents. Présentement,
la valeur des dons effectués est estimée
annuellement à plus de cinq millions de
dollars.
Chaque année, plus de 50 conteneurs de
médicaments, d’équipement
médical, de meubles, de vêtements
et de fournitures scolaires sont expédiés
dans plusieurs pays d’Afrique, d’Amérique
du Sud et à Haïti.
Il y a aussi la méthode des « colis
sous le bras », signale le frère
Lavoie. Des voyageurs bénévoles
de l’organisme profitent de leurs déplacement
dans le monde pour apporter des sacs de médicaments
à des hôpitaux ou à des dispensaires
qui en ont parfois un besoin urgent. Ce fut le
cas, en septembre, aux Gonaïves. Ces «
colis sous le bras » se comptent chaque
année par milliers.
Le directeur général de CSI précise
que chaque demande d’aide et chaque don
est contrôlé et supervisé
sur place par des partenaires de CSI pour que
l’aide parvienne bien aux bonnes personnes.
De plus, une délégation du siège
social de Québec fait régulièrement
des suivis sur le terrain.
Les bénévoles sont la grande force
de CSI. On en compte 210 pour 12 salariés
sur tout le territoire du Québec. L’organisme
s’approvisionne en récupérant
l’équipement et l’aménagement
non utilisé du réseau de la santé.
Il bénéficie du soutien de grandes
compagnies pharmaceutiques, des hôpitaux,
des pharmacies et de plusieurs entreprises et
donateurs privés.
Le frère Lavoie conclut, visiblement optimiste
: « Je voulais relever un nouveau défi
avant de me retirer. Je n’aurais jamais
pensé que ce défi allait être
aussi exaltant. »
Test
de managemment
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