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Isabelle
a d’abord travaillé pendant
13 ans en maison de retraite avant
de devenir, suite à un déménagement
il y a 8 ans, infirmière libérale.
Son expérience en institution
lui a permis
d’acquérir des connaissances
qui lui sont très utiles dans
son activité actuelle. «
En maison de retraite, j’ai
été confrontée
à un grand nombre de maladies.
J’ai appris à être
polyvalente et c’est
une qualité indispensable pour
exercer comme infirmière libérale.
Je dois être capable de pratiquer
tous les soins et de faire face à
toutes sortes de situations. De plus,
en zone rurale, 60% de mes
patients sont des personnes de plus
de 60 ans, donc je connais bien les
pathologies dont elles peuvent souffrir.
» Isabelle suit certains patients
pendant quelques jours, d’autres
pendant
quelques semaines voire beaucoup plus
longtemps. « Ce sont les patients
qui me contactent. J’en suis
certains pendant des années
et d’autres seulement quelques
jours. Je fais en sorte de
m’adapter à chacun. »
Isabelle travaille pour le moment
seule dans son cabinet, mais elle
va sans doute bientôt retrouver
un associé ou un collaborateur.
« Le travail à deux permet
une plus grande disponibilité
auprès des patients et de meilleures
conditions de travail. Par exemple,
pendant les 10 jours où mon
collègue travaillait, je pouvais
être en repos. De la même
manière, nous alternions les
dimanches. La plupart des infirmiers
libéraux travaillent à
plusieurs en association. Des permanences
sont assurées au cabinet. »
Isabelle peut aussi pratiquer des
soins la nuit, mais « c’est
assez rare, même si je fais
en sorte d’être toujours
disponible pour mes patients ».
« Par rapport à mon travail
en maison de retraite, en tant que
libérale je suis complètement
indépendante. C’est à
moi de planifier mon travail. Le nombre
de patients à visiter le matin
et le
soir sont variables, mais plus nombreux
le matin. Je dois donc me «
dépêcher » tout
en prenant le temps nécessaire
pour chacun. J’aime bien dire
que je dois me hâter lentement.
J’essaie d’utiliser
le mieux possible le temps que je
consacre à chaque patient.
Parfois, le soin prend plus de temps
que prévu à cause d’une
veine difficile à piquer ou
d’une personne en difficulté.
Je me montre alors patiente, je m’adapte
au rythme du patient, j’essaie
de comprendre d’où vient
le blocage… Mon travail ne se
limite pas aux soins que je dois pratiquer,
ce sont des outils pour la relation.
Je suis parfois leur seul lien avec
l’extérieur. Je discute,
j’apporte des nouvelles…
Je n’ai pas besoin de me forcer,
ça me vient naturellement car
j’aime le contact avec les gens.
J’aide une dame à faire
le tour de sa table pour la faire
un peu marcher, car ce sera sans doute
le seul exercice qu’elle fera
de la journée. Je vérifie,
en ouvrant le frigo, qu’un monsieur
qui vit seul prend bien ses repas.
Je conseille les patients lorsqu’ils
se posent des questions. J’enlève
la page du calendrier pour que les
personnes suivent les jours de la
semaine. Si je trouve porte close
alors que mon passage est prévu,
j’insiste jusqu’à
ce que j’obtienne une réponse.
Je sonne, je téléphone,
je me renseigne… Je ne veux
prendre aucun risque. J’ai eu
le cas d’une dame qui ne me
répondait pas. Je me suis souvenue
que sa voisine avait ses clés.
C’est en entrant que j’ai
découvert la dame qui avait
chuté et s’était
cassée le col du fémur.
Si j’avais passé mon
chemin, je ne sais pas combien de
temps elle aurait attendu. »
Bien qu’aucune journée
ne se ressemble, Isabelle va tenter
de nous décrire son activité
quotidienne.
« Tout d’abord, c’est
un métier où il est
nécessaire d’être
matinal. Je peux débuter à
6h, mais généralement
il est plutôt 6h30, et je termine
entre 12h et 13h30. Je commence par
intervenir chez les patients qui ont
besoin de soins à jeun (pour
une prise de sang par exemple) ou
de soins particuliers tels qu’une
dialyse. Je m’adapte aux habitudes
de vie et aux souhaits des patients
dans la mesure du possible : certains
préfèrent que je vienne
tôt parce qu’ils ne veulent
ou ne peuvent pas décaler l’heure
de leur petit-déjeuner, d’autres,
au contraire, me demandent de ne pas
venir avant 8-9h, nous explique Isabelle
avec le sourire. J’essaie de
satisfaire tout le monde tout en essayant
de regrouper les interventions géographiquement.
»
Isabelle fait, en effet, beaucoup
de kilomètres chaque jour pour
se rendre au domicile de ses patients.
Elle programme donc, autant que possible,
les interventions pour qu’elles
coïncident
avec un itinéraire logique,
ce qui lui permet de gagner du temps.
« Dans mon métier, les
imprévus sont nombreux : ralentissement
sur la route, visite plus longue que
prévue chez un patient…
Il faut
essayer de respecter un minimum les
horaires ou, au moins, avoir la courtoisie
de prévenir de son retard.
Je trouve que c’est la moindre
des choses de faire preuve de respect
envers ses patients. »
Isabelle fait aussi quelques toilettes,
même si ce soin est maintenant
de plus en plus délégué
aux aides-soignantes ou aux auxiliaires
de vie sociale. « J’en
fais de moins en moins, reconnaît
Isabelle. Je continue d’aller
chez les personnes que je suis depuis
longtemps et qui sont habituées
à moi. La toilette me permet
de surveiller l’état
de santé du patient. »
En cas d’urgence (un patient
sortant de l’hôpital qui
a besoin d’une toilette mais
pour qui les démarches administratives
pour avoir une aide n’ont pas
encore abouti), Isabelle peut être
sollicitée. « L’essentiel
c’est que la personne ne soit
pas démunie et que quelqu’un
puisse lui faire son soin. »
« Dans le reste de la matinée,
je fais beaucoup de prises de sang,
des injections… Je peux retourner
dans une même journée
plusieurs fois chez le même
patient. C’est le cas pour
quelqu’un qui a besoin d’une
injection vers 9h et d’une autre
vers 18h. Cela peut aussi être
3 à 4 fois par jour si le traitement
l’exige. Je fais aussi tout
type de pansement : soins d’escarres,
pansement pour le canal carpien, pansement
lié à une prothèse…
Les personnes âgées sont
souvent victimes, à la suite
de chutes, d’une régression
psychomotrice. Elles ont peur de retomber.
Il faut tout de suite intervenir pour
les remettre en confiance. Je les
rassure, les encourage…»
Pour certains patients, Isabelle prépare
les médicaments de la semaine
et vérifie qu’ils sont
bien pris. Elle peut même aller
à la pharmacie les chercher
lorsque le patient ne le peut pas
luimême.
« Avec les médicaments
on touche vraiment à la santé
du patient. Il faut être vigilant
et connaître ce que l’on
donne. Il faut être capable
de se rendre compte si un traitement
est inefficace et prévenir
le médecin.
J’ai eu le cas d’une
dame qui a fait une réaction
allergique à une pommade. Dès
que je m’en suis rendue compte,
j’ai arrêté le
traitement sans attendre le médecin.
Il en allait de la santé
de la patiente. Je dois me montrer
encore plus autonome qu’en institution
et prendre des décisions seules.
Il faut veiller à ce que les
médicaments soient bien pris
et aux bons moments. Là aussi,
je peux revenir plusieurs fois dans
la journée. »
Ce n’est pas parce qu’elle
est libérale qu’Isabelle
ne bénéficie d’aucun
matériel ou équipement
médical. « Je peux tout
faire à domicile, par exemple
: une dialyse péritonéale,
des soins intraveineux, des injections
de cortisone, une perfusion pour une
personne qui souffre de sclérose
en plaque… Je dois savoir tout
faire, et lorsque je ne sais pas je
me documente ou je sollicite une aide
extérieure. Par exemple, pour
certains équipements comme
les pompes des systèmes de
perfusion, j’ai parfois recours
à une assistance téléphonique.
Le patient peut bénéficier
de matériel adapté :
lit médicalisé, fauteuil,
lèvemalade… Mais, contrairement
à la maison de retraite, rien
ne
lui est imposé, c’est
à lui et à sa famille
de décider, ce qui ne facilite
pas toujours le travail des intervenants
à domicile. Un de mes patients
refuse d’avoir un lit médicalisé,
pourtant ce serait
mieux pour lui et pour les personnes
qui l’aident. Mais il a l’impression
que c’est une contrainte et
je ne peux pas le convaincre du contraire.
» Isabelle tient toujours compte
des souhaits de ses patients, elle
leur impose le moins possible. Elle
doit faire preuve d’un grand
sens de la diplomatie pour essayer
d’aborder certains sujets. «
Lorsque je rentre chez quelqu’un,
je fais abstraction de ce qui m’entoure
: le ménage, la décoration,
les habitudes de vie… Je ne
fais que des remarques concentrées
sur la personne. C’est très
difficile, voire impossible, de changer
une vieille habitude. Je suis allée
chez une dame pour faire un pansement,
ses pieds étaient très
sales, je les ai lavés comme
j’ai pu à l’eau
froide parce qu’elle n’avait
plus d’eau chaude. Je ne suis
pas là pour la juger. Cette
dame n’aurait pas compris, elle
avait l’habitude de vivre comme
ça. J’ai juste un peu
orienté ma conversation de
manière à essayer de
l’encourager à avoir
de l’eau chaude. »
Même si elle est moins confrontée
à la mort que lorsqu’elle
exerçait en institution, Isabelle
fait toujours des accompagnements
de fin de vie. La plupart des personnes
âgées partent en maison
de retraite ou à l’hôpital
lorsque leur santé décline
trop. Mais, parfois, à leur
demande ou à celle de
leur famille, elles décident
de rester chez elles. C’est
très dur : il faut veiller
au bien-être du patient, soutenir
la famille… « Je ressens
bien sûr des émotions,
mais je garde mes distances pour me
préserver. C’est beaucoup
plus difficile pour la famille qu’il
faut soutenir psychologiquement. Ils
veulent que je leur donne un délai,
que je leur dise quand le décès
va survenir. J’essaie d’être
la plus disponible et la plus à
l’écoute possible pendant
que je pratique les soins. Je dois
faire en sorte d’être
toujours d’humeur égale,
avoir le sourire et laisser mes problèmes
chez moi. »
Isabelle consacre une partie de son
après-midi aux tâches
administratives : préparer
le planning du lendemain, rentrer
les ordonnances, rédiger les
factures, faire les envois aux caisses
et mutuelles, gérer ses comptes
et son stock, faire les télétransmissions…
« Le statut d’infirmier
libéral exige d’être
très organisé. Il ne
faut pas se laisser submerger par
les papiers, c’est pourquoi
je fais tout au fur et à mesure.
» Isabelle utilise beaucoup
l’informatique et des logiciels
spécifiques. « Déjà
en institution, le travail administratif
était important, mais ce n’était
pas la même chose. Je n’ai
plus à gérer le personnel,
à préparer le planning
de toute une équipe. Je n’ai
plus le rôle de « surveillante
» que je n’aimais pas
trop. Dans mon cabinet, je me gère
seule. »
Malgré les apparences, Isabelle
travaille en équipe : son collaborateur,
les autres infirmiers libéraux
du secteur, toutes les personnes intervenant
au domicile des patients (médecins,
aides-soignants, auxiliaires de vie
sociale…) et la famille. «
Je fais le lien avec mes collègues
par téléphone ou par
écrit. Avec le collègue
de mon cabinet, je discute des traitements
des patients, de l’évolution
de l’état de santé…
Tout pour que le relais se passe bien.
Je peux aussi lui transmettre des
informations pratiques notamment pour
trouver la maison du patient lorsque
c’est compliqué.
Après mes interventions, je
mets à jour le cahier de liaison
commun à toutes les personnes
intervenant auprès du patient.
»
A partir de 17-18h, Isabelle reprend
sa voiture pour rendre visite à
des patients. « Je termine au
plus tard à 20h30. Je vois
moins de personnes que le matin. »
Lorsque nous lui faisons remarquer
qu’elle passe beaucoup de temps
sur la route, Isabelle nous répond
en souriant : « C’est
vrai, ma voiture est mon bureau. J’ai
tout à l’intérieur,
mon matériel, mes prescriptions…
J’ai de quoi faire face aux
urgences à mon niveau avant
l’arrivée des secours
médicaux, qu’il s’agisse
d’un malaise d’un patient
ou d’un accident de la route
! »
Isabelle est passionnée par
son travail et cela se voit. Ses 8
années de travail en libéral
ne semblent pas avoir entamées
son enthousiasme. « Bien sûr,
il existe aussi des inconvénients.
Je fais beaucoup trop de voiture à
mon goût et je suis sur la route
par tous les temps. Le travail
administratif n’est pas non
plus ce que je préfère,
mais c’est obligatoire. Ce métier
est exigeant, il faut être solide,
en bonne santé, patient, diplomate,
mais aussi faire preuve de fermeté
parfois et être disponible.
Mais tout cela n’est rien à
côté de ce que m’apporte
ce métier. J’ai la chance
de participer au bien-être des
gens, de les aider, d’être
humaine… J’aime beaucoup
l’aspect relationnel du métier.
»
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