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  Interview d'une Infirmière libérale ( 2 interviews)

Interview d'une Infirmière libérale vu par L4m


Claudine BECKAERT (48 ans )
Infirmière libérale


> Quelles études avez- vous suivies ?

- Pour devenir infirmière il faut un bac et trois années d’étude en école d’infirmières. Personnellement je me suis formée à l’école d’Armentières. Maintenant, il faut avoir exercé 3 ans dans le milieu hospitalier pour se mettre à son compte.

> D’ou vient votre vocation ?
- Depuis toute petite, j’avais envie de devenir infirmière. A 10 ans, j’ai lu un livre du genre de ceux de la collection « bibliothèque rose » dans lequel l’héroïne était infirmière. Le fait de soulager les patients, le travail d’écoute… Tout ça m’a beaucoup touché.

> Pourquoi avoir choisi le libéral ?
- Le travail répétitif du milieu hospitalier ne me convenait pas et je suis plus indépendante en travaillant à mon compte.

> Quels sont les inconvénients de ce métier ?
- Il n’y a pas d’horaire, je vais voir les patients selon les prescriptions du médecin. Une piqûre peut avoir lieu à 7 h du matin comme à 20 h. Il faut donc être très disponible car il est facile de perdre de la clientèle. La comptabilité, « la paperasserie », sont aussi une grande charge de travail, enfin, il n’y a pas de congés payés ni d’arrêt maladie (pris en compte après le 90e jours d’arrêt ) sauf si on possède une assurance personnelle.

> Les avantages ?
- Le travail est varié, il y a beaucoup de contacts avec les patients, en général je suis les familles, je vois donc grandir les enfants, je les côtoie dans leur environnement. Je suis mon propre chef, je n’ai pas de patron !

> Quelles sont vos activités ?

- Tout dépend de la pathologie traitée, je fais des piqûres, des prises de sang, des pansements, des dialyses, soigne les chimiothérapies, pose des sondes, je lave.. Comme vous pouvez le constater, c’est les activités sont très variées.

> Comment une infirmière libérale se constitue-t-elle une clientèle ?
- Par rachat de la clientèle d’un médecin. Il s’agit d’une base car les patients peuvent choisir une autre infirmière. Après c’est le bouche à oreille qui fonctionne.
Le prix de la clientèle varie avec le chiffre d’affaires des 3 dernières années du médecin.

> Pensez-vous qu’il est plus facile d’exercer dans le milieu rural ou semi-rural plutôt qu’en ville ?
- Vu le manque d’effectif actuel, je dirais qu’il est facile de s’installer partout, de plus, il y a peu d’infirmières libérales.

> Quel type de clientèle possédez- vous ?
- Il y a tout type d’âges, de milieux et de problèmes de santé. La seule différence réside dans le secteur, en ville les patients attachent moins d’attention à la personne qui les soigne.
En campagne les patients vous offrent volontiers, le café, du gâteau et discutent avec vous.

> Avez-vous un cabinet médical ?
- Cela fait 20 ans que je travaille. Aujourd’hui, pour exercer en libéral, il est obligatoire d’avoir un local pour accueillir le patient. Je le loue dans un cabinet de médecin mais les consultations au cabinet sont rares, une infirmière libérale se déplace chez le patient en voiture.

> Où vous déplacez- vous ?
- Le cabinet se situe à Estaires, je me déplace donc en ville et dans toutes les petites villes voisines .Le week-end j’effectue environ 120 kilomètres.

> A quel âge partirez-vous en retraite ?
- L’âge de la retraite est fixé à 65 ans.

> Combien gagnez-vous environ ?

- La sécurité sociale possède des quotas, un déplacement vaut 2 euros, une piqûre 2 euros 90.
Le salaire dépend de la journée. En revanche, nous devons cotiser à la sécurité sociale ainsi que pour la retraite.

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Interview d'une Infirmière liberale vu par Mip-louhans

Isabelle a d’abord travaillé pendant 13 ans en maison de retraite avant de devenir, suite à un déménagement il y a 8 ans, infirmière libérale. Son expérience en institution lui a permis
d’acquérir des connaissances qui lui sont très utiles dans son activité actuelle. « En maison de retraite, j’ai été confrontée à un grand nombre de maladies. J’ai appris à être polyvalente et c’est
une qualité indispensable pour exercer comme infirmière libérale. Je dois être capable de pratiquer tous les soins et de faire face à toutes sortes de situations. De plus, en zone rurale, 60% de mes
patients sont des personnes de plus de 60 ans, donc je connais bien les pathologies dont elles peuvent souffrir. » Isabelle suit certains patients pendant quelques jours, d’autres pendant
quelques semaines voire beaucoup plus longtemps. « Ce sont les patients qui me contactent. J’en suis certains pendant des années et d’autres seulement quelques jours. Je fais en sorte de
m’adapter à chacun. »

Isabelle travaille pour le moment seule dans son cabinet, mais elle va sans doute bientôt retrouver un associé ou un collaborateur. « Le travail à deux permet une plus grande disponibilité auprès des patients et de meilleures conditions de travail. Par exemple, pendant les 10 jours où mon collègue travaillait, je pouvais être en repos. De la même manière, nous alternions les dimanches. La plupart des infirmiers libéraux travaillent à plusieurs en association. Des permanences sont assurées au cabinet. » Isabelle peut aussi pratiquer des soins la nuit, mais « c’est assez rare, même si je fais en sorte d’être toujours disponible pour mes patients ».

« Par rapport à mon travail en maison de retraite, en tant que libérale je suis complètement indépendante. C’est à moi de planifier mon travail. Le nombre de patients à visiter le matin et le
soir sont variables, mais plus nombreux le matin. Je dois donc me « dépêcher » tout en prenant le temps nécessaire pour chacun. J’aime bien dire que je dois me hâter lentement. J’essaie d’utiliser
le mieux possible le temps que je consacre à chaque patient. Parfois, le soin prend plus de temps que prévu à cause d’une veine difficile à piquer ou d’une personne en difficulté. Je me montre alors patiente, je m’adapte au rythme du patient, j’essaie de comprendre d’où vient le blocage… Mon travail ne se limite pas aux soins que je dois pratiquer, ce sont des outils pour la relation. Je suis parfois leur seul lien avec l’extérieur. Je discute, j’apporte des nouvelles… Je n’ai pas besoin de me forcer, ça me vient naturellement car j’aime le contact avec les gens. J’aide une dame à faire le tour de sa table pour la faire un peu marcher, car ce sera sans doute le seul exercice qu’elle fera de la journée. Je vérifie, en ouvrant le frigo, qu’un monsieur qui vit seul prend bien ses repas. Je conseille les patients lorsqu’ils se posent des questions. J’enlève la page du calendrier pour que les personnes suivent les jours de la semaine. Si je trouve porte close alors que mon passage est prévu, j’insiste jusqu’à ce que j’obtienne une réponse. Je sonne, je téléphone, je me renseigne… Je ne veux prendre aucun risque. J’ai eu le cas d’une dame qui ne me répondait pas. Je me suis souvenue que sa voisine avait ses clés. C’est en entrant que j’ai découvert la dame qui avait chuté et s’était cassée le col du fémur. Si j’avais passé mon chemin, je ne sais pas combien de temps elle aurait attendu. »

Bien qu’aucune journée ne se ressemble, Isabelle va tenter de nous décrire son activité quotidienne.

« Tout d’abord, c’est un métier où il est nécessaire d’être matinal. Je peux débuter à 6h, mais généralement il est plutôt 6h30, et je termine entre 12h et 13h30. Je commence par intervenir chez les patients qui ont besoin de soins à jeun (pour une prise de sang par exemple) ou de soins particuliers tels qu’une dialyse. Je m’adapte aux habitudes de vie et aux souhaits des patients dans la mesure du possible : certains préfèrent que je vienne tôt parce qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas décaler l’heure de leur petit-déjeuner, d’autres, au contraire, me demandent de ne pas venir avant 8-9h, nous explique Isabelle avec le sourire. J’essaie de satisfaire tout le monde tout en essayant de regrouper les interventions géographiquement. »

Isabelle fait, en effet, beaucoup de kilomètres chaque jour pour se rendre au domicile de ses patients. Elle programme donc, autant que possible, les interventions pour qu’elles coïncident
avec un itinéraire logique, ce qui lui permet de gagner du temps. « Dans mon métier, les imprévus sont nombreux : ralentissement sur la route, visite plus longue que prévue chez un patient… Il faut
essayer de respecter un minimum les horaires ou, au moins, avoir la courtoisie de prévenir de son retard. Je trouve que c’est la moindre des choses de faire preuve de respect envers ses patients. »

Isabelle fait aussi quelques toilettes, même si ce soin est maintenant de plus en plus délégué aux aides-soignantes ou aux auxiliaires de vie sociale. « J’en fais de moins en moins, reconnaît Isabelle. Je continue d’aller chez les personnes que je suis depuis longtemps et qui sont habituées à moi. La toilette me permet de surveiller l’état de santé du patient. » En cas d’urgence (un patient sortant de l’hôpital qui a besoin d’une toilette mais pour qui les démarches administratives pour avoir une aide n’ont pas encore abouti), Isabelle peut être sollicitée. « L’essentiel c’est que la personne ne soit pas démunie et que quelqu’un puisse lui faire son soin. »

« Dans le reste de la matinée, je fais beaucoup de prises de sang, des injections… Je peux retourner dans une même journée plusieurs fois chez le même patient. C’est le cas pour
quelqu’un qui a besoin d’une injection vers 9h et d’une autre vers 18h. Cela peut aussi être 3 à 4 fois par jour si le traitement l’exige. Je fais aussi tout type de pansement : soins d’escarres, pansement pour le canal carpien, pansement lié à une prothèse… Les personnes âgées sont souvent victimes, à la suite de chutes, d’une régression psychomotrice. Elles ont peur de retomber. Il faut tout de suite intervenir pour les remettre en confiance. Je les rassure, les encourage…»

Pour certains patients, Isabelle prépare les médicaments de la semaine et vérifie qu’ils sont bien pris. Elle peut même aller à la pharmacie les chercher lorsque le patient ne le peut pas luimême.
« Avec les médicaments on touche vraiment à la santé du patient. Il faut être vigilant et connaître ce que l’on donne. Il faut être capable de se rendre compte si un traitement est inefficace et prévenir le médecin.

J’ai eu le cas d’une dame qui a fait une réaction allergique à une pommade. Dès que je m’en suis rendue compte, j’ai arrêté le traitement sans attendre le médecin. Il en allait de la santé
de la patiente. Je dois me montrer encore plus autonome qu’en institution et prendre des décisions seules. Il faut veiller à ce que les médicaments soient bien pris et aux bons moments. Là aussi, je peux revenir plusieurs fois dans la journée. »

Ce n’est pas parce qu’elle est libérale qu’Isabelle ne bénéficie d’aucun matériel ou équipement médical. « Je peux tout faire à domicile, par exemple : une dialyse péritonéale, des soins intraveineux, des injections de cortisone, une perfusion pour une personne qui souffre de sclérose en plaque… Je dois savoir tout faire, et lorsque je ne sais pas je me documente ou je sollicite une aide extérieure. Par exemple, pour certains équipements comme les pompes des systèmes de perfusion, j’ai parfois recours à une assistance téléphonique. Le patient peut bénéficier de matériel adapté : lit médicalisé, fauteuil, lèvemalade… Mais, contrairement à la maison de retraite, rien ne
lui est imposé, c’est à lui et à sa famille de décider, ce qui ne facilite pas toujours le travail des intervenants à domicile. Un de mes patients refuse d’avoir un lit médicalisé, pourtant ce serait
mieux pour lui et pour les personnes qui l’aident. Mais il a l’impression que c’est une contrainte et je ne peux pas le convaincre du contraire. » Isabelle tient toujours compte des souhaits de ses patients, elle leur impose le moins possible. Elle doit faire preuve d’un grand sens de la diplomatie pour essayer d’aborder certains sujets. « Lorsque je rentre chez quelqu’un, je fais abstraction de ce qui m’entoure : le ménage, la décoration, les habitudes de vie… Je ne fais que des remarques concentrées sur la personne. C’est très difficile, voire impossible, de changer une vieille habitude. Je suis allée chez une dame pour faire un pansement, ses pieds étaient très sales, je les ai lavés comme j’ai pu à l’eau froide parce qu’elle n’avait plus d’eau chaude. Je ne suis pas là pour la juger. Cette dame n’aurait pas compris, elle avait l’habitude de vivre comme ça. J’ai juste un peu orienté ma conversation de manière à essayer de l’encourager à avoir de l’eau chaude. »

Même si elle est moins confrontée à la mort que lorsqu’elle exerçait en institution, Isabelle fait toujours des accompagnements de fin de vie. La plupart des personnes âgées partent en maison de retraite ou à l’hôpital lorsque leur santé décline trop. Mais, parfois, à leur demande ou à celle de
leur famille, elles décident de rester chez elles. C’est très dur : il faut veiller au bien-être du patient, soutenir la famille… « Je ressens bien sûr des émotions, mais je garde mes distances pour me préserver. C’est beaucoup plus difficile pour la famille qu’il faut soutenir psychologiquement. Ils veulent que je leur donne un délai, que je leur dise quand le décès va survenir. J’essaie d’être la plus disponible et la plus à l’écoute possible pendant que je pratique les soins. Je dois faire en sorte d’être toujours d’humeur égale, avoir le sourire et laisser mes problèmes chez moi. »

Isabelle consacre une partie de son après-midi aux tâches administratives : préparer le planning du lendemain, rentrer les ordonnances, rédiger les factures, faire les envois aux caisses et mutuelles, gérer ses comptes et son stock, faire les télétransmissions… « Le statut d’infirmier libéral exige d’être très organisé. Il ne faut pas se laisser submerger par les papiers, c’est pourquoi je fais tout au fur et à mesure. » Isabelle utilise beaucoup l’informatique et des logiciels spécifiques. « Déjà en institution, le travail administratif était important, mais ce n’était pas la même chose. Je n’ai plus à gérer le personnel, à préparer le planning de toute une équipe. Je n’ai plus le rôle de « surveillante » que je n’aimais pas trop. Dans mon cabinet, je me gère seule. »

Malgré les apparences, Isabelle travaille en équipe : son collaborateur, les autres infirmiers libéraux du secteur, toutes les personnes intervenant au domicile des patients (médecins, aides-soignants, auxiliaires de vie sociale…) et la famille. « Je fais le lien avec mes collègues par téléphone ou par écrit. Avec le collègue de mon cabinet, je discute des traitements des patients, de l’évolution de l’état de santé… Tout pour que le relais se passe bien. Je peux aussi lui transmettre des informations pratiques notamment pour trouver la maison du patient lorsque c’est compliqué.
Après mes interventions, je mets à jour le cahier de liaison commun à toutes les personnes intervenant auprès du patient. »

A partir de 17-18h, Isabelle reprend sa voiture pour rendre visite à des patients. « Je termine au plus tard à 20h30. Je vois moins de personnes que le matin. »
Lorsque nous lui faisons remarquer qu’elle passe beaucoup de temps sur la route, Isabelle nous répond en souriant : « C’est vrai, ma voiture est mon bureau. J’ai tout à l’intérieur, mon matériel, mes prescriptions… J’ai de quoi faire face aux urgences à mon niveau avant l’arrivée des secours médicaux, qu’il s’agisse d’un malaise d’un patient ou d’un accident de la route ! »

Isabelle est passionnée par son travail et cela se voit. Ses 8 années de travail en libéral ne semblent pas avoir entamées son enthousiasme. « Bien sûr, il existe aussi des inconvénients. Je fais beaucoup trop de voiture à mon goût et je suis sur la route par tous les temps. Le travail
administratif n’est pas non plus ce que je préfère, mais c’est obligatoire. Ce métier est exigeant, il faut être solide, en bonne santé, patient, diplomate, mais aussi faire preuve de fermeté parfois et être disponible. Mais tout cela n’est rien à côté de ce que m’apporte ce métier. J’ai la chance
de participer au bien-être des gens, de les aider, d’être humaine… J’aime beaucoup l’aspect relationnel du métier. »



 




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