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Mme
Fichet, aide-soignante à l'Hôpital
local de Louhans dans un service de
long séjour
Trois équipes se relayent auprès
des patients : celle du matin et du
soir qui alternent régulièrement
et celle de la nuit qui, elle, est
toujours la même.
Journée de travail en
poste de matin dans le service de
long séjour de l'Hôpital
local de Louhans
6h à
6h15 : Arrivée des trois aides-soignantes
(AS) qui prennent la relève
de l'équipe de nuit. "Ensemble,
nous faisons le point sur la nuit
passée en passant en revue
chaque patient : ceux qui ont mal
dormi, ceux qui ont été
agités, malades, eu de la température,
sont tombés
La communication
est importante pour un meilleur suivi
des patients."
6h15 à 6h20 : Les AS vont à
l'office vérifier que le lait
et l'eau pour le petit déjeuner
sont bien en train de chauffer.
6h20 à 7h30 : C'est l'heure
des toilettes qui s'effectuent en
majorité avant le petit-déjeuner.
L'infirmière se charge de la
toilette des patients qui ont un pansement.
Les AS préparent le chariot
pour les toilettes. Elles se répartissent
ensuite les chambres en faisant un
roulement régulier. Elles décident
aussi quels patients iront au bain
en suivant un roulement. "A l'intérieur
de l'équipe, nous sommes autonomes.
Nous discutons entre nous pour nous
répartir les tâches,
alterner de services ou de patients
qui sont parfois difficiles. Le travail
en équipe est primordial, il
nous permet de faire face aux problèmes
du quotidien et aux situations difficiles."
Les AS se réfèrent à
la fiche du patient qui liste les
éléments indispensables
à connaître : type de
toilette, type de change
Après
avoir salué le patient, elles
font sa toilette. Il peut s'agir d'une
grande toilette (toilette intime,
toilette du visage, rasage pour les
hommes, toilette du buste et du dos,
soin de bouche, nettoyage des appareils
dentaires) ou d'une petite toilette
(toilette du dos et toilette intime
selon l'autonomie des personnes).
Elles mettent en pratique des techniques
acquises lors de leur formation pour
manipuler le patient le plus délicatement
possible tout en respectant son intimité.
"Nous faisons en sorte de respecter
la pudeur du patient. Il n'est jamais
nu, seule la partie de son corps à
laver est découverte. Nous
faisons aussi attention à ce
qu'il ne prenne pas froid. Nous sommes
très proches des patients car
c'est nous qui les côtoyons
le plus. Nous sommes les premières
à nous rendre compte s'ils
ont des problèmes physiques
(montée de fièvre, douleur
plus intense, souffrance morale, tristesse,
pleurs...)."
Les AS massent également les
talons et le siège avec un
produit spécifique pour éviter
la formation d'escarres.
Les patients sont ensuite habillés
avec leurs propres vêtements,
levés et mis sur une chaise
dite "garde-robe" (c'est-à-dire
un pot). Les AS surveillent les selles
et notent les problèmes éventuels.
"La toilette nécessite
beaucoup de manutention : nous soulevons
les patients, les levons, les déplaçons
Nous avons des appareils (lève-malade,
verticalisateur
) pour nous aider
mais ils sont parfois compliqués
à utiliser dans les chambres
à deux lits par manque de place.
Grâce aux techniques que nous
avons apprises, nous connaissons les
gestes pour ne pas nous faire mal,
mais un accident peut toujours arriver."
7h30 à 8h : Fin des toilettes.
Les AS repassent auprès des
patients lavés. Elles les enlèvent
de la chaise-pot et les emmènent
au réfectoire en fauteuil mobile.
La plupart des patients resteront
dans la salle à manger toute
la matinée. "Pour débuter
dans le métier, il ne faut
surtout pas avoir de problème
de dos ! Etre aide-soignant exige
une bonne résistance physique
: outre les patients que nous aidons
à se déplacer, nous
devons pousser les fauteuils et les
chariots qui sont lourds."
8h à 8h30 : Une des AS rejoint
l'ASH dans le réfectoire pour
l'aider. "Pendant ce temps, les
autres AS préparent les plateaux
repas qu'elles emmènent dans
les chambres en commençant
par celles des patients les plus autonomes.
Nous aidons physiquement certains
patients à boire et à
manger. Nous essayons de les stimuler
et les encourager à tenir leurs
couverts. Nous voulons les aider à
conserver un peu de leur autonomie."
Les AS consultent la fiche du patient
pour connaître son régime
alimentaire : bouillie, café
au lait ou encore eau gélifiée
(pour les personnes qui ont des problèmes
de déglutition et qui risquent
de s'étouffer).
Après le déjeuner, elles
repassent dans toutes les chambres,
ramassent les plateaux et contrôlent
que les personnes autonomes ont bien
pris leur repas. Les médicaments
sont préparés et, normalement,
distribués par une infirmière.
Si celle-ci n'est pas dans le service,
les AS se chargent de la distribution.
"Avant de donner les médicaments,
nous faisons un dernier contrôle
en comparant ce que nous donnons et
ce qui est marqué dans le dossier
du patient."
8h30 à 9h : Une AS passe avec
un chariot dans les chambres et remplace
les verres de la veille. En même
temps, elle nettoie avec des lingettes
spécifiques les différentes
tables de la chambre (table adaptable,
de chevet
). Elle enlève
aussi les détritus (papiers,
emballages
). Pendant ce temps,
les autres AS font les lits vides
et changent ce qui est sale. Elles
remettent certains patients sur les
chaises-pot.
9h à 9h20 : Pause
9h20 à 11h30 : Répartition
des dernières tâches
à faire : toilettes, bains
et réfection des lits. Chaque
AS prend en charge à tour de
rôle un patient qui va au bain
ou à la douche (elle peut aussi
utiliser un lit douche). Elle le lave,
lui coupe les ongles, lui lave les
cheveux. "Dans notre établissement,
nous avons une AS qui bénéficie
d'un aménagement de poste pour
l'esthétique. Lorsqu'elle est
disponible, c'est elle qui coiffe
et fait les mises en plis après
le bain."
La salle de bain est désinfectée
à chaque passage. "Nous
insistons beaucoup sur l'hygiène
: nous nous lavons les mains et les
avant-bras entre chaque toilette avec
un savon spécial installé
dans chaque chambre. Nous prenons
encore plus de précautions
lorsque nous avons des patients en
isolement (personnes contagieuses).
Tous les effets personnels sont mis
directement dans des sacs spéciaux
de couleur rouge." Les chambres
des patients qui sont allés
au bain sont complètement nettoyées
: armoires à l'extérieur
et l'intérieur, table de nuit,
chaises, fauteuil, lit, lampes au
dessus des lits
11h30 à 11h45 : Les AS transmettent
leurs observations par écrit
dans les dossiers des patients. Elles
nettoient, rangent le matériel,
rechargent leur chariot.
11h45 à 12h30 : Les AS installent
les patients dans la salle à
manger. L'infirmière ou, en
cas d'absence, l'AS distribue les
repas. Certains patients sont soumis
à un régime alimentaire
particulier notamment pour les personnes
diabétiques. "Des plateaux
sont apportés dans les chambres
aux quelques patients trop malades
pour se déplacer, mais nous
en avons assez peu. Emmener les patients
hors de leur lit leur permet de conserver
un peu de leur autonomie et les empêche
de se laisser aller."
12h30 à 13h : Les AS ramènent
les patients dans leur chambre, les
mettent sur la chaise-pot et installent
dans leurs chambres ceux qui souhaitent
faire une sieste. Elles vérifient
aussi les changes et les remplacent
si nécessaire. "Si besoin,
quand nous remplaçons un change,
nous refaisons une toilette intime".
Dans le réfectoire, elles aident
l'ASH à nettoyer les tables,
balayer et laver les sols.
13h à 13h30 : Transmission
des informations à l'équipe
du soir.
Journée de travail en poste
du soir dans le service de long séjour
de l'Hôpital local de Louhans
13h à 13h30 : Arrivée
des deux aides-soignantes en poste
pour le reste de la journée.
L'équipe de matin transmet
ses observations en passant tous les
patients en revue.
13h30 à 14h : Les AS passent
dans les chambres pour saluer les
personnes âgées. Elles
les enlèvent de la chaise-pot,
contrôlent que tout va bien
et servent de l'eau. Certains patients
sont ramenés au réfectoire.
14h à 14h45 : "Une AS
ou une ASH reste au réfectoire
avec les quelques patients qui y ont
été ramenés.
Elle lit les nouvelles du journal
et fait le pliage des lingettes propres
avec eux pour maintenir leur dextérité
et leur donner le sentiment d'être
utile". Pendant ce temps, l'autre
AS range le linge propre revenu de
la blanchisserie (elle le trie et
le distribue).
14h45 à 15h30 : Les AS se rendent
dans les chambres et dans le réfectoire
avec un chariot de boissons. "C'est
l'occasion d'échanger quelques
mots avec les patients ou leurs visiteurs.
Nous répondons aussi aux questions
des familles."
15h30 à 16h30 : Les AS passent
dans les chambres lever les personnes
qui faisaient la sieste. Elles contrôlent
les changes. Elles défont les
lits et les préparent pour
la nuit. Environ 1/3 des patients
sont mis, à leur demande, en
pyjama et couchés.
16h30 à 17h30 : Après
une petite pause d'une dizaine de
minutes, elles transmettent leurs
observations par écrit. Elles
préparent aussi la feuille
des selles pour le lendemain. "La
surveillance des selles est très
importante car elle nous permet de
détecter les risques d'occlusion
intestinale. Nous devons être
très rigoureuses dans nos relevés
sous peine de conséquences
graves pour le patient."
17h30 à 18h : Les AS préparent
le réfectoire et les plateaux
repas à distribuer (beaucoup
plus nombreux le soir). Elles ramènent
dans la salle à manger les
patients qui ne sont pas couchés.
18h à 18h30 : Distribution
des repas et des médicaments.
Elles aident les patients à
manger et vérifient qu'ils
prennent leurs médicaments.
18h30 à 19h45 : Elles ramènent
les patients dans les chambres. Elles
les mettent aux toilettes si besoin,
les déshabillent et les mettent
en pyjamas. "Nous les couchons
et mettons des barrières de
sécurité au lit si nécessaire
pour qu'ils ne tombent pas pendant
la nuit. Une chute chez les personnes
âgées peut être
grave, ils peuvent par exemple se
casser le fémur".
19h45 à 20h : Rangement du
matériel et surveillance. Tout
le long de la journée, les
AS répondent aussi au téléphone
et aux sonnettes.
20h à 20h30 : Arrivée
de l'équipe de nuit (qui fait
20h15 à 6h15) et transmission
des informations.
La mort et la souffrance font partie
du métier surtout dans les
services de long séjour. "Lorsqu'une
personne du service décède,
nous prévenons le médecin
qui constate le décès.
Sauf contre ordre, nous faisons (à
plusieurs souvent) la toilette mortuaire
et habillons la personne âgée.
C'est pour nous un moment important.
C'est une manière de lui rendre
hommage. En long séjour, les
patients restent chez nous jusqu'à
leur décès. Ils sont
dans le service parfois plusieurs
années et nous leur sommes
très attachées. Nous
faisons de l'accompagnement de fin
de vie. Après le décès,
le lit reste inoccupé pendant
quelques jours pour nous aider à
faire notre deuil. Nous accueillons
également la famille. L'équipe
est très importante à
ce moment-là, nous pouvons
discuter, nous faire aider. Pour faire
ce métier, il faut être
sensible mais pas fragile.
Nous sommes suivies par la médecine
du travail et nous suivons régulièrement
des formations (manutention, approche
des malades en fin de vie, communication
).
Nous avons également la possibilité
d'accéder à des formations
professionnelles par le biais d'un
centre de formation."
Mme Ferrari et son équipe dans
le service de soins à domicile
à Mervans
Dix huit aides-soignantes
travaillent au service de soins à
domicile de la Mutualité française
sous la direction de Mme Ferrari,
l'infirmière coordinatrice.
Elles sont soit à mi-temps,
soit à trois quart temps et
leur salaire est mensualisé.
Les patients pris en charge sont des
personnes âgées (85-90
ans en moyenne) très dépendantes
qui ne vivent jamais seules. Les malades
sont entourés de leur conjoint,
de leur famille ou d'une famille d'accueil.
Ils sont aidés à domicile
généralement par plusieurs
intervenants (une aide-soignante bien
sûr, mais aussi une aide ménagère,
une infirmière, un kiné
)
dont les tâches sont clairement
définies. "Notre rôle
est essentiellement de faire la toilette
du patient, de remplacer ses changes,
et de faire de la prévention
d'escarres. A la différence
d'une AS en hôpital, nous ne
donnons ni à manger ni ne faisons
le nettoyage des équipements."
Toutes les semaines, les AS se réunissent.
C'est alors l'occasion de faire un
bilan de chaque patient et de discuter
des difficultés rencontrées.
Mme Ferrari établit un planning
des tournées pour les semaines
et les week-ends à venir. Comme
en institution, les AS travaillent
un week-end sur deux et un jour férié
sur deux. Chaque jour, deux séries
de tournées sont organisées
:
le matin de 7h30 à 12h30 environ
qui permet à chaque AS de visiter
6 patients en moyenne,
le soir de 16h30 à 19h30 qui
permet à chaque AS à
¾ temps de visiter 4 patients
environ.
Le planning tient compte des besoins
de chaque patient. Une AS peut rester
environ de 30 mn à 1 heure
chez lui en fonction de son handicap.
Les AS suivent un système de
roulement, elles n'ont pas toujours
les mêmes patients. "C'est
mieux d'alterner de patients, même
entre la tournée du matin et
du soir. Ce roulement permet de ne
pas toujours avoir les patients "difficiles.""Certains
patients ou certaines familles peuvent
se montrer agressifs envers l'AS qui
entre dans leur intimité. 1/3
des patients souffre de problèmes
mentaux (démence, maladie d'Alzheimer).
Lorsque les problèmes sont
trop importants, Mme Ferrari intervient
pour trouver une solution.
"Nous sommes chez notre premier
patient à 7h30. Nous venons
avec notre mallette, des gants et
une blouse blanche. Le matériel
dont nous pouvons avoir besoin (chaise-pot,
fauteuil roulant, lève-malade,
rehausseur
) se trouve déjà
au domicile. Pour la toilette, nous
nous adaptons aux désirs du
malade, à son autonomie et
aussi à la maison. Il nous
est arrivé de faire une toilette
avec simplement une cuvette d'eau
parce qu'il n'y avait pas de salle
de bains ! Nous tenons compte des
envies du patient, nous ne pouvons
pas l'obliger. S'il refuse de se laver
un matin, nous réessayons le
lendemain mais nous n'insistons pas,
sauf si son état risque d'en
pâtir."
La toilette du patient peut comprendre
en plus de la toilette habituelle
un shampoing, un bain de pieds
Les AS font également le lit
et vident la chaise pot. Les AS retournent
voir lors des tournées du soir
les patients les plus dépendants,
c'est-à-dire généralement
ceux qui portent des changes. A la
fin de la toilette, l'AS remplit un
cahier de consignes et une feuille
de soins qui restent chez le patient.
Chaque intervenant peut ainsi consulter
le dossier et faire ses observations.
Il est aussi à disposition
du patient et de sa famille.
Les AS se déplacent beaucoup
pour se rendre aux domiciles des patients
souvent très dispersés
sur les cinq cantons dont elles s'occupent.
"Nous faisons chaque jour beaucoup
de kilomètres. Par exemple,
une AS à ¾ temps fait
en moyenne 170 km par jour. Il ne
faut surtout pas avoir de problèmes
de dos pour travailler à domicile.
Les voitures que nous utilisons sont
des locations, nous n'avons donc pas
de frais de véhicule personnel.
Nous ne sommes pas à l'abri
d'accidents, notamment en hiver avec
le verglas. Comme nous sommes dans
un milieu très rural, nous
avons parfois quelques surprises comme
un troupeau de chèvres qui
nous empêche de passer."
Les toilettes durent plus longtemps
qu'en institution. C'est l'occasion
de discuter. L'aspect relationnel
du métier est bien plus important
à domicile. "Nous prenons
beaucoup plus notre temps pour faire
la toilette. Nos gestes sont moins
techniques, mais nous faisons plus
de relationnel. Chez certains patients,
nous prenons même parfois le
café. Nous sommes donc beaucoup
plus à l'écoute."
''approche du patient est, elle aussi,
différente. " Nous suivons
les patients parfois pendant des années
ce qui permet de vraiment faire connaissance
avec eux. Au début, c'est quelquefois
difficile. Nous allons chez eux, nous
sommes perçues comme des intruses.
Nous devons nous faire accepter et
"apprivoiser" le patient.
Lorsque le contact est bon, il nous
parle de sa famille, de ses enfants,
de ses secrets aussi, il pose des
questions sur nous
En plus du
patient, nous devons gérer
les familles qui sont généralement
très présentes. Nous
servons un peu de tampon entre les
deux. Les familles sont souvent inquiètes
ou dépassées. Nous devons
les rassurer. Lorsque nous intervenons
chez un couple, nous devons tenir
compte des épouses qui peuvent
craindre notre visite. Nous devons
donc faire preuve de beaucoup de diplomatie."
"Par rapport à une AS
en institution, nous sommes beaucoup
plus autonomes et nous prenons plus
d'initiatives. En cas de malaises,
nous appelons le médecin ou
l'infirmière coordinatrice.
Nous devons être solides psychologiquement.
Nous sommes confrontées à
la misère et à la souffrance
tous les jours. Il nous arrive de
constater une situation de maltraitance.
Nous devons aussi nous adapter à
l'environnement du patient. Il nous
est parfois arrivé de faire
un lit et d'y trouver
des souris
!"
Comme dans un service de long séjour,
les AS font de l'accompagnement de
fin de vie. Les gens meurent souvent
chez eux. Les AS à domicile
ne ressentent pas un décès
de la même façon qu'une
AS en hôpital. Elles n'ont pas
à faire la toilette mortuaire.
Lorsqu'un patient meurt, elles ne
retournent plus au domicile et ont
immédiatement un autre patient
en charge.
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