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Des
métiers et des gens : Mohamed
Bellemlih : la santé passe
par la bouche
Quinze ans après son installation
en qualité d’orthodontiste,
le docteur Mohamed Lotfi Bellemlih
se pose toujours les mêmes questions
: comment faire pour ne pas céder
à la routine du métier
et entretenir l’indispensable
empathie à l’égard
des patients.
«La
santé passe par la bouche
!» Tel est le leitmotiv
du docteur Mohamed Lotfi Bellemlih,
chirurgien dentiste et spécialiste
en orthodontie à Casablanca.
Cela fait quinze ans en effet
que ce praticien renommé
milite à sa façon
pour réconcilier les gens
avec sa profession. Au moins,
pour faire en sorte que ses patients
abordent son cabinet avec sérénité
et en ressortent soulagés
de constater que souffrir chez
le dentiste n’est pas une
fatalité. |
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Pour commencer, il y a la procédure
de prise de contact, fondée
sur la nécessité d’établir
avec le patient un lien de collaboration
et non de dépendance. Pour
le docteur Bellemlih, il s’agit
«de percer la personnalité
du patient et de découvrir
les motifs qui l’ont poussé
à consulter». Concrètement,
cela se traduit par une succession
de démarches d’investigation
qui vont du motif de la consultation
au degré de motivation du patient.
Sur ce dernier point en particulier,
Mohamed Lotfi Bellemlih est intarissable.
Son expérience lui a permis
de dresser une typologie de profils
qui lui permet de cerner avec précision
la psychologie de ceux qu’il
reçoit pour la première
fois : il y a ainsi, selon lui, les
«curieux à court terme»,
les «non informés mais
voulant savoir », les «très
motivés et très informés»
et les «très motivés
ayant subi un échec lors de
précédents soins chez
un confrère»…
C’est sans doute cette dernière
catégorie de patients qui fonde
l’engagement professionnel de
ce dentiste-orthodontiste dévoué
à soigner tout autant qu’à
réconforter. Parce qu’il
ne sait que trop à quel point
la douleur dentaire vient en deuxième
position, en intensité, après
les coliques néphrétiques.
Il déplore d’ailleurs
que «lorsqu’ils s’intéressent
à la médecine dentaire,
les journalistes focalisent trop souvent
sur les innovations technologiques
-blanchiment, porcelaines etc- au
détriment des autres dimensions
de la prestation de soins».
Les autres dimensions de ce métier
somme toute ingrat ? Mohamed Bellemlih
ne demande qu’à les énumérer.
A commencer par la souffrance du dentiste
lui-même, essentiellement due
à la position dans laquelle
il travaille : «Savez-vous que
le mal de dos est considéré
chez nous comme une pathologie professionnelle
?» Viennent ensuite les rigueurs
de la gestion d’un cabinet de
chirurgie dentaire: «Il n’est
évidemment pas question de
faire courir à nos patients
le risque d’une rupture de stock
d’anesthésique, tout
comme nous avons le devoir de vérifier
chaque matin le bon fonctionnement
du cycle de stérilisation.
Sachant que l’efficacité
à ce niveau passe par la mise
en œuvre d’une stratégie
de motivation des assistantes».
En résumé, c’est
l’image du praticien routinier
qu’il s’emploie ainsi
à effacer, pour lui substituer
celle du dentiste surchargé
de responsabilités. Comment
fait-il donc pour tenir le coup ?
Premier ingrédient de sa recette,
du sport chaque matin avant de prendre
son service : «Nos journées
sont interminables, épuisantes
et nous n’avons pas droit à
la panne». Deuxièmement,
entretenir son esprit de dévouement
: «le lien de complicité
thérapeutique est extrêmement
important. Je connais des confrères
qui ont fini par fermer leur cabinet
lorsqu’ils se sont rendus compte
qu’ils n’avaient plus
de plaisir à prendre en charge
leurs patients.» Troisièmement,
se tenir à jour : «On
imagine mal ce que cela coûte
de faire de la formation continue.
Les techniques évoluent très
rapidement et nous imposent, au nom
du souci d’excellence, d’investir
méthodiquement dans le perfectionnement,
de notre savoir-faire et de notre
équipement».
Sur son bureau, dans un cadre posé
en évidence, les photos de
ses deux enfants, une fille et un
garçon : «Je ne les ai
pas vus grandir…», confie-t-il,
comme pour confirmer que « la
dentisterie est tout sauf un long
fleuve tranquille » et que sans
esprit de sacrifice, les médecins
en général et les dentistes
en particulier ne peuvent pas prétendre
accomplir leur mission.
Par : Driss Messaoudi
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au Canada
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