| Rencontre
avec Catherine Cesarsky, astrophysicienne
Catherine Cesarsky a grandi à Buenos
Aires où elle a fait des études
de physique appliquée à l’astronomie.
Elle est une grande astrophysicienne : ses
pieds sont rivés sur Terre où
elle dirige l'ESO* et sa tête se passionne
pour des galaxies lointaines de plusieurs
milliers d'années lumière
! Rencontre avec une passionnée des
étoiles…
IOONOS : Qu’est-ce
qui vous a amené à devenir
astrophysicienne ?
Catherine Cesarsky : J’aimais les
maths à l’école, mais
en arrivant à l’université,
j’ai trouvé que c’était
un peu sec. J’ai choisi d’y
rajouter la physique et lorsque j’ai
dû faire une spécialité
en DEA, je l’ai faite en astrophysique.
J’y suis restée et j’en
suis, aujourd’hui encore, très
heureuse !
Dès que j’ai eu accès
à la recherche, ça m’a
beaucoup plu. Ça dépasse tout
ce que j’aurais pu imaginer. L’Univers
est plein de surprise et les avancées
techniques de notre époque sont telles
qu’on en découvre tous les
jours.
IOONOS : Quel a été votre
parcours ?
Catherine Cesarsky : J’ai étudié
cinq années à l’université
de Buenos Aires en physique (licence, maîtrise,
DEA) avec un peu d’astrophysique,
puis j’ai fait cinq années
de doctorat en astronomie aux États-Unis,
à Harvard.
Avant de rejoindre l’ESO, j’ai
dirigé le service d’astrophysique
du Commissariat à l’énergie
atomique, puis la Direction des Sciences
de la Matiere. Je préside aujourd’hui
le comité des programmes scientifiques
du CNES*.
IOONOS : Votre
métier a-t-il changé au fil
des ans ?
Catherine Cesarsky : Tout a changé
depuis mes débuts ! Et ce qui se
passe aujourd’hui n’a même
rien à voir avec ce qui se passait
il y a 10 ans ! On est dans une période
d’explosion des connaissances. S’ajoutent
à cela des techniques et des méthodes
de travail différentes.
Internet nous permet de travailler avec
des gens du monde entier. Avant, nous étions
deux ou trois sur un projet et maintenant,
les équipes de 15 ou 20 personnes
sont internationales et ça marche
très bien. Par ailleurs, on n’a
moins besoin qu’avant de connaître
les instruments.
Dans le temps, les astronomes allaient passer
la nuit dans le froid de dômes glacés
(on ne pouvait pas chauffer, cela perturbait
le télescope), l’œil collé
à l’instrument… Aujourd’hui,
on est confortablement installé devant
des écrans, on n’a pas besoin
d’être proche du télescope.
IOONOS : Quel avenir
imaginez-vous pour les astrophysiciens ?
Catherine Cesarsky : Les astronomes, ou
astrophysiciens, de ma génération
ont le sentiment de vivre un âge d’or,
comme si ça ne pouvait pas continuer
à aller de mieux en mieux…
mais je ne les crois qu’à moitié
; on est loin d’avoir tout compris,
et c’est bien connu, plus on en apprend,
moins on en sait ! Je suis sûre que
ça va continuer à être
tout aussi passionnant !
IOONOS : Quels
conseils donneriez-vous à un jeune
attiré par votre profession ?
Catherine Cesarsky : Il faut des bases solides
en maths et en physique. La physique, et
encore la physique ! Et si on s’intéresse
aux aspects instrumentaux, de l’ingénierie.
Partir dans les cartes du ciel, ça
ne mène à rien. Il faut travailler
fort quand on est jeune, ne pas rater sa
chance, surtout en France, où on
ne donne pas de deuxième chance.
IOONOS : Qu’est-ce
qui vous a le plus émue dans votre
métier ?
Catherine Cesarsky : La première
fois que je suis allée à l’observatoire
de Paranal, au Chili. À l’époque,
je ne travaillais pas à l’ESO.
Mais c’est certainement à cause
du coup de cœur que j’ai eu ce
jour-là que j’ai accepté
ce poste lorsqu’on me l’a proposé.
J’ai travaillé longtemps, avec
beaucoup de monde, sur Isocam, un instrument
spatial embarqué à bord d’un
satellite. Et j’avoue que lorsque
la première image de ma caméra
infra-rouge nous est arrivée, montrant
que tout marchait bien, ça m’a
émue !
Lorsque j’étais théoricienne,
au tout début de ma carrière,
j’essayais de résoudre un problème
depuis longtemps. Et une nuit, c’est
arrivé dans un flash qui m’a
permis de tout résoudre, d’un
coup. Nous étions une équipe
mais c’est moi qui ai eu le déclic
qui a permis de régler ce problème
une bonne fois pour toutes ! |