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Crédit photo : Alpes-photos ©

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  Témoignage d' une Photographe Botaniste

Témoignage d' une Photographe Botaniste vu par Humaterra

Muriel Hazan

Respect…

Quand l’écorce se fait ombre, quand l’arbre emplit la maison et que les graines se font lutins, Muriel n’est pas loin. Botaniste de formation, elle n’a jamais dissocié, pas même lors de son diplôme de 3ème cycle universitaire en Botanique Tropicale, le fond de la forme. Le fond, la botanique et une irrépressible passion pour le règne végétal. La forme, c’est son œil, qui, quand la lumière a franchi les lentilles groupées de son boîtier, enregistre des détails que nos yeux apprentis ne sauraient voir. Muriel Hazan s’est très aimablement livrée à notre série d’entretiens. Juste pour enfoncer d’un tout petit micron le clou de la protection de nos écosystèmes.
En tant que photographe et botaniste, quelle est la part de botanique que tu associes à ton travail ?

J’aurais tendance à dire la moitié. Cependant, la botanique prend le dessus assez régulièrement. Quand je pars dans un pays, je prépare mon sujet avant tout au niveau de cette discipline. La photo n’intervient qu’après, sur le terrain. Grâce à cette double formation, j’arrive à montrer le végétal sous un angle différent. La photographie est l’outil, l’instrument qui me permet d’y arriver.

Continues-tu la recherche en botanique ?

Non, du moins pas en tant que scientifique. J’aurais pu accéder à cette profession après mes études et intégrer un labo de recherche, ce qui eut été beaucoup plus confortable et plus stable pour moi, d’un point de vue financier j’entends, mais je ne me voyais pas consacrer mon temps à travailler dans un laboratoire à manipuler les éprouvettes ! C’est un choix de vie. M
a passion pour le monde végétal, je préfère la vivre sur le terrain à la recherche constamment de nouvelles espèces, de nouveaux écosystèmes et comprendre les stratégies étonnantes des végétaux pour vivre et se reproduire. Par contre, je reste en contact avec des chercheurs, notamment dans la zone Antilles/Guyane ou en Afrique du Sud. Ce qui m’intéresse, c’est de voir les différences d’approche de la Botanique en fonction des pays. Par contre, un sérieux problème se pose en France : la botanique tropicale a pratiquement disparu des programmes d’enseignement.
C’est inquiétant dans le sens où cela démontre un réel désintéressement pour cette discipline. L’essentiel de mon travail consiste à faire découvrir l’univers végétal, méconnu.
Avant l’exposition que j’ai présentée au festival de Montier-En-Der, beaucoup de gens ignoraient qu’il pouvait y avoir tant de diversités végétales, même très près de chez eux. Or, il ne faut pas oublier que les arbres et les plantes sont le premier maillon de la chaîne alimentaire, tout le reste en dépend.
À quel aspect de ton travail accordes-tu le plus de privilège : documentaire ou esthétique ?

Les deux, bien évidemment. J’essaie de présenter mon travail de façon pédagogique en tenant toujours compte de l’aspect artistique.
Ces 2 aspects sont indissociables. C’est ce concept que j’ai appliqué dans ma dernière exposition intitulée : “l’art du Végétal, un festival de formes et de couleurs”.

Tes terrains de prédilection jusqu’à maintenant ? Des projets ?

J’ai beaucoup travaillé sur les Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe, Les Saintes).
Cette région est un microcosme du monde tropical, où l’on trouve 6 écosystèmes différents :

- les plages sableuses
- la mangrove
- la forêt marécageuse
- la forêt sèche du littoral
- la forêt dense humide (rainforest)
- la végétation d’altitude et de sommet volcanique,

écosystèmes dont on ne soupçonne pas la richesse et la diversité. J’axe mon travail essentiellement sur les plantes épiphytes au niveau de chaque strate de la forêt et leur interaction avec les animaux notamment au sein des feuilles disposées en rosette des Broméliacées, un véritable réservoir de vie pour les oiseaux, les insectes et les petites grenouilles.
D’autre part, même si cela peut paraître contradictoire aux premiers abords, je m’intéresse aussi à la végétation des zones semi-désertiques. En réalité, pour survivre aux conditions climatiques peu favorables, les plantes xérophytiques présentent des adaptations similaires à celles des plantes épiphytes situées dans la canopée. Les végétaux ont mis en place des dispositifs permettant de stocker l’eau et d’éviter leur dessèchement dû au vent et au fort ensoleillement.
Dans la région du Namaqualand et du Richtersveld en Afrique du sud, on trouve un grand nombre de plantes succulentes qui stockent l’eau dans leurs tissus charnus. On peut citer l’Aloe arborescent, le Kokerboom (arbre à carquois que les bushmen évidaient pour y ranger et transporter leurs flèches) et les colonies de Pachypodium surnommées “Halfmen” en raison de leur ressemblance à une silhouette humaine. Il existe un fort taux d’endémisme dans cette région : certains végétaux se trouvent enclavés dans des zones de la taille d’un terrain de football comme les Conophytum.
On peut aussi parler des plantes cailloux qui ont une extraordinaire faculté de mimétisme.
Très répandues sur les plateaux du Knersvlate, ces plantes étranges se dissimulent très bien parmi les fragments de quartz blanc.
J’ai également un peu travaillé au Costa Rica, trop peu de temps à mon goût (sourire), mais c’est un pays où j’ai trouvé que la nature était plutôt bien préservée.

Quant à mes projets d’avenir... Prendre le temps de s’arrêter, d’observer les richesses naturelles qui nous entourent et apprendre à réellement les respecter et à les protéger.
- Et bien sûr, continuer à voyager à la recherche de nouvelles curiosités végétales et de formes insolites. Découvrir et faire découvrir ! J’espère que ma petite existence sur la Terre servira au moins à cela.

Peux-tu nous parler des principales difficultés que tu rencontres dans l’exercice de ton métier ?

Le premier écueil est bien entendu d’ordre financier. Les voyages, l’équipement et la post-production des images coûtent très cher et sont difficiles à rentabiliser. D’autre part, j’aime gérer un projet de A à Z, ce qui n’est pas toujours simple à réaliser ni à faire passer. Et puis surtout, face à l’engouement pour le monde animal, j’ai un peu de mal à faire passer le message sur l’importance du monde végétal. Les plantes ne se résument pas à des plantes vertes statiques, comme je l’entend souvent. Je rappelle une fois encore qu’elles sont le premier maillon de la chaîne alimentaire, et qu’elles concernent l’ensemble du monde vivant, nous compris.

La question humaterra : un coup de gueule ?

PLUS DE RESPECT ! Il faut associer en permanence le respect envers autrui, envers la nature et notre environnement. Quant à nous photographes ou scientifiques, notre boulot est d’établir une prise de conscience de l’état de la planète, afin que les générations futures, nos propres enfants, ne découvrent pas le monde végétal dans un herbier.

Reportage : Olivier SOURY
Photographies : Muriel HAZAN



Consultez la fiche métier du Botaniste

Retrouvez Muriel sur son site Internet

www.murielhazan.com

*épiphyte : Se dit des végétaux vivant sur les parties aériennes d’un autre végétal qui leur sert uniquement de support mécanique, ne prélevant aucune substance nutritive. A ne pas confondre avec les plantes parasites.



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