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J'arrivais là, en pleine révolution
culturelle, sans parvenir à
tutoyer un seul professeur…
» Elle termine son doctorat
d'État sur « la thermodynamique
des sels fondus par mécanique
statistique » en un temps record.
Quatre ans contre six ou huit ans
normalement. Avant d'accepter un postdoctorat
à Chicago. Deuxième
tournant de sa vie. Deuxième
choc culturel. « C'étaient
les années soixante-dix, l'Amérique
bouillonnait sous le coup de la démission
de Nixon, des manifestations contre
la guerre au Vietnam, des hippies…
» Marie-Louise s'acclimate et
goûte tout particulièrement
la richesse du brassage social, culturel
et intellectuel de l'Argonne National
Laboratory. « C'est ce qui fait
la richesse de la recherche américaine,
s'enthousiasme-t-elle. Ce regroupement
de chercheurs venus de tous les horizons,
ce grouillement des idées.
» Elle y rencontre surtout une
figure de proue de la simulation par
dynamique moléculaire : le
professeur Aneesur Rahman 1,
grand maître indien de l'université
de Cambridge.
« Qui parle un français
fluide », ajoute-t-elle vivement,
attendrie. Marie-Louise peaufine alors
ses recherches sur les matières
poreuses et les alliages métalliques
à base de lithium pressentis
pour des électrodes. Et pourtant…
« J'avais la nostalgie de la
France, se souvient-elle. D'ailleurs,
on m'appelait “frenchy”
: on estimait que je donnais trop
volontiers mon avis. J'étais
alors la seule femme promue au grade
de Senior Scientist du laboratoire,
sans pour autant me sentir minoritaire.
C'est sans doute cela, mon côté
français. » En 1981,
la jeune femme obtient une bourse
de trois mois pour travailler à
Grenoble. « Pour moi, c'était
un test, pour voir si j'étais
toujours aussi à l'aise en
France. J'avais déjà
dans l'idée de revenir. »
Mais ce n'est qu'en 1999 que Marie-Louise
rejoint le Centre de recherche sur
les matériaux à hautes
températures grâce à
un poste de chercheur associé
2 de deux ans. «
J'étais ravie, se souvient-elle.
Je me retrouvais dans un laboratoire
où on pratiquait le rayonnement
synchroton sur la lévitation
3. Comme l'enfant
prodigue qui revient à la maison
! Au cœur d'un petit centre,
mais bourré d'inventivité
avec un ratio scientifiques/administration
très fort. » Marie-Louise
décide alors de rester définitivement.
Elle est rapidement pressentie pour
prendre la direction de l'unité
mixte du laboratoire CRMD, et donner
des cours de physique à l'université
d'Orléans.
« Faire de la direction, de
l'enseignement et de la recherche,
c'était un vrai challenge »,
analyse-t-elle. Comme de recréer
cette ambiance de melting-pot qui
lui avait tant plu aux États-Unis…
Marie-Louise s'y attelle : cotutelles
canadiennes, et postdoctorants résolument
allemands, japonais, chinois, indiens…
« Et même corse ! »,
rit-elle. Le « Corse »
la gratifie de son plus beau sourire…
avant de lui demander des nouvelles
de son Gallois de mari, David Price,
un physicien qui a pris la direction
d'un Centre de neutrons au Oak Ridge
National Laboratory, aux États-Unis,
depuis mai 2004. Le visage de Marie-Louise
s'illumine. « Je dois le voir
bientôt. Mais en ce moment nous
avons un vrai problème, dit-elle
en baissant la voix. Je me passionne
pour Louis XIV, qu'il déteste
cordialement à cause de la
révocation de l'Édit
de Nantes. Vous croyez qu'on y survivra
? » Un sourire d'amoureuse transie
flotte sur ses lèvres.
Camille Lamotte
Notes :
1. Le professeur
Rahman a donné son nom au prix
de l'American Physical Society.
2. Poste destiné
à l'accueil d'un chercheur
confirmé de nationalité
étrangère pour une période
maximum de trois ans.
3. Une bille métallique
suspendue en lévitation est
chauffée à l'aide d'un
laser jusqu'à devenir liquide,
ce qui permet de mesurer toutes les
propriétés dynamiques
de structures, sans interférence
du creuset.
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