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questions à Luc Moreau, glaciologue
Glaciologue, intervenant à
l'Ensa (École nationale de
ski et d'alpinisme) à Chamonix
et accompagnateur en montagne, Luc
Moreau étudie le glacier d'Argentière
depuis une vingtaine d'années.
Pour lui, le recul des glaciers n'a
rien d'alarmant, contrairement à
ce que l'on entend communément.
Explications.
Infos
Mont-Blanc : Le recul des glaciers
est-il une réalité scientifique
?
Luc Moreau : Oui, la plupart des glaciers
reculent. Depuis deux cents ans, celui
d'Argentière par exemple, a
perdu entre 1,5 et 2 kilomètres
de longueur. Mais la longueur est
une information incomplète.
Il faudrait mesurer le volume du glacier,
ce qui est très difficile.
En volume, il aurait perdu entre 10
et 30 %. En fait, ce recul dépend
de chaque massif, de chaque vallée
et de l'aspect du glacier lui-même.
S'il est très recouvert par
une moraine, ça le protège
de la fonte. Le glacier d'Aletsch,
en Suisse, a perdu trois kilomètres
depuis 1850. Ceci dit, il fait encore
22 kilomètres de long et 900
mètres d'épaisseur dans
sa partie amont. Il n'y a donc pas
péril en la demeure. D'ailleurs,
il y a même certains glaciers
qui avancent, comme en Norvège,
au Groenland ou en Nouvelle-Zélande.
En fait, les modifications climatiques
engendrent des dépressions
à certains endroits, où
il neige plus qu'auparavant, comme
en Norvège.
I.M.B.
: Pourquoi le recul de la plupart
des glaciers ne serait-il pas alarmant
?
L.M. : Le réchauffement climatique
naturel a commencé en 1820,
à la fin du Petit Age glaciaire,
c'est-à-dire bien avant la
production de gaz à effet de
serre d'origine humaine. Il y a eu
ensuite de petites crues en 1850,
1890 et 1920, pendant lesquelles ils
ont avancé, mais moins loin
à chaque fois. Plus récemment,
entre 1953 et 1983, le glacier des
Bossons a gagné 500 mètres,
comme les trois-quarts des glaciers
alpins, grâce à des hivers
très enneigés et des
étés frais. Mais depuis
les années 90 et leurs étés
très chauds, ils ont reperdu
ce qu'ils avaient gagné. Ils
sont revenus à leur niveau
de 1950 et nous allons vers le minimum
du Moyen-Âge. Le retrait fait
d'ailleurs apparaître d'anciens
chemins, entre la Suisse et l'Italie
par exemple.
Il s'agit donc d'une dynamique naturelle
de va-et-vient. Nous ne gouvernons
pas le climat, heureusement. Ceci
dit, la grande question est de connaître
les causes du réchauffement
actuel. On pense effectivement qu'il
n'est pas à 100 % bio à
cause des gaz à effet de serre.
Ne soyons quand même pas si
tranquilles sur les activités
humaines, qui accentuent un phénomène
naturel.
I.M.B.
: En quoi ces changements climatiques
peuvent-ils poser des problèmes
en montagne ?
L.M. : Cela pose surtout des problèmes
aux stations de ski, qui sont situées
entre 2 000 et 3 000 mètres,
une altitude qui enregistre de grosses
variations d'enneigement. Certaines
remontées mécaniques,
comme la gare d'arrivée du
télécabine de la mer
de Glace, ont dû être
reconstruites pour s'adapter à
ces changements. Mais imaginez-vous
au Moyen-Âge, dans un contexte
de famine, les glaciers avançant
d'un mètre par jour et détruisant
des hameaux. À cette époque-là,
ils représentaient bien plus
une source de difficultés qu'aujourd'hui
!
Pour nous, le principal problème,
ce n'est pas le retrait des glaciers
mais la pollution de l'eau et la qualité
de l'air.
Propos
recueillis par Jeanne Palay
| la
décrue du glacier laisse
à nouveau apparaitre depuis
1995 un "oeil" rocheux
ou rognon rocheux dans la chute
de séracs, indice remarquable
de décrue et ralentissement
du mouvement du glacier qui recouvre
moins sa rupture de pente... cl.
LM.
Citation :
Luc Moreau est le co-auteur
avec Robert Vivian d'un ouvrage
paru aux éditions Glénat
intitulé Dans le secret
des glaciers du Mont-Blanc.
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