L'homme
des bois
Stephan Hättenschwiler
Quand j'entre dans une forêt, c'est
comme dans un rêve. Tout seul, même
dans les forêts tropicales, je m'y
sens bien. » Stephan Hättenschwiler,
chargé de recherche au CNRS, est
citoyen suisse, mais aussi des forêts
du monde. Des forêts tropicales qui
le fascinent à celles des Alpes qu'il
arpente depuis l'adolescence, beaucoup d'entre
elles n'ont plus guère de secrets
pour lui. Mais c'est dans la banlieue de
Montpellier, au Centre d'écologie
fonctionnelle et évolutive (CEFE)1,
repère réputé d'une
cohorte de chercheurs qui se vouent à
la biodiversité et au développement
durable, que l'on trouve, en cette journée
d'été, le souriant quadragénaire.
Il y est arrivé en 2003, après
avoir réussi le concours d'entrée
du CNRS – ayant convaincu le jury
par sa vaste connaissance de l'écologie
des systèmes forestiers.
Les
forêts, les sous-bois, les arbres…
À l'adolescence, une étrange
attirance s'empare du jeune Stephan,
dont la famille n'avait pourtant pas
d'affinités particulières
avec la nature. Il aime alors se balader
longtemps dans les forêts, seul,
pour observer ce qui s'y passe. Quelques
années plus tard, c'est donc
tout naturellement qu'il entreprend
des études de biologie à
l'université de Bâle (Suisse),
avec comme point de mire « l'envie
de devenir enseignant ». Pourtant,
lorsqu'il rédige son projet scientifique
de DEA et de thèse sous la direction
de Christian Körner, il s'imagine
pour la première fois faire de
la recherche. Il se concocte alors un
programme scientifique qui s'accorde
parfaitement avec ses penchants sylvestres
: l'étude des effets du changement
climatique – plus précisément
l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère
– sur l'écophysiologie
des plantes, et notamment leurs interactions
avec les flux nutritionnels dans le
sol. |
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De 1993 à 1998, il officie
ainsi à l'Institut botanique
de l'université de Bâle,
rédige sa thèse, enseigne,
tout en effectuant un travail de terrain
dans les forêts tempérées,
un modèle qu'il reproduit en
laboratoire avec des conditions climatiques
contrôlées. « J'ai
accepté ensuite un postdoctorat
en Suisse, raconte-t-il, pour enseigner
et continuer mes recherches. »
Mais c'est l'impasse. « En effet,
poursuit-il, le système suisse
offre très peu de postes de
chercheurs permanents, et quelques
postes d'enseignement à l'université.
» Survint alors à cette
période une rencontre déterminante
pour lui, avec Peter Vitousek, de
l'université de Stanford en
Californie, qui lui offre la possibilité
de partir travailler deux ans, toujours
en postdoctorat, sur les forêts
de Hawaï. Il y trouve une grande
liberté pour tester ses hypothèses
et ses idées, met au point
une succession de modèles pour
mesurer les interactions entre la
plante et le sol, et plus précisément
les effets sur les flux de nutriments.
En 2001, retour en Suisse : des convictions
personnelles, sa famille qui s'agrandit
– trois enfants désormais
– lui ôtent toute envie
de rester vivre aux États-Unis.
Il obtient un poste non permanent
de professeur assistant, donne des
cours à l'université
et trouve le temps de monter un projet
dans les Alpes, sur l'influence du
CO2 et de l'augmentation de la température
sur la limite de la présence
des arbres en altitude.
En 2002, lors d'un colloque, il s'entretient
avec Jacques Roy, alors directeur
de recherche au CEFE. Une autre rencontre
déterminante. Ce dernier, séduit
par ses recherches, l'incite à
postuler au CNRS. Dubitatif, mais
curieux, Stephan tente sa chance,
sans espérer quoi que ce soit.
Mais ce coup d'essai lui fait intégrer
l'organisme sans jamais y avoir mis
les pieds ! Une réussite qui
l'étonne encore. « Je
ne connaissais pas du tout la France
ni l'organisation de sa recherche.
Je ne parlais pas la langue, et je
pensais que c'était un pays
plutôt fermé. »
Aujourd'hui, à la tête
d'une jeune équipe de recherche,
il ne finit pas de découvrir
la complexité d'un système
de recherche qui ne cesse de l'étonner,
en bien ou en mal…
Fabrice Impériali
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