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[CONTRIBUTION] SENEGAL:
Sans une bonne politique d’archives,
point de bonne gouvernance .
Nous en sommes à l’heure d’un
Sénégal où les archives
devraient retrouver leur place d’antan.
Devons-nous savoir forcément la place
qui revient aux archives pour les leur ?
En tout cas, sachons que les documents sont
un des nerfs de l'administration. Ils sont
souvent le moyen par lequel s'opèrent
le processus et les fonctions opérationnels.
Dans les documents sont consignées
la totalité des informations produites
ou reçues par un organisme dans la
conduite de ses affaires. Ils peuvent être
composés de documents traditionnels
sur papier, mais aussi de microcopies, de
documents sur supports informatiques (tels
que bandes ou disques d'ordinateur), de
photographies, d'enregistrements sonores,
de films, etc.
Pourquoi cet écrit ? Pour la bonne
et simple raison que les archivistes et
autres professionnels de l’information
documentaire (bibliothécaires et
documentalistes) malgré la formation
de qualité reçue à
l’E.B.A.D (Ecole des Bibliothécaires
Archivistes et Documentalistes) sont réduits
en quantité négligeable et
insignifiante aussi bien dans l’administration
que dans le public.
Que les professionnels de ce métier
ne soient pas reconnus dans leur légitime
droit me gêne « objectivement
» !
Malheureusement, il y’a pire que le
sort de ces professionnels et qui est le
sort réservé à la discipline
qu’est l’archivistique et sa
fonction que représente les archives.
Dans l’entendement du sénégalais
lambda, qu’il soit de l’encadrement,
de la maitrise et/ou de l’ouvrage
; un archiviste ne vaut pas plus qu’un
magasinier et les archives ne constituent
pas plus que de la paperasse… Que
nenni !
Que ceux-là, qui ont cette mauvaise
conception de cette profession et de ces
professionnels, sachent qu’ils ont
tout faux, car seuls de bonnes archives
et de bons professionnels de l’art
peuvent garantir la bonne gouvernance dans
toutes ses formes.
Qu’ils sachent, également,
que les archives forment : « l’ensemble
des documents, quels que soient leur date,
leur forme et leur support matériel,
produits ou reçus par toute personne
physique ou morale, et par tout service
ou organisme public ou privé, dans
l'exercice de leur activité. Le mot
« archives » est couramment
employé dans le sens restrictif de
documents ayant fait l'objet d'un archivage,
par opposition aux archives courantes. De
par cette simple définition, il m’est
soutenable de comprendre, comme tout un
chacun d’ailleurs, le rôle ô
combien primordial et capital des archives
pour notre pays.
Le rôle des archivistes n’est
pas seulement patrimonial et historique
mais ces derniers ont également une
grande responsabilité par rapport
au contrôle du pouvoir en place.
En étant rétrogradées
de direction à sous-direction, les
Archives du Sénégal ont moins
de possibilité de garantir et de
faire une sensibilisation auprès
des hauts dirigeants sur leurs obligations
vis à vis de la collectivité.
Cette situation entraine comme fâcheuse
implication la perte de documents administratifs,
comptables, financiers, etc. Les affaires
de détournements, de corruption,
de concussion et autres ne sont là
que pour nous édifier à foisonnement
sur le rôle capital et non moins négligeable
des archives dans la bonne conduite des
affaires devant garantir une bonne gouvernance.
Une direction des Archives du Sénégal
ayant justement une mission orientée
« patrimoine » uniquement verra
moins la pertinence des arguments concernant
une gestion administrative saine et transparente
des documents produits quotidiennement dans
le cadre du fonctionnement des organes publics,
non pas par bêtise mais tout simplement
parce que il y a très peu de chance
que ce soit inscrit dans la mission et les
objectifs spécifiques d’une
telle direction.
Là, se trouve toute la subtilité
de la démarche. C’est une façon
indirecte pour le pouvoir de potentiellement
diminuer le contrôle que peuvent exercer
les citoyens sur les dépenses et
les actions de leur gouvernement. C’est
ce qui risque fortement de changer les façons
de faire dans le management des archives.
Que ce soit au niveau des gouvernements
ou à l’intérieur des
entreprises privées, les archivistes
doivent faire directement affaire avec la
haute direction et non avec des intermédiaires
pour avoir toute l’autorité
et la reconnaissance interne nécessaire
de faire appliquer la politique de gestion
des documents. L’enjeu est peut-être
moins, au niveau des archives historiques,
à court terme, qu’au niveau
de la gestion courante de l’administration
sénégalaise. Ce remodelage
risque d’avoir un impact direct sur
les moyens des citoyens d’exercer,
je le réitère, un contrôle
sur l’administration en cours, d’exercer
un contre-pouvoir et donc de maintenir un
exercice démocratique.
Cependant, je ne veux pas mettre l’accent
sur les enjeux avec les arguments traditionnels
utilisés autour du patrimoine, de
l’histoire, du maintien de la démocratie.
Je souhaite principalement souligner que
:
- les archives sont collées au présent
: il n’y a pas un seul jour où
vous ne lisez pas, visionnez pas, n’écoutez
pas de l’information issue des archives
même si elle n’est pas présentée
telle quelle.
Les archives nourrissent la créativité
des écrivains, des cinéastes,
des musiciens, des journalistes, etc. Sans
archives, pas de rayonnement culturel à
l’international ou même local.
Elles alimentent les nouvelles, les débats
de société, les documentaires
riches en contenu, le discours des philosophes…
et des politiques, eh oui.
- les archives servent l’avenir :
que devient la recherche universitaire sans
archives ?
Les archives ne sont pas que la matière
première pour les historiens, mais
aussi pour les sociologues, les psychologues
et psychiatres, les chercheurs en médecine
(avec la médecine généalogique
mais aussi pour retracer les épidémies),
les chercheurs scientifiques et les économistes
(des chiffres hors contexte ne veulent rien
dire), etc. N’a-t-on pas dernièrement
soulevé le problème de l’éducation
nationale : comment voulez-vous qu’elles
se positionnent sans corpus de recherche
dûment accumulé ?
- les archives aident à l’efficacité
administrative, que ce soit au niveau des
entreprises privées que pour les
organismes publics. Combien coûte
un document qui n’est pas trouvé
à temps après de recherches
vaines ? Combien de contrats manqués
pour cause de manque de documentation ?
Ou de non respect des échéanciers
?
- les archives ou plutôt les réflexions
sur le contenu des archives permettent de
jeter les bases d’une cohésion
sociale et de définir une identité.
Les archives ne permettent pas seulement
de contrôler la bonne gouvernance
mais aussi à nourrir les semences
de l’identité de demain. Ce
qui est crucial dans cette époque
de démocratisation et de bonne gouvernance
où la crise économique et
social nous dicte de nous redefinir dans
le contexte de la mondialisation, de mobilité
de la main-d’œuvre..
- les archivistes peuvent apporter des réponses
face aux nouvelles problématiques
techniques et sociétales que posent
les documents numériques. Les professionnels
du document étudient depuis longtemps
l’évolution des inscriptions
du savoir et sont donc des vecteurs pour
aider à définir une certaine
stabilité dans ce tourbillon d’informations
et de nouvelles technologies qui changent
nos manières de voir et de faire.
Nous sommes donc loin des vieux papiers
poussiéreux qui n’intéressent
que quelques chercheurs et individus que
certains s’imaginent excentriques.
Réfléchissez-y ! Donnons son
poids –son véritable–
aux archives dans notre cher Sénégal
pour une efficacité dans la gestion
sous toutes ses formes et pour ne pas verser
dans l’absurde et l’erroné
…
Un de mes « grands » à
la Direction des Archives du Sénégal
faisait plastronner ce dicton ô combien
évocateur : « Un peuple qui
ne peut pas se souvenir de son passé
est un peuple qui est condamné à
se répéter.»
Que vivent les archives !!!
Puisse Allah nous soutenir dans notre quotidienneté
pour la bonne conduite de nos affaires et
surtout des affaires de la cité.
Allaahumma aamiine !!!
Ababacar Sadikh SECK
Fiche métier
de l' Archiviste
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