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ME WAGANE FAYE : « L'AVOCAT NE MENT
PAS...,
- Des homosexuels, il en existe chez les
hautes personnalités de, l’Etat
et les religieux ».
Maître Wagane Faye a 29 ans de barreau.
Sans prétention, on ne pouvait pas
trouver mieux pour évoquer des tabous
sur la corporation. Lorsque nous le sollicitons
pour un entretien, Me Wagane a dû
jouer des coudes pour nous trouver une place
dans son agenda. Et quand il nous reçoit
chaleureusement à son cabinet sis
la rue Vincens, superbement vertu d'un boubou
Bazin vert sombre, le fin juriste ne déroge
pas au formalisme. Présentation d'usage,
échange de civilités, accord
sur le libellé de l'entretien et
vérification d'identité (on
ne sait jamais). Ces préalables,
une fois évacué, nous abordons
le vif du sujet. Lisez plutôt !
L'homme
de la rue juge l'avocat "menteur".
selon vous est-ce que l'avocat serait vu
à travers un prisme déformant
ou ces accusations de l'homme de la rue
auraient une part d'exactitude ?
Me Wagane Faye : Je pense qu'on ne peut
pas dire l'accusation portée par
l'homme de la rue sur les avocats. L'homme
de la rue n'accuse pas l'avocat de menteur.
L'homme de la rue peut à l'occasion
d'une affaire qu'il a avec un avocat dire
que l'avocat est malhonnête, c'est
tout. Mais tel est malhonnête n'a
rien à voir avec toute une corporation,
pour dire que ce sont des menteurs. Un menteur,
c'est celui qui dit des contre-vérités
sciemment. Donc je réfute ce qualificatif
de menteur s'agissant des avocats.
II n'y a pas que la rue qui formule des
jugements défavorables à l'encontre
des avocats. Montaigne, par exemple, vous
qualifiait de "menteurs à gages"
et La Bruyère vous accuse de "de
déguiser la vérité,
de citer faux, de calomnier".
Me W. F. : L'avocat, comme vous venez de
le dire, peut-être qualifié
de menteur par un intellectuel. Mais encore
une fois, qu'il s'agisse de l'homme de la
rue ou de l'intellectuel, dire que les avocats
sont des menteurs, ou que les administrateurs
civils sont des menteurs ou que les médecins
sont des menteurs ou encore que les journalistes
sont des menteurs sont des mots qu'on lance
comme ça mais qui n'ont pas de contenu.
On peut dire tel avocat m'a menti mais,
de là à dire que les avocats
sont des menteurs, je dis non ! que ce qualificatif
vienne de l'homme de la rue ou d'un intellectuel,
c'est tout comme.
La place de la
moralité dans la profession d'avocat.
Me W. F. : Sur la moralité également,
chacun se fait son idée. On dit que
l'avocat défend toutes les causes
même les causes les plus immorales.
En règle générale,
l'avocat qui prête serment défend
tout. Chaque fois qu'il est en face de quelqu'un
qui a besoin d'être défendu,
il le défend. Récemment, j'ai
suivi une émission à propos
des homosexuels. Les avocats ont quand même
l'art de faire la part des choses. Dire
que telle chose est absolument mauvaise,
qu'il faut la bannir, qu'il faut la brimer,
quand on pousse la réflexion, on
se rend compte que ce que l'homme fait souvent
a des justifications. II y a des gens qui
ne savent pas pourquoi ils sont devenus
homosexuels. Est-ce tout à fait naturel
ou non. Ce qui fait que vous trouvez des
homosexuels dans toutes les catégories
sociales. Chez les religieux, vous trouvez
des homosexuels, chez les personnalités
haut placées de l'Etat, vous trouvez
des homosexuels. II faut analyser le phénomène
au lieu de dire qu'ils sont ceci ou cela.
Les avocats qui avaient défendu les
homosexuels jusqu'à les faire sortir
de prison, ils les ont défendus sur
la base des textes. Ils avaient été
emprisonnés sur la base de procès
verbaux qui n'étaient pas conformes
à la loi. C'est normal que l'avocat
se base sur des textes que les députés
ont votés pour obtenir des résultats.
Les députés en votant la loi,
ils n'ont pas dit sauf le cas d'homosexuels
ou de ceci ou cela. La loi est la même
pour tout le monde. II faut la respecter.
Si on ne la respecte pas, le rôle
de l'avocat est de voir où est-ce
que la loi a été bafouée
et en tirer profit pour celui qui lui a
fait confiance pour assurer sa défense.
Mais il y a des cas qui personnellement
me répugnent. II m'est arrivé
deux fois de refuser de défendre
des gens parce que ce dont ils étaient
accusés était abominable.
Quand des cas heurtent ma conscience, je
me retiens. Je dis non, très sincèrement,
je ne peux pas défendre ce cas. Pour
défendre quelqu'un, il faut
être convaincu un peu de son côté
moral, de son côté légal
ou illégal. Si c'est une affaire
absolument illégale, immorale, quand
tu veux défendre, tu n'y vas pas
avec toutes tes forces !...
Dans l'approche de la défense d'un
client, est-ce que l'avocat se rassure préalablement
si les accusations portées contre
son client sont-elles fondées avant
de s'engager à le défendre
?
Me W. F. : Non, l'avocat n'a pas à
dire avant de me constituer, il faut que
je sois sûr que ce dont un individu
est accusé ou ce dont il est accusé
est fondé. Le client vient te dire
voici mes desiderata, ce que je veux. On
m'accuse d'avoir assassiné. Je n'ai
pas assassiné. Mais je reconnais
avoir tué. Mais pour l'homme de la
rue tuer ou assassiner, c'est kif-kif. L'avocat
devant le juge se battra pour que le coup
mortel sans intention soit retenu plus tôt
que l'assassinat qui peut amener à
la peine de mort dans les pays ou cette
peine existe. En matière civile,
celui qui vient demander à l'avocat
de poursuivre Mr.X qui lui doit, je lui
demande les documents sur la base desquels,
il veut le poursuivre. S'il les a, il les
donne, dans le cas contraire, il raconte
les faits. Vous en tant qu'avocat, vous
cherchez à savoir comment vous pouvez
constituer, reconstituer, je ne dis pas
pré constituer mais reconstituer
des preuves. En matière pénale
où toutes les preuves sont recevables,
c'est plus simple. Finalement l'avocat à
priori ne dit pas avant d'accepter de défendre,
il faut que je vérifie si tu as raison.
Tu peux ne pas avoir raison, mais l'avocat
peut être utile par ce qu'il peut
amoindrir le poids de la sanction.
Est-ce que le justiciable Sénégalais
a des raisons de désespérer
de sa justice ?
Me W. F. : Si vous comparez ce qui se passe
au Sénégal à ce qui
se passe ailleurs en Afrique, c'est un pas-degéant
ici par rapport à ce que j'ai vu
ailleurs. J'ai plaidé trois fois
en Côte d'Ivoire, en Guinée
Conakry, en France. Pour me limiter au cas
de l'Afrique, le Sénégal sans
être une justice parfaite a une justice
crédibie que celle d'ailleurs.
La corruption dans
le système judiciaire Sénégalais.
La corruption existe. Dans ce domaine également,
toute proportion gardée, la corruption
est moins développée au Sénégal
que dans tous ces pays Africains où
j'ai été. Ici quand même;
c'est assez fin et quand elle est découverte,
il y a des sanctions. Ailleurs, ce n'est
pas le cas.
Votre collègue
Me Doudou N'Doye a dénoncé
l'anticonstitutionnalité de la procédure
d'institution du vice-président.
Partagez-vous son avis ?
Me W. F. : Me Doudou N'Doye a raison
de considérer que le processus qui
a abouti à l'institutionnalisation
de vice-président n'est pas conforme
à la constitution. Je ne sais pas
si qui de droit déferrera cette loi
auprès du Conseil constitutionnel
ou pas. Si le Conseil constitutionnel, c'est
mon avis, statue en toute liberté,
sans pression, et se préoccupe de
ne dire que le droit, cette loi sera déclarée
anticonstitutionnelle, donc à écarter.
Mais avant ce cas, il y a eu d'autres cas
qui étaient aussi manifestes, malgré
l'inutilité de ces réformes
constitutionnelles, les juridictions qui
avaient été saisies ont donné
satisfaction au pouvoir exécutif.
Donc sur le plan politique, les décisions
qui sont souvent rendues me semblent moins
conformes à la loi fondamentale
que sur le plan purement civil ou du droit
commun.
Pourquoi avoir
choisi d'être avocat ?
Me W. F. : J'ai choisi le métier
d'avocat car déjà tout
jeune, je savais que compte tenu de mon
caractère, je ne pouvais être
qu'avocat ou enseignant. Le métier
d'avocat est une profession libérale.
Tu n'as aucun chef au-dessus de toi. Tu
agis librement. Et c'est justement ce besoin
de liberté qui fait que les avocats
quand ils doivent par exemple prendre une
fonction ministérielle, ils doivent
démissionner ou se faire omettre
au tableau jusqu'à ce que tu quittes
la charge ministérielle. L'avocat
peut-être député parce
qu'un député n'est pas soumis
à une hiérarchie.
C'est comme le professeur d'université
qui peut-être député.
Voilà pourquoi moi j'ai choisi d'être
député. Ce n'est pas pour
le goût du luxe. Ce n'est pas parce
qu'on est avocat qu'on est riche. Au moins
quand on est avocat, on est libre.
Vos déceptions
et vos moments de joie
Me W. F. : Chaque fois que je tire quelqu'un
d'affaire, c'est un moment de joie. Quelqu'un
qui vient vous voir les larmes aux yeux
et il sort avec le sourire, c'est un moment
de plaisir. Les moments de déception,
ça peut arriver quand dans une affaire
que tu vois bel et bien que le droit est
du côté de ton client et qu'au
bout du compte, il perd son procès.
Si évidemment tu es convaincu qu'il
n'a pas perdu parce qu'il n'a pas été
à la hauteur. L'issue d'un procès
dépend de plusieurs facteurs. La
compétence de l'avocat, la compétence
et l'honnêteté du juge et son
courage de se débarrasser de toutes
les pressions. Quand ces conditions sont
remplies, on peut rendre une bonne décision
de justice.
La perte d'un procès,
vous a-t-elle par moments affecter au point
de vouloir jeter l'éponge ?
Me W. F. : Jamais ! Un avocat ne peut pas
dire, je ne perds pas de procès.
Tu en gagnes et tu en perds. Alors, ce n'est
pas parce que je perds un procès
que je jette l'éponge. Si c'était
le cas, beaucoup d'avocats auraient jeté
l'éponge. Quand vous perdez un procès
en première instance, il y a les
voies de recours. II y a l'appel et quand
tu perds également, il y a les voies
de cassation. Donc on persévère
pour arriver au but qu'on croit devoir atteindre.
Si maintenant, on ne l'atteint du tout pas
au bout du rouleau, il n'y a que la Justine
divine qui est réellement juste.
Et que la justice humaine est tributeur
d'erreur.
Les qualités
qu'un avocat doit avoir pour être
un « bon » avocat.
Me W. F. : Le bagage intellectuel est fondamental.
Et l'ardeur au travail l'est tout aussi.
Le courage aussi est nécessaire.
Pour défendre ton client, il faut
du courage pour faire ton travail. II faut
du courage pour pouvoir dire non aux amis,
aux parents, aux beaux-parents qui veulent
vous emmener dans une voie qui n'est pas
conforme à l'engagement de l'avocat
vis-àvis de son client.
Vos conseils aux
jeunes aspirant à la profession
d'avocat.
Me W. F. : II faudra bien se former et avoir
du courage. Ça c'est fondamental.
Étre intelligent, c'est bon, mais
l'intelligence, ce n'est pas quelque chose
qu'on force contrairement à l'ardeur
au travail. Le courage, on peut la forger
ou l'acquérir. Voilà un ensemble
de facteurs qui s'ont indispensables. Et
ceux qui aspirent à porter la robe
d'avocat doivent veiller à les posséder.
Réalisé par Yacouba Diarra
TRAORE
Source: Pic. Vendredi 29 Mai 2009
Fiche métier
de l' Avocat
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