|
Reportage: Secrets
de bijoutiers sénégalais
On entend par bijouterie, l’art de
fabriquer en toutes sortes de matières,
des métaux les plus fins et plus
précieux (or, argent, pierres précieuses)
jusqu’aux matières les moins
nobles (bois, coquillages,…), des
objets destinés à la parure
du corps (bagues, colliers, bracelets, boucles
d’oreilles,…) enrichis par des
ciselures, des gravures ou par des pierres.
La bijouterie est un monde inspiré
par le luxe, la beauté, la mode,
la création, la séduction.
Coquette et élégante, la femme
sénégalaise est toujours parée
de bijoux pour agrémenter sa tenue
mais ne connaît pas le milieu très
fermé des bijoutiers, d’autant
plus que ces derniers inspirent la méfiance
de par leur maîtrise du feu.
La bijouterie est un monde professionnel
souvent mal connu du public sénégalais.
De ce monde là, on ne connaît
que les parures qui ornent les vitrines
des bijouteries. Et gare au bijoutier qui
laissera échapper les secrets familiaux
de cet art! Comme le chante si bien Salam
Diallo, c’est aux « Niénio»
qu’appartiennent l’or et l’argent.
C’est à cette caste de forgeron
que revient le privilège de nous
parer de bijoux faits de métaux précieux.
Chez les « Niénios »,
le métier de bijoutier se transmet
de père en fils ou de maître
à apprenti (sachant que l’apprenti
est souvent un membre de la famille) dans
l’atelier où seront révélés
les secrets et techniques de cet art. D’abord
traditionnelle, la bijouterie a commencé
à se moderniser dans les années
50 avec les européens qui ont appris
aux sénégalais de nouvelles
techniques qui se sont développées
au fil des ans.
Alors qu’avant tout se faisait à
la forge avec un soufflet fait en peau de
chèvre aujourd’hui, les ateliers
se mécanisent avec l’utilisation
de ventilateurs mécaniques actionnés
manuellement ou électriquement et
l’apparition du chalumeau qui grâce
à sa grande souplesse d’utilisation
permet la réalisation de bijoux plus
fins et la naissance d’une création
alliant le métissage de l’Europe
et l’Afrique. L'outillage mécanique
offre de grandes ressources aux fabricants,
et leur permet de simplifier considérablement
les anciennes pratiques de la bijouterie
basées uniquement sur le martelage,
la belle bijouterie cependant exige des
ouvriers habiles soit pour orner, soit pour
terminer les bijoux.
Fondeur, soudeur, polisseur, lapidaire (taille
et polit les pierres précieuses)
et joaillier, un bijoutier au Sénégal
est tout cela à la fois. Il occupe
tous les maillons de la chaîne dans
une bijouterie, de l’achat de matières
premières à la vente en passant
par la création. Pour créer
ses bijoux qui orneront plus tard le corps
de leurs clients, ces artisans s’approvisionnent
en or dans les banques étrangères
mais aussi dans les pays de la sous région
(Guinée, Mali et Sierra Leone) si
ce n’est de la récupération.
Toutefois, les bijoutiers sénégalais
envisagent très prochainement la
création de ce qu’ils appellent
un « comptoir » où ils
pourront acheter les matières premières
nécessaires à leur travail
et ils n’auront plus à faire
face aux ruptures de stock qui deviennent
de plus en plus communes. L’argent
quant à lui provient essentiellement
de France et les pierres précieuses
ou semi-précieuses sont dénichées
dans les foires et auprès de revendeurs.
Les matières premières réunies,
le métal est filtré avant
de débuter la création. Au
Sénégal, l’or employé
par les bijoutiers est à 18 carats.
Et quand l’or acheté fait 24
carats, il est mélangé avec
de l’argent ou du cuivre. La plus
grande partie des bijoux est créée
selon la demande des clients mais aussi
de répliques de créations
étrangères et d’idées
puisées ça et là dans
la vie de tous les jours. Les lignes peuvent
être libres avec une mouvance de courbes
et d’éléments décoratifs
floraux, mais aussi géométriques
avec des couleurs et des formes nouvelles.
Le Sénégal est fier de ses
artisans dotés d’un talent
exquis et hors pair qui confectionnent différents
articles en or, en argent et en bronze.
Toutefois, pour que la qualité du
bijou sénégalais soit reconnu,
il faut que ces artistes puissent s’adapter
à la mode en puisant dans leurs propres
inspirations pour présenter des idées
multiples, originales et artistiques afin
de produire des bijoux de style.
Avec la collaboration de la bijouterie “
Kassoumay” et l’atelier El Hadj
Niang que nous remercions.
Sandra
Source: Le 221, le Mercredi 12 Septembre
2007.
Fiches métiers :
Bijoutier
Joaillier
Lapidaire
- Diamentaire
|