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SALLA THIOUNE, (COIFFEUSE) « Les salons
de coiffure. Ni agences de prostitution
ni clubs de lesbiennes ».
En quatriéme secondaire, Salla Thioune
quitte les bancs de l'école Dior
des Parcelles Assainies. C'est que la coiffure
a séduit la jeune fille. Elle dépose
ses valises á l'école internationale
de coiffure pour affûter ses armes
dans le domaine. Aînée d'une
famille qui compte 5 enfants et propriétaire
de salon de coiffure Sous le label «
Joanna Coiffure », Salla apparaît
comme le prototype des jeunes filles entreprenantes
et résolues à vivre à
la sueur du front et non des fesses. Vie
professionnelle et sentimentale, elle fait
le déballage.
Elle tombe des nues quand on lui apprend
la rumeur qui circule sur leur compte. Derriére
l'activité noble de coiffure s'exerce
le plus vieux du monde. La suspicion va
jusqu'á croire que les salons de
coiffure constituent de véritables
foyers de lesbiennes. Prenant l'air grave,
elle s'en offusque : « les gens vont
un peu plus loin. On accuse la femme de
ne vouloir rien faire et lors-qu'elle se
démêle pour travailler, on
trouve de quoi à dire. Ce n'est pas
du tout juste. La coiffure est un métier
comme tout autre », assure-t-elle.
En indiquant d'un ton ferme que les salons
de coiffure ne sont ni des agences de prostitution
encore moins un club de lesbiennes. Selon
ses propos, son éducation familiale,
sa culture islamique et sa conviction personnelle
ne lui autorisent pas ces pratiques dépravées.
Et sur la question, elle est catégorique
: « la prostitution ou l'homosexualité
féminine dénature la femme.
Personnellement si j'en connais qui sont
des amies, je leur conseille d'arrêter
et si elles persistent, je mets fin à
notre amitié. C'est une question
de réputation et d'honneur pour moi
». Et de préciser : «Nous
avons une clientéle trés variée.
Des grandes dames aux filles de boîtes
de nuits, en passant par les étudiantes
et femmes de ménage, nous coiffons
tout le monde. C'est une activité
de femmes qui ciblent les femmes. Mais de
là à nous traiter de prostituées
déguisées ou de lesbiennes
masquées, j'estime que c'est exagéré
» D'aprés elle, l'inorganisation
du métier sert de terreau fertile
à la propagation de tels jugements
fallacieux.
Pour Salla Thioune, si la coiffure attire
de plus en plus de jeunes filles, elle pense
néanmoins que ce n'est pas un métier
à la portée de n'importe qui.
C'est pourquoi, soutient-elle, à
la base, il faut avoir une qualification
en passant par une école. Battante
née, elle abandonne les études
en 2005 en classe de 4e secondaire à
l'école Dior des Parcelles Assainies
à la grande stupéfaction de
ses parents. Elle s'en explique : «
Les études, ce n'était pas
mon genre et en dehors des études,
j'ai voulu entreprendre une activité
qui me rendrait indépendante des
parents et de la poche des hommes ».
De son avis, ce sont les hommes qui aiment
voir les femmes confinées à
la dépendance masculine qui accusent
les salons de coiffure de ces médisances.
« On reproche l'oisiveté aux
femmes et quand elle se débrouille
pour exercer une activité, on les
suspecte et on leur prête de mauvaises
intentions », se plaint elle. En avouant
ne rien regretter de son choix. Malgré
ses deux ans de formations ponctués
par deux autres années de stage,
la jeune coiffeuse garde le profil bas.
« Je suis trés jeune. Je suis
la benjamine des coiffeuses de renom. Je
ne suis pas leur rivale. Je continue de
prendre des conseils auprés d'elles
pour toujours m'améliorer »,
déclare-t-elle modestement. Dans
une corporation oú la concurrence
fait rage, Salla avoue « ne rien craindre
» et ne manque pas d'ambitions. Faire
de « Joanna Coiffure » une référence
á Dakar et participer à de
grandes expositions fait partie de ses projets.
Pour y parvenir, elle sait que son imagination
créatrice et son talent seuls ne
suffisent pas. C'est pourquoi elle ne se
lasse pas de recueillir les conseils avisés
de Maimouna N'Diaye, son idole et directrice
d'école de couture. Car, révéle-t-elle,
la coiffure exige d'énormes qualités
humaines pour conserver et accroître
la clientéle. « Les clientes
sont trés exigeantes. Malgré
les soins minutieux qu'on s'applique à
les rendre coquette, elles ne s'empêchent
pas de nous faire des remarques mesquines.
II faut savoir gérer leurs humeurs
et être constamment à leur
écoute. Cela reléve des contraintes
du métier », lance-t-elle sous
le rayon-nement éblouissant d'une
dentition artistiquement agencée.
De même, révéle la siréne
de Fass Casier, les salons étant
des endroits de regroupement humain oú
vous rencontrez tout le monde, il faut savoir
tenir sa langue pour ne passer pour une
colporteuse de ragots. En la matiére,
elle enseigne à ses quatre employés
la retenue dans l'exercice de leur travail.
Car tient-elle à l'image de son salon.
Côté jardin, Salla Thioune
ne partage pas encore sa vie avec un homme.
Pourtant, sa beauté angélique
surplombée d'une jeunesse rayonnante
fascine et attire les « tireurs d'élite
de la capitale ». Malgré cette
générosité de la nature,
Salla ne se prend pas la tête. Le
mariage même si elle y tient fermement,
elle n'en fait pas une fixation. Pour l'instant,
elle reste pru-dente et ne se précipite
pas. « Trop de vendeurs d'illusions
à Dakar », affirme la jeune
coiffeuse. Son homme, elle le veut attentionné,
respectueux et doux et qu'il lui consacre
exclusivement son amour. Car, la polygamie
juge-t-elle, met en mal l'unité familiale
et l'épanouissement de la progéniture
qui en est issue. En attendant son prince
charmant, Salla se consacre pleinement à
sa passion, la coiffure, son véritable
mari.
Par Yacouba Diarra TRAORE
Source: Pic. Jeudi 21 Mai 2009
Fiche métier
du Coiffeur
Interview d'une Coiffeuse
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