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CONTRUCTION DE PIROGUES A DAKAR : Une chasse
gardée des Lébous et Guet
Ndariens
Souvent l’évocation de Soumbédioune
renvoie au village artisanal ou au débarcadère
qu’abrite ce site. Mais, dans la réalité,
Soumbédioune, c’est aussi la
construction de pirogue qui est un métier,
une source de revenu de dizaines de pères
et responsables de familles. Ces derniers
lient la garantie, la sécurité
et la longévité de leurs pirogues
à la qualité du bois utilisé
aux entretiens annuels.
Jeudi 06 septembre, 13 heures, une forte
canicule s’abat sur Dakar. Nous voilà
à Soumbédioune. Soumbédioune,
c’est le village artisanal. Soumbédoune,
c’est le quai de pêche ou le
marché au poisson coincé entre
le terminus de deux grands canaux d’évacuation
d’eaux usées que sont le canal
IV et celui qui traverse le nouveau supermarché
Casino. Soumbédioune, ce sont aussi
les constructeurs la place des pirogues.
Là, plus d’une dizaine d’adultes
s’activent autour de différentes
tâches. Ils sont des lébous
et guet ndiens à pratiquer ce métier.
Parmi eux, Mbaye Sèye, la quarantaine
à peine dépassée, grand,
solide physiquement bien battu, s’active
autour d’un tronc d’arbre qui
devrait servir de coque pour la construction
d’une nouvelle pirogue.
C’est le seul charpentier trouvé
sur place. Il exerce « avec fierté
» ce métier depuis 10 ans.
« Nous construisons les pirogues sur
commande. Compte tenu du fait que de la
qualité du bois utilisé dépend
la sûreté et la garantie de
la pirogue nous demandons 600.000 francs
Cfa pour la construction d’une pirogue
de 8 m, la main d’œuvre comprise
», a-t-il précisé. Le
travail est manuel, mais, une fois tout
le matériel rassemblé, la
pirogue prend entièrement forme au
bout une semaine, s’il n’y a
pas de contre-temps et d’imprévus.
« Mais ce budget de 600.000 francs
n’englobe pas tous les travaux liés
à la finition ».
C’est le propriétaire qui choisit
son produit en donnant les dimensions, c’est-à-dire
la longueur et la profondeur de la pirogue
qu’il veut et le charpentier se met
au travail. Plusieurs éléments
entrent dans la construction d’une
pirogue. Par exemple, « Pour une petite
pirogue de 8 m de longueur sur 1,20 m de
profondeur, nous avons besoin d’un
tronc d’arbre pour la base (la coque).
Il s’agit d’arbres connus, chez
nous, sous le nom de « khaye »,
« ditakh » ou « santang
». Ensuite, viennent les planches
Samba, des pointes (n° 8, 10, 12), des
fers de 10 », nous a signalé
Mbaye Sèye.
Soumbedioune est ainsi un des trois sites
de construction de pirogues dans la région
de Dakar en dehors de Yoff et Rufisque.
Aux questions pourquoi et à quand
remonte le choix de ce lieu pour l’exercice
de ce métier, ces travailleurs ne
sauraient répondre. Ce dont ils sont
sûrs, c’est que plusieurs générations,
plusieurs grands parents ont eu à
exercer le même métier au même
endroit avant eux. « Donc c’est
un métier séculaire ».
Un jeu d’adresse
et de subtilité
Pour tous ces gens qui travaillent sur les
lieux, les activités sont en ce moment,
au ralenti. Installés à l’ombre
des arbres et assis sous un hangar de fortune,
ils suivent du regard notre conversation
; comme si rien ne devrait leur échapper
de l’entretien. Ils prêtent
attentivement l’oreille.
L’un d’eux, Alioune Laye, assis
sur un tronc d’arbre prépare
un mélange pour la finition d’une
pirogue déjà prête.
La finition, c’est surtout l’étanchéité,
la peinture et la décoration. «
Nous demandons souvent 85.000 francs pour
la finition quand il s’agit de pirogue
de pêcheurs et 100.000 francs pour
ce qui est des personnes étrangères
à cause des imprévus »,
a-t-il confié. Cette différence
dans la facture s’explique par le
fait que certains détails (les filets
à l’intérieur des pirogues
pour la rétention des poissons capturés,
les deux bars de fer qui retiennent le moteur,
etc.) sont assurés par les pêcheurs
eux-mêmes alors que pour ce qui est
des non-pêcheurs, ils demandent le
produit fini. Pour ce qui est de la peinture,
des dessins et décorations, ils sont
faits au goût du propriétaire.
A en croire A. Laye qui travaille dans ce
domaine depuis 1991, l’étanchéité
est réglée à la fois
aux niveaux interne et externe. A l’intérieur,
plusieurs produits sont utilisés.
Il s’agit de racoles à eaux
utilisées par les sapeurs pompiers,
du goudron, de la col qui est un mélange
de produits à base de goudron et
des pointes (n° 3). Auparavant, du «
golfat » (un cordon) est placé
à l’intérieur des coutures,
c’est-à-dire, les intersections
des planches superposées. Ces cordons
seront couverts de colle avant d’être
refermés par le « racole »
fixé par les pointes. A l’extérieur,
est appliqué le mastic qui est un
mélange de l’essence à
de la « colistrane », du sur
de bois blanc et du « lalo »
utilisé dans la préparation
du couscous. Après ces applications,
intervient la moelleuse qui permet de rendre
les bois plus lisses en vue de la peinture.
La longévité
de la pirogue dépend de l’entretien
Tout ce travail ne suffit pas pour autant
pour garantir ou prédire la longévité
d’une pirogue. La sécurité,
la sûreté et l’âge
d’une pirogue dépendent de
son entretien. Selon Alioune Laye, une pirogue
nécessite un entretien tous les neufs
ou douze mois. Il permet de revoir l’étanchéité,
et la peinture. C’est seulement grâce
à ces révisions annuelles
qui ne valent qu’une semaine d’arrêt
de travail et qui ne coûtent qu’environ
30.000 francs Cfa (par entretien) qu’on
« peut garder une pirogue en bon état
pendant une dizaine d’années.
Dans le cas contraire, elle survit rarement
au-delà de 3 ans » a-t-il fait
remarquer.
Souvent des cérémonies sont
organisées avant de mouiller les
pirogues. Mais, ces festins sont à
mettre à l’actif des parrains
ou marraines qui donnent leur nom à
la pirogue. « Toutefois ces cérémonies
ne sont pas obligatoires. Elle dépendent
des parrains ou marraines qui décident
d’offrir un pot à cette occasion
et auquel les constructeurs sont conviés
». Par contre, les propriétaires
eux « vont s’attacher les services
de marabouts pour conjurer le mauvais sort
en mer », s’est empressé
de préciser Mbaye Sèye.
Source: Sud Quotidien. Samedi 8 Septembre
2007
Fiche métier
du Charpentier
de marine
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