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Mor Talla Samb alias Naar-bi?, Danseur de
Fallou Dieng « Beaucoup de jeunes
fille choisissent la danse pour s’exposer
et atteindre d'autres objectifs inavoués...»
On l'imaginait comédien, il l'est.
On le ramènerait au tatami, il n'est
pas pratiquant des arts martiaux. On l'aurait
pris pour un maure, il n'en est pas un.
II est surtout danseur et le tout, dans
sa sveltesse faussement anémiée,
rend son art plus attachant et plus entraînant.
Jeune homme, plutôt beau gosse, il
s'avance, tout en sourire, pour accueillir,
dans son populeux Yeumbeul. On l'attendait
certes, mais, on semble surpris. C'est à
croire qu'on voit venir un mannequin, vu
sa taille, sa mise correcte, rasé
de près. Il s'appelle Mor Talla Samb,
nom sénégalais s'il en est,
à 33 ans. On le retrouve aussi bien
dans des pièces de théâtre
que dans des clips musicaux dont le plus
en vue est Djengou de l'artiste chanteur
Fallou Dieng. Son style est singulier. Sa
«science» s'éloigne des
pas...dansés par Thiou, Ameth, Djily
et les autres qui meublent la plupart des
clips de nos chanteurs. Cependant, si le
danseur s'est fait remarquer grâce
à son accoutrement original, dans
la vie, au-delà de ses talents aux
multiples facettes, MorTalla est un homme
pieux, responsable et ambitieux. Chez lui,
aux côtés de son manager, il
conte sa vie, loin du sublime.
Le public ne vous
voit qu'à travers la télé.
Au-delà, vous restez un mystère
pour lui. Qui se cache derrière ce
danseur déguisé en maure?
Je m'appelle MorTalla Samb, j'ai 33 ans,
je suis issu d'une famille castée.
Mon père était un très
grand talibé Mouride. Malheureusement,
il est mort très tôt, en 1976.
J'ai été élevé
par le grand-frère de mon père,
qui m'a appris le Coran. Mais, au bout d'un
an, j'ai abandonné les études.
Déjà, je ne pensais qu'à
danser. Cependant, je peux lire et écrire
en arabe. Je n'ai pas appris le français.
Je suis marié, je vis avec ma femme
(il nous présente une charmante dame).
Nous avons un fils âgé de 2
ans, qui porte le nom de mon père
(Pendant tout l'entretien, le petit
est blotti contre son père). J'ai
été marié une première
fois, je suis divorcé. Et, de cette
union, est née une fille de 11 ans.'
Comment vous est venu cet amour pour la
danse ?
Disons que c'est venu naturellement car,
depuis tout petit, j'ai aimé l'art
dans toute sa dimension. Avec mes compagnons,
j'étais toujours vainqueur, que ce
soit dans la lutte, la danse, le théâtre
...D'ailleurs, j'ai débuté
avec le théâtre avec la troupe
de Ibrahima Ndiaye Mame Yakhi Lalo. C'est
là que j'ai commencé à
faire des tournées. Je fréquentais
aussi les cérémonies familiales
où j'étais très célèbre.
Mais, c'est après la mort de mon
père que j'ai commencé à
danser véritablement. Parce que,
de son vivant, il s'y opposait farouchement.
II est bien vrai que j'appartiens à
une famille de griot, mais mon père
était un grand marabout, un grand
talibé mouride (il montre la photo
de son père). Malgré son refus,
je faisais le théâtre mais,
j'étais toujours déguisé
en maure pour mieux me cacher.
Ah bon !
Oui, je l'avoue! J'ai joué dans beaucoup
de pièces de théâtre
avec la troupe Siggil que dirige Yamar (notamment
Euteubi, Wouroudj Vingt millions), etc.
C'est en 1993, que j'ai commencé
ma carrière de danse avec Abou Diouba
Deh. Ma première apparition, c'est
dans son clip Yoni Yoni. D’ailleurs,
c’est à partir de ce clip que
le public m'a connu, que les musiciens ont
commencé à me contacter. Ensuite,
j'ai dansé pour plusieurs chanteurs
comme Sidy Samb, Ndèye Diarra Guèye,
Daba Sèye, Papa Ndiaye Guéweul,
Doudou Ndiaye Mbengue, Fallou Dieng. II
faut préciser qu'à l'époque,
je ne dansais pas avec mon accoutrement
de maure. J'avais le même style que
le défunt Ala Seck, un danseur qui
m'a beaucoup marqué. C'est Ala Seck,
mon idole ...J'aimais beaucoup aussi Babou
Faye (défunt comédien de la
troupe Daaray Kocc) pour son côté
comique.
D'où vous
vient ce déguisement maure ?
D'abord, j'ai voulu apporter un nouveau
style. J'avais remarqué qu'il manquait
un plus que les danseurs n'avaient pas encore
apporté dans leur façon de
s'habiller pour danser. Ensuite, comme je
l'ai dit au début, je ne voulais
pas que mon père me reconnaisse même
si c'était un peu différent,
car je ne dansais pas quand j'ai commencé
cet accoutrement, je faisais du théâtre.
La troisième raison, peut-être
la plus profonde, c'est que j'ai été,
avec ma mère, en Mauritanie, de 1986
à 1989. Et c'est à partir
de là, que véritablement,
j'ai découvert la culture maure que
j'ai beaucoup aimée. De retour au
Sénégal, j'ai décidé
d'adopter leur accoutrement sur scène.
Que faisiez-vous
en Mauritanie ?
Je travaillais là-bas comme tailleur.
Je suis un tailleur, tous les vêtements
que je porte, c'est moi qui les ai cousus
(il montre beaucoup de photos). J'ai été
aussi un marchand ambulant. J'ai arrêté
quand même ce métier par contrainte,
car comme je suis devenu assez célèbre,
il devenait de plus en plus difficile de
continuer. Vous savez, je suis fils unique
de ma mère, bien que mon père
fût polygame. Ironie du sort, mes
parents étaient tous les deux aveugles
: il fallait les aider. C'était très
difficile. Ils ne sont plus de ce monde,
mais j'ai ma famille. J'habite dans une
maison où je paye le loyer et toutes
les autres charges me reviennent. Avec le
coût de la vie, ce n'est pas évident
de s'en tirer.
Vous n'êtes
pas bien payé ?
Malheureusement, non ! II est vrai que je
suis très sollicité, mais
je n'ai pas beaucoup d'argent. II m'est
arrivé de danser dans des clips,
sans être payé. Ça dépend
des rapports que j'entretiens avec les chanteurs.
II peut s'agir d'un jeune talent qui n'a
pas les moyens de payer, ou encore d'un
parent, d'un ami. Dans ces cas, je danse
pour apporter ma contribution. Le métier
ne nourrit pas son homme. Les danseurs sont
très exploités dans le milieu
du showbiz.
Vous êtes
aussi de plus en plus nombreux...
Ce n'est pas ça la raison : les musiciens
sont plus nombreux, pourtant, ils s'en sortent
mieux que les danseurs. Le problème,
c'est que nous ne sommes pas organisés.
II faut une structuration du secteur.
Un tel se lève un jour et se prétend
danseur alors qu'il n'a ni la vocation,
ni l'amour. L'essentiel, pour eux, c'est
de sortir à la télé.
Dans cette catégorie, les filles
sont plus nombreuses : beaucoup de danseuses
utilisent le métier comme prétexte
pour s'exposer. C'est juste un palier pour
atteindre d'autres objectifs inavoués...
La preuve, il est plus facile de prendre
une danseuse dans un clip : elle est moins
payée que l'homme. Cette situation
arrange certains musiciens qui préfèrent
les profanes. Peu de musiciens acceptent
de payer convenablement les danseurs. Pourtant,
chacun souhaiterait réussir dans
son domaine. Je n'ai pas encore vu un danseur
qui a une maison, une belle voiture. Tant
qu'il y a des danseurs qui acceptent n'importe
quoi, on ne s'en sortira jamais. Il y a
même des chanteurs qui contacter le
danseur 48h ou 24h avant le tournage du
clip. Là, on n'a pas le temps nécessaire
pour se préparer. Pourtant, le chanteur
a pris la précaution de faire les
répétitions nécessaires,
lui et son groupe. C'est pour vous dire
combien on nous manque des fois de respect.
Comment organisez-vous
vos répétitions ?
L’artiste, qui a besoin de mes services
me donne son cd, je m’enferme dans
ma chambre pour écouter le produit.
Ensuite, suivant ma sensibilité,
je monte ma chorégraphie. Je répète
aussi dehors, dans une salle qui appartient
à un ami. Mais j'avoue que c'est
très rare. La plupart du temps, je
répète chez moi.
Y a beaucoup de
souplesse dans vos mouvements, avez-vous
fait les arts martiaux ?
Non, je ne fais même pas du sport,
c'est un don de Dieu.
Combien vous rapporte une prestation dans
un clip ?
Je ne peux pas le dire !
Et pourquoi ?
Non, tout ce que je peux vous dire, c'est
que le musicien qui m'a le mieux payé
depuis que j'ai commencé la danse,
c'est Fallou Dieng.
Comment avez-vous
connu Fallou Dieng ?
Nous nous sommes rencontrés pour
la première fois à la Voile
d'Or. Quelque temps après, nous nous
sommes revus chez Papa Ndiaye Guéweul
où je me trouvais pour les besoins
d'un tournage. Par la suite, il m'a avoué
qu'il voudrait que je danse dans son prochain
clip. Depuis lors, je travaille avec lui,
je suis dans son groupe. C'est un musicien
que je respecte beaucoup, il est très
généreux. On a fait beaucoup
de tournées ensemble, notamment en
France, en Italie, aux Etats-Unis...
Que pensez-vous
des artistes qui disparaissent à
l'étranger pour devenir des clandestins
?
Personnellement, je n'ai jamais été
tenté par l'émigration. Je
suis de ceux qui pensent qu'on peut bien
réussir, en restant chez soi. Pour
les artistes qui s'enfuient une fois arrivés
en Europe, c'est de la trahison pure et
simple. Si un artiste décide d'emmener
une personne avec lui, c'est parce qu'il
lui fait confiance. Quelle que soit la tentation,
on doit rester digne, se respecter et respecter
celui qui vous fait confiance. D'autre part
aussi, la vie est extrêmement difficile,
chacun a envie de réussir, c'est
ce qui pousse beaucoup à vouloir
rester, quand ils arrivent à l'étranger.
On doit s'entraider et croire en Dieu.
Quels sont vos
rapports avec les autres danseurs ?
J'ai d'excellents rapports avec eux. Je
me suis déplacé jusque chez
Oumou Sow, pour une visite de courtoisie.
Ndèye Guèye aussi est comme
une soeur pour moi, je suis allé
chez elle. Les autres, Pape Moussa, Djily,
Pape Ndiaye, etc., sont tous mes amis.
Vous avez tantôt
dit que certaines danseuses veulent tout
simplement s'exposer pour des objectifs
inavoués. Quel commentaire faites-vous
de l'affaire Guddi Town ?
Je ne peux pas dire qui a raison ou tort.
Ce que je dénonce, c'est l'indécence
des filles, leur façon de s'habiller
qui est trop sexy et impudique. C'est un
phénomène qui prend de plus
en plus d'ampleur, il faut le dénoncer,
sensibiliser davantage nos soeurs, nos filles.
Ma femme ici présente (elle porte
une camisole et un pagne), portait des pantalons
auparavant, mais depuis que je l'ai épousée,
elle n'ose plus le faire.
De plus, la danse demande beaucoup de mouvements,
on ne peut pas l'exécuter avec des
habits courts ou serrés. Sinon, ça
va forcément choquer le public. Cependant,
certains préfèrent ce côté
insolite de danser. C'est plus beau de danser
avec des tenues africaines : il y a beaucoup
plus de grâce et d'élégance.
Quels sont vos projets les plus imminents
?
Je veux moderniser la danse, la propulser
sur le plan national et international. J'aimerais
continuer ma carrière et mettre sur
pied mon propre label avec mes tempos, ma
chorégraphie, et mes comédies
musicales. Vous ne le savez pas, mais je
chante mieux que je ne danse (II nous fait
écouter sa maquette, la puissance
de sa voix résonne dans la chambre).
Pour finir ?
Je remercie Dieu et prie pour le repos éternel
de mes parents. Je remercie Weekend Magazine
de m'avoir donné l'opportunité
de m'exprimer.
...Par Ndèye BA
Source: Weekend Magazine. Jeudi 8 Novembre
2007.
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