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Photographe à Toulouse ©

  Le métier de Danseur au Sénégal

Le métier de Danseur vu par Xibar



MASS DIENG ALIAS «BEAU GARS», DANSEUR


«j'ai une belle femme et je ne suis pas le plus vilain de ce pays»­
Ceux qui lui jettent des quolibets dans la rue du genre «Mass beau gars le singe, le vilain» peuvent déchanter. Le danseur du groupe de Pape Ndiaye Guéwel, Mass Dieng dit «Beau gars» ne cède pas aux tentatives de déstabilisation. À 31 ans, ce couturier de profession s'est frayé une place sur la scène, aux côtés des grands danseurs. Conscient de ses traits pas très fins ni généreux, ce bouffon se console d'avoir une «belle femme et deux jolis bouts de bois de Dieu.»

«je me moque de ceux qui m'appellent Mass beau gars singe» Il a fait marrer plus d'un télé­spectateur de Walf Tv qui ont suivi samedi dernier la prestation de Pape Ndiaye Guéwel et du groupe Nguéwel Gui. Lui, c'est le danseur Mass Dieng, plus connu sous le sobriquet de «Mass beau gars». Couturier de profession, il s'est fait une place aux côtés des danseurs de renom. Taille moyenne, petite cor­pulence, ce rastaman est d'un com­merce facile. Mieux, il détient le don de distraire son interlocuteur par ses grimaces.

Son succès, Mass Dieng le doit à son apparence. Ses tenues de scène excentriques forcent le regard. Son visage pas très fin ni généreux donne de Beau gars un air de masque de carnaval. Autant de traits qui font que ce bouffon ne passe jamais inaperçu. Conscient que la nature ne l'a pas bien doté de ses grâces, Mass Dieng dit vivre sans gêne. N'étant pas très beau, Mass assume et compense avec une grande ouverture d'esprit et une jovialité désarmante. Sa laideur, il en a fait un atout et non pas un han­dicap, ni un complexe. Il n'est pas du tout le genre à raser les murs, ni à se cacher. Mass s'affiche, fait de grands gestes pour être vus. Ajoutez à cela une âme grande comme ça. Y a-t-il plus beau que ça ?

Visiblement convaincu de sa disgrâce, qu'il prend avec beaucoup de philosophie, Mass beau gars souligne : «je sais que je ne suis pas beau, mais je suis plus charmant que beaucoup de Sénégalais.» Et d'un ton ferme, le danseur poursuit : «je n'ai pas dessiné mon visage pour être ainsi. Et l'essentiel est que j'ai une belle femme et deux jolis enfants.»

Mass beau gars ne se sent pas du tout déstabilisé par les quolibets qu'on lui jette à la figure dans la rue. «Lorsque les enfants de mon quartier me raillent, je les appelle dans une chambre et discute avec eux pour leur faire revenir à la raison», révèle: notre tailleur. Idem pour les railleurs de la rue qui lui lancent des «Mass beau gars singe, le vilain, je file sans répondre puisque cela ne me choque point.»

Marié et père de deux enfants, Mass beau gars est un père de famille «comblé», «car j'ai une femme belle et soumise. J'avoue que Marième est ma chance.» Malgré tout, il entend suivre les pas de son père polygame. «Je compte en avoir jusqu'à quatre. J'ai des fans, mais aussi des admiratrices qui rêvent de convoler en justes noces avec moi», informe notre rastaman qui dit recevoir à la pelle des déclarations d'amour.

À 31 ans, le célèbre couturier du marché Ndiarème de Guédiawaye refuse d'abandonner son métier parce que «cela me rapporte beaucoup, je couds des habits traditionnels et modernes. J'ai mes machines et j'emploie des gens.»

Les études, ce n'est pas son fort. Il n'a passé que trois jours sur les bancs de sa classe de l'école 16 de Guédiawaye. Prétextant ne pas sup­porter le bâton de son maître, ce fils de menuisier rompt avec l'école. Ainsi, ses parents l'envoient étudier le Coran à Khombole. À son retour en 2000, Mass s'initie à la danse. Le baladin se produit dans les cérémonies familiales, et gagne de l'argent dans les soirées d'une célèbre boîte de nuit de Guédiawaye. C'est là que le chanteur Pape Ndiaye Guéwel le déniche en 2002. «je remportais tous les concours de danse de la boîte», s'enorgueillit Mass. Ce fut ainsi jusqu'au jour où il fait la connais­sance du percussionniste Pape Ndiaye.

Joint au téléphone, celui que Mass Dieng considère comme «son grand frère qui l'a beaucoup soutenu », se souvient : «On s'est rencontré à l'occasion d'une soirée. Dès que je l'ai vu danser, il m'a séduit au point que je l'ai invité sur scène.» Et depuis lors, Pape Ndiaye Guéweul lui a demandé de rejoindre son groupe. Et Pape Ndiaye n'avait pas tort de miser sur ce garçon doué pour la danse. «C'est moi qui lui ai trouvé le surnom de «Beau gars», car je sais que son physique ne le gêne en rien. Abdou Ndiaye me dit souvent, que c'est un homme du paradis, car il a accepté ce que la nature lui a donné.»

Pour sa part, il jure de ne jamais trahir cet artiste qui a fait de lui ce qu'il est devenu aujourd'hui. Des projets, Mass en a. Il entend à l'ins­tar des autres danseurs sortir un jour son album.

Ndèye Awa LO
Source: Walf Gran Place. Vendredi 29 Août 2008


Fiche métier du Danseur, Danseuse





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Le métier de Danseur vu par Xibar



Mor Talla Samb alias Naar-bi?, Danseur de Fallou Dieng « Beaucoup de jeunes fille choisissent la danse pour s’exposer et atteindre d'autres objectifs inavoués...»



On l'imaginait comédien, il l'est. On le ramènerait au tatami, il n'est pas pratiquant des arts martiaux. On l'aurait pris pour un maure, il n'en est pas un. II est surtout danseur et le tout, dans sa sveltesse faussement anémiée, rend son art plus attachant et plus entraînant. Jeune homme, plutôt beau gosse, il s'avance, tout en sourire, pour accueillir, dans son populeux Yeumbeul. On l'attendait certes, mais, on semble surpris. C'est à croire qu'on voit venir un mannequin, vu sa taille, sa mise correcte, rasé de près. Il s'appelle Mor Talla Samb, nom sénégalais s'il en est, à 33 ans. On le retrouve aussi bien dans des pièces de théâtre que dans des clips musicaux dont le plus en vue est Djengou de l'artiste chanteur Fallou Dieng. Son style est singulier. Sa «science» s'éloigne des pas...dansés par Thiou, Ameth, Djily et les autres qui meublent la plupart des clips de nos chanteurs. Cependant, si le danseur s'est fait remarquer grâce à son accoutrement original, dans la vie, au-delà de ses talents aux multiples facettes, MorTalla est un homme pieux, responsable et ambitieux. Chez lui, aux côtés de son manager, il conte sa vie, loin du sublime.


Le public ne vous voit qu'à travers la télé. Au-delà, vous restez un mystère pour lui. Qui se cache derrière ce danseur déguisé en maure?

Je m'appelle MorTalla Samb, j'ai 33 ans, je suis issu d'une famille castée. Mon père était un très grand talibé Mouride. Malheureusement, il est mort très tôt, en 1976. J'ai été élevé par le grand-frère de mon père, qui m'a appris le Coran. Mais, au bout d'un an, j'ai abandonné les études. Déjà, je ne pensais qu'à danser. Cependant, je peux lire et écrire en arabe. Je n'ai pas appris le français. Je suis marié, je vis avec ma femme (il nous présente une charmante dame). Nous avons un fils âgé de 2 ans, qui porte le nom de mon père (Pendant tout l'entre­tien, le petit est blotti contre son père). J'ai été marié une première fois, je suis divorcé. Et, de cette union, est née une fille de 11 ans.'

Comment vous est venu cet amour pour la danse ?


Disons que c'est venu naturellement car, depuis tout petit, j'ai aimé l'art dans toute sa dimension. Avec mes compagnons, j'étais toujours vainqueur, que ce soit dans la lutte, la danse, le théâtre ...D'ailleurs, j'ai débuté avec le théâtre avec la troupe de Ibrahima Ndiaye Mame Yakhi Lalo. C'est là que j'ai commencé à faire des tournées. Je fréquentais aussi les cérémonies familiales où j'étais très célèbre. Mais, c'est après la mort de mon père que j'ai commencé à danser véritablement. Parce que, de son vivant, il s'y opposait farouchement. II est bien vrai que j'appartiens à une famille de griot, mais mon père était un grand marabout, un grand talibé mouride (il montre la photo de son père). Malgré son refus, je faisais le théâtre mais, j'étais toujours déguisé en maure pour mieux me cacher.

Ah bon !

Oui, je l'avoue! J'ai joué dans beaucoup de pièces de théâtre avec la troupe Siggil que dirige Yamar (notamment Euteubi, Wouroudj Vingt millions), etc. C'est en 1993, que j'ai commencé ma carrière de danse avec Abou Diouba Deh. Ma première apparition, c'est dans son clip Yoni Yoni. D’ailleurs, c’est à partir de ce clip que le public m'a connu, que les musiciens ont commencé à me contacter. Ensuite, j'ai dansé pour plusieurs chanteurs comme Sidy Samb, Ndèye Diarra Guèye, Daba Sèye, Papa Ndiaye Guéweul, Doudou Ndiaye Mbengue, Fallou Dieng. II faut préciser qu'à l'époque, je ne dansais pas avec mon accoutrement de maure. J'avais le même style que le défunt Ala Seck, un danseur qui m'a beaucoup marqué. C'est Ala Seck, mon idole ...J'aimais beaucoup aussi Babou Faye (défunt comédien de la troupe Daaray Kocc) pour son côté comique.

D'où vous vient ce déguisement maure ?

D'abord, j'ai voulu apporter un nouveau style. J'avais remarqué qu'il manquait un plus que les danseurs n'avaient pas encore apporté dans leur façon de s'habiller pour danser. Ensuite, comme je l'ai dit au début, je ne voulais pas que mon père me reconnaisse même si c'était un peu différent, car je ne dansais pas quand j'ai commencé cet accoutrement, je faisais du théâtre. La troisième raison, peut-être la plus profonde, c'est que j'ai été, avec ma mère, en Mauritanie, de 1986 à 1989. Et c'est à partir de là, que véritablement, j'ai découvert la culture maure que j'ai beaucoup aimée. De retour au Sénégal, j'ai décidé d'adopter leur accoutrement sur scène.

Que faisiez-vous en Mauritanie ?

Je travaillais là-bas comme tailleur. Je suis un tailleur, tous les vêtements que je porte, c'est moi qui les ai cousus (il montre beaucoup de photos). J'ai été aussi un marchand ambulant. J'ai arrêté quand même ce métier par contrainte, car comme je suis devenu assez célèbre, il devenait de plus en plus difficile de continuer. Vous savez, je suis fils unique de ma mère, bien que mon père fût polygame. Ironie du sort, mes parents étaient tous les deux aveugles : il fallait les aider. C'était très difficile. Ils ne sont plus de ce monde, mais j'ai ma famille. J'habite dans une maison où je paye le loyer et toutes les autres charges me reviennent. Avec le coût de la vie, ce n'est pas évident de s'en tirer.

Vous n'êtes pas bien payé ?

Malheureusement, non ! II est vrai que je suis très sollicité, mais je n'ai pas beaucoup d'argent. II m'est arrivé de danser dans des clips, sans être payé. Ça dépend des rapports que j'entretiens avec les chanteurs. II peut s'agir d'un jeune talent qui n'a pas les moyens de payer, ou encore d'un parent, d'un ami. Dans ces cas, je danse pour apporter ma contribution. Le métier ne nourrit pas son homme. Les danseurs sont très exploités dans le milieu du showbiz.

Vous êtes aussi de plus en plus nombreux...

Ce n'est pas ça la raison : les musiciens sont plus nombreux, pourtant, ils s'en sortent mieux que les danseurs. Le problème, c'est que nous ne sommes pas organisés. II faut une structuration du secteur.

Un tel se lève un jour et se prétend danseur alors qu'il n'a ni la vocation, ni l'amour. L'essentiel, pour eux, c'est de sortir à la télé. Dans cette catégorie, les filles sont plus nombreuses : beaucoup de danseuses utilisent le métier comme prétexte pour s'exposer. C'est juste un palier pour atteindre d'autres objectifs inavoués...

La preuve, il est plus facile de prendre une danseuse dans un clip : elle est moins payée que l'homme. Cette situation arrange certains musiciens qui préfèrent les profanes. Peu de musiciens acceptent de payer convenablement les danseurs. Pourtant, chacun souhaiterait réussir dans son domaine. Je n'ai pas encore vu un danseur qui a une maison, une belle voiture. Tant qu'il y a des danseurs qui acceptent n'importe quoi, on ne s'en sortira jamais. Il y a même des chanteurs qui contacter le danseur 48h ou 24h avant le tournage du clip. Là, on n'a pas le temps nécessaire pour se préparer. Pourtant, le chanteur a pris la précaution de faire les répétitions nécessaires, lui et son groupe. C'est pour vous dire combien on nous manque des fois de respect.

Comment organisez-vous vos répétitions ?

L’artiste, qui a besoin de mes services me donne son cd, je m’enferme dans ma chambre pour écouter le produit. Ensuite, suivant ma sensibilité, je monte ma chorégraphie. Je répète aussi dehors, dans une salle qui appartient à un ami. Mais j'avoue que c'est très rare. La plupart du temps, je répète chez moi.

Y a beaucoup de souplesse dans vos mouvements, avez-vous fait les arts martiaux ?

Non, je ne fais même pas du sport, c'est un don de Dieu.

Combien vous rapporte une prestation dans un clip ?


Je ne peux pas le dire !

Et pourquoi ?

Non, tout ce que je peux vous dire, c'est que le musicien qui m'a le mieux payé depuis que j'ai commencé la danse, c'est Fallou Dieng.

Comment avez-vous connu Fallou Dieng ?

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à la Voile d'Or. Quelque temps après, nous nous sommes revus chez Papa Ndiaye Guéweul où je me trouvais pour les besoins d'un tournage. Par la suite, il m'a avoué qu'il voudrait que je danse dans son prochain clip. Depuis lors, je travaille avec lui, je suis dans son groupe. C'est un musicien que je respecte beaucoup, il est très généreux. On a fait beaucoup de tournées ensemble, notamment en France, en Italie, aux Etats-Unis...

Que pensez-vous des artistes qui disparaissent à l'étranger pour devenir des clandestins ?

Personnellement, je n'ai jamais été tenté par l'émigration. Je suis de ceux qui pensent qu'on peut bien réussir, en restant chez soi. Pour les artistes qui s'enfuient une fois arrivés en Europe, c'est de la trahison pure et simple. Si un artiste décide d'emmener une personne avec lui, c'est parce qu'il lui fait confiance. Quelle que soit la tentation, on doit rester digne, se respecter et respecter celui qui vous fait confiance. D'autre part aussi, la vie est extrêmement difficile, chacun a envie de réussir, c'est ce qui pousse beaucoup à vouloir rester, quand ils arrivent à l'étranger. On doit s'entraider et croire en Dieu.

Quels sont vos rapports avec les autres danseurs ?

J'ai d'excellents rapports avec eux. Je me suis déplacé jusque chez Oumou Sow, pour une visite de courtoisie. Ndèye Guèye aussi est comme une soeur pour moi, je suis allé chez elle. Les autres, Pape Moussa, Djily, Pape Ndiaye, etc., sont tous mes amis.

Vous avez tantôt dit que certaines danseuses veulent tout simplement s'exposer pour des objectifs inavoués. Quel commentaire faites-vous de l'affaire Guddi Town ?

Je ne peux pas dire qui a raison ou tort. Ce que je dénonce, c'est l'indécence des filles, leur façon de s'habiller qui est trop sexy et impudique. C'est un phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur, il faut le dénoncer, sensibiliser davantage nos soeurs, nos filles. Ma femme ici présente (elle porte une camisole et un pagne), portait des pantalons auparavant, mais depuis que je l'ai épousée, elle n'ose plus le faire.

De plus, la danse demande beaucoup de mouvements, on ne peut pas l'exécuter avec des habits courts ou serrés. Sinon, ça va forcément choquer le public. Cependant, certains préfèrent ce côté insolite de danser. C'est plus beau de danser avec des tenues africaines : il y a beaucoup plus de grâce et d'élégance.

Quels sont vos projets les plus imminents ?


Je veux moderniser la danse, la propulser sur le plan national et international. J'aimerais continuer ma carrière et mettre sur pied mon propre label avec mes tempos, ma chorégraphie, et mes comédies musicales. Vous ne le savez pas, mais je chante mieux que je ne danse (II nous fait écouter sa maquette, la puissance de sa voix résonne dans la chambre).

Pour finir ?

Je remercie Dieu et prie pour le repos éternel de mes parents. Je remercie Weekend Magazine de m'avoir donné l'opportunité de m'exprimer.

...Par Ndèye BA
Source: Weekend Magazine. Jeudi 8 Novembre 2007.



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