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Lutte Au Sénégal : Frapper
fort peut rapporter gros
Au Sénégal, asséner
un direct à son adversaire peut rapporter
gros : les cachets des lutteurs «
avec frappe » ne cessent de grimper
depuis que les grands combats sponsorisés
sont retransmis en direct à la télévision,
suscitant une ruée des jeunes vers
la discipline. « En 1992, le cachet
le plus important était de 3 millions
de francs CFA (4 573 euros). Pour le prochain
combat que j'organise, ce sera 80 millions
de francs CFA (122 000 euros), le plus gros
cachet jamais déclaré »
au Sénégal, affirme l'un des
plus célèbres promoteurs de
la lutte avec frappe, Gaston Mbengue.
Dans le pays de l'ouest-africain où
le salaire minimum mensuel ne dépasse
pas 55 euros, le roi des arènes sénégalaises,
Yakhya Diop, recevra « ce montant
record » pour un seul combat, prévu
le 26 juillet. Son rival, le jeune Gris-Bordeaux,
empochera « 60 millions francs CFA
» (91.470 euros), selon le Comité
national de gestion (CNG) de la lutte. Ce
sport ludique reste traditionnellement pratiqué
après les travaux champêtres,
du nord au sud du pays. Et dans les villages,
les vainqueurs reçoivent toujours
un bœuf en trophée, ou du riz
pour nourrir leur famille.
Mais la lutte a récemment pris une
nouvelle ampleur, financière et médiatique.
L'image de lutteurs vedettes est désormais
utilisée pour la promotion de produits,
notamment alimentaires. Et la télévision
publique a décroché les droits
de retransmission des combats organisés
par Mbengue pour un montant tenu secret.
Le week-end, les Dakarois passent ainsi
des après-midi entiers face au téléviseur,
pour voir, en direct, les mastodontes s'affronter
torse nu, un pagne ceint autour de la taille,
des gris-gris soigneusement disposés
sur leurs corps enduits de liquide «
magique ». Les spectateurs affluent
aussi par milliers au stade où les
places se vendent de 1000 (1,5 euro) à
200 000 francs CFA (305 euros). Après
l'élimination de l'équipe
nationale de football du Mondial et de la
Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2010,
beaucoup de Sénégalais se
sont rabattus sur la lutte avec frappe.
Le spectacle au stade est d'autant plus
apprécié que les chants et
louanges des griots stimulent les adversaires
et s'accompagnent d'une chorégraphie
très rythmée. Mais «
cela coûte plus cher de voir un combat
qu'un match de football car les privés
qui organisent veulent rentabiliser »
admet le responsable de la communication
du CNG, Thierno Kâ. « Sans les
sponsors, on irait à la dérive
», assure quant à lui Gaston
Mbengue, réputé riche mais
prompt à se plaindre des «
nombreuses charges » pesant sur les
promoteurs : « J'ai emprunté
200 millions (305 000 euros) en 2008 aux
banques pour organiser le championnat de
lutte ».
Un vrai métier
La même année, le promoteur
dit avoir signé un contrat pour cinq
ans avec la société française
Sport Vision afin qu'elle s'occupe du volet
marketing. Surmédiatisée,
la lutte avec frappe est à présent
en vogue dans la banlieue de Dakar. «
Beaucoup de parents qui ont un fils ayant
un certain gabarit nous l'amènent
pour qu'il soit lutteur. Chaque soir, je
m'entraîne avec une cinquantaine de
jeunes que je forme », explique l'un
des ténors de l'arène, Serigne
Dia alias « Bombardier ».
À 18 ans, Mory Senghor dit avoir
« abandonné la pêche
pour la lutte » qui est devenue pour
lui un vrai métier. Rémunérateur
de surcroît. « Une fois, j'ai
gagné 150 000 francs CFA et, une
autre fois, trois bœufs lors d'un combat
», annonce-t-il. « Mais je veux
avoir les millions comme les autres »
champions.
L'image de lutteurs vedettes est désormais
utilisée pour la promotion de produits,
notamment alimentaires. Et la télévision
publique a décroché les droits…
La dépêche.fr
Amadou Lamine Mbaye
Source 24H Chrono. Vendredi 17 Juillet 2009.
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