Déjà, à 5 ans, il
montait dans les camions. Aujourd'hui
encore, il n'hésiterait pas s'il
fallait remplacer un conducteur. Georges
est à la tête d'une entreprise
qu'il a lui-même créée
en 1987, après trente ans passés
dans l'entreprise paternelle.
A 16 ans, un peu par hasard, - il voulait
poursuivre ses études et devenir
médecin – il rejoint l'entreprise
familiale, à Bourg-en-Bresse occupant
successivement les postes de manutentionnaire,
chauffeur et secrétaire général.
Sa nouvelle entreprise, implantée
à Attignat, est spécialisée
dans le transport frigorifique. Elle compte
80 salariés et 45 véhicules.
Une belle réussite qu'il a construite
en s'appuyant sur les valeurs humaines
de la profession.
"J'ai tout de suite été
attiré par cette ambiance, raconte
Georges. Le travail était dur à
l'époque car les chauffeurs chargeaient
et déchargeaient eux-mêmes
à la main. Le métier a bien
évolué. Mais ce qui ne change
pas, c'est cette sensation de liberté
lorsque l'on est seul au volant."
Aujourd'hui, en effet, les conducteurs
routiers ne sont plus forcément
des "gros bras". Même
si les règlements sont plus contraignants
en matière de vitesse ou de durée
de travail, le confort du véhicule
est tel que l'on peut réellement
vivre dedans.
Dans les années à venir,
les améliorations sur les véhicules
concerneront probablement la consommation,
la pollution et la mécanique. Le
cadre du travail quant à lui sera
sans doute normalisé.
Mais, même si la banalisation enlève
encore de cette convivialité qui
fait l'un des charmes de la profession,
il faudra toujours "un chauffeur
et un camion" pour acheminer les
produits les plus divers.
7h30 à 8h : "Je pars
de l'endroit où j'ai dormi
pour me rendre chez mon client."
8h à 10h30 : "Le camion
est totalement déchargé.
J'appelle l'exploitant pour savoir
où je dois faire une ramasse.
Je m'occupe des lettres de voiture
( bordereaux de livraison)."
10h30-11h30 : "Je me rends
à l'adresse indiquée
par l'exploitant. Comme je ne peux
pas être chargé maintenant
parce qu’il est près
de midi, je pars manger et j'attends
le début d'après-midi."
16h30 : "Mon camion est enfin
chargé et je peux partir.
C'est à ce moment-là
que mon temps de conduite commence
réellement."
21h : "Je m'arrête pour
manger et me reposer. Il faut savoir
que le chauffeur est responsable
de son chargement. Je ne dois pas
me faire voler pendant la nuit.
Il existe d'ailleurs des parkings
sécurisés.
Je préfère attendre
le lendemain pour repartir. J'en
profite pour discuter avec d'autres
chauffeurs, décompresser
et rompre le phénomène
de solitude." Ceci pourrait
être l’exemple d’une
journée type d’un conducteur
routier en national ou à
l’étranger, de celles
que Jean- Paul a connu pendant 7
ans "d’inter" (comprendre
international dans le jargon du
métier).
Jean-Paul a quitté la messagerie
pour travailler comme grand routier.
"J'avais envie de conduire,
d'être tranquille. Et l'idée
de voyager, de visiter d'autres
pays me plaisaient beaucoup."
Jean- Paul a beaucoup roulé
en Italie, mais il est aussi allé
dans d'autres pays comme les pays
de l'Est. "Lorsque ma journée
était finie, j'en profitais
parfois pour aller me baigner, faire
un peu de tourisme, rencontrer des
gens au bar ou au restaurant...
Je pense qu'il est très important
de chercher le côté
agréable du métier.
C'est un métier qui permet
de faire de belles rencontres et
de voyager." Aujourd'hui, les
transporteurs font moins d'international
et plus de national. Les entreprises
de transport fonctionnent de plus
en plus en réseau. Plusieurs
camions se relaient pour faire tout
le trajet. Chaque chauffeur va donc
moins loin.
"La conduite du grand routier
par rapport à la messagerie,
c'est beaucoup plus de temps de
conduite et beaucoup moins de clients
et de manutention. Le bâchage
et le débâchage du
camion ne posent plus de problème
aujourd'hui car les bâches
sont coulissantes. Les camions sont
de plus en plus confortables, faciles
à manier.
C'est un métier moins difficile
physiquement que psychologiquement.
Techniquement, un chauffeur routier
doit être capable de conduire
sur toutes les routes (montagne,
petite route, autoroute…)
et par tous les temps (pluie, neige,
verglas…). On doit être
capable de passer partout. Il faut
aussi être très vigilant.
En descente par exemple, il faut
faire attention aux problèmes
de surcharge, à l'inertie
du camion et savoir rouler au frein
moteur pour ne pas mettre le feu
aux freins. Tout cela s’apprend
d’ailleurs en formation. Il
faut adapter sa conduite en fonction
du poids du chargement. D’ailleurs,
aujourd’hui, les véhicules
ont bien évolué et
sont équipés de ralentisseurs
hydrauliques ou électriques.
Mais il faut aussi arriver à
gérer la fatigue provoquée
par les temps de conduite, même
si ceux-ci sont réglementés.
C'est aussi un métier difficilement
conciliable avec une vie de famille.
"On part souvent à la
semaine. On ne sait jamais quand
on rentre.. Et comme on part souvent
le dimanche soir, on ne peut donc
rien prévoir. C'est aussi
un métier de solitaire. Je
suis tout seul dans mon camion pendant
souvent plusieurs heures. Il y a
aussi la solitude des soirées…
L'intérêt du métier,
pour moi, c'est l'autonomie et une
relative liberté. Mon seul
contact avec l'entreprise, c'est
mon exploitant. Il faut d'ailleurs
vraiment qu'il y ait une bonne relation
entre l'exploitant et le chauffeur,
c'est un binôme qui doit être
efficace. Même si le lien
avec l'exploitant se fait toujours
par téléphone, les
camions sont aussi de plus en plus
souvent équipés de
GPS ou d'un système informatique,
"l’informatique embarquée".
Cela permet au chauffeur d'être
facilement en contact avec son exploitant,
de préparer des itinéraires.
Cela permet aussi à l'exploitant
de savoir où se trouve son
chauffeur, d'avoir une vision globale
de son parc de véhicules."
Les clients sont rarement les mêmes
et les destinations souvent différentes.
Le chauffeur doit donc anticiper
son itinéraire. "Je
tiens compte de plusieurs paramètres
: les routes empruntées,
les hauteurs de pont, les différentes
réglementations notamment
en matière de limitation
de vitesse, les problèmes
de jours fériés qui
risquent de me bloquer en pays étranger.
Pour la plupart des gens, le conducteur
routier, c’est quelqu’un
qui conduit tout le temps. Ce que
l’on imagine moins, c’est
que l’on passe aussi beaucoup
de temps à attendre. La profession
de chauffeur routier, c’est
souvent " courir, attendre,
courir". Les temps d'attente,
liés au fait que d’autres
chauffeurs font parfois déjà
la queue avant vous et aux temps
de déchargement qui peuvent
durer 2 heures pour une semi pleine,
sont importants. Ils font partie
intégrante du métier.
Et il faut savoir qu'on ne rattrape
jamais son retard sur la route.
Il faut s'adapter, prendre un livre
ou en profiter pour discuter avec
des collègues."
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Vincent Parmentier était fonctionnaire.
Il a démissionné pour réaliser
son rêve : voir le monde depuis
son camion ! C’est un lundi comme
les autres. Ce soir Vincent Parmentier
prendra la route au volant de son camion.
Pour quelle destination ? Il ne le sait
pas encore… Ce soir, le voile sera
levé. Il retrouvera sa petite famille
ce week-end. Toute la semaine, il sera
seul dans sa cabine avec ses livres, ses
CD et sa radio, une petite cigogne en
peluche postée sur son tableau
de bord lui rappelant l’Alsace.
Cette vie lui plaît et lui convient
infiniment mieux que celle d’avant.
Quel bonheur de voyager à travers
l’Europe, de découvrir de
nouveaux paysages ! Certes, impossible
de faire une halte dans un musée.
Mais quand il s’arrête, il
taille la bavette avec ses collègues
routiers, rencontre les gens du pays quand
il dépose son chargement ou chaque
fois qu’il se restaure. Il a ainsi
parcouru l’Espagne, le Portugal,
l’Autriche, l’Angleterre,
la Hollande et la Belgique, autant de
coins qu’il ne connaissait pas.
Aucune routine. Mieux. Vincent Parmentier
ne voit pas le temps passer. Quand il
a envie d’entendre ceux qu’il
aime, un petit coup de fil et le tour
est joué. Son téléphone
est un précieux compagnon. Côté
confort, rien à voir avec une voiture.
Dans sa cabine c’est un cinq étoiles
! Son siège est suspendu et réglable
à souhait. Sa couchette suffisamment
large pour permettre un repos sans courbature
au réveil. Quant au chauffage,
il fonctionne en toute autonomie, même
lorsque le moteur sommeille. Bref, son
camion est une vraie petite maison ambulante.
Il y fait bon vivre.
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